
Face à l'expansion du narcotrafic et à la prolifération des drogues de synthèse à La Réunion, la sénatrice Audrey Bélim tire la sonnette d'alarme. Dans un courrier adressé le 27 octobre au ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, la parlementaire dénonce une situation préoccupante et réclame un renforcement durable des moyens policiers, douaniers et judiciaires.
Les chiffres avancés par l'élue témoignent de l'ampleur du phénomène. Entre 2018 et 2024, les quantités de cocaïne saisies par les douanes réunionnaises ont été multipliées par treize. Le nombre de passeurs, communément appelés « mules », interpellés a quant à lui quadruplé entre 2021 et 2025, selon les données parlementaires citées par la sénatrice.
Les récentes interventions des forces de l'ordre illustrent cette recrudescence. En septembre, un réseau impliquant une douzaine de passeurs a été démantelé. En octobre, une autre opération a conduit à l'incarcération de cinq personnes, avec la saisie d'un kilogramme de cocaïne et de 16 000 euros en espèces.
Pour Audrey Bélim, ces résultats révèlent surtout "l'implantation croissante de réseaux criminels organisés", capables d'exploiter les connexions aériennes et maritimes entre La Réunion, l'Hexagone et les pays de l'océan Indien.
Le « dou », nouvelle menace sanitaire
La parlementaire attire également l'attention du gouvernement sur la diffusion des drogues de synthèse, particulièrement du « dou », dont la consommation suscite une inquiétude grandissante sur le territoire.
Selon la sénatrice, cette substance entraîne une forte dépendance et de lourdes répercussions sociales. Les professionnels de santé et les associations rapportent des situations de détresse, de désocialisation, de violences intrafamiliales et de précarisation.
"Derrière ces phénomènes, ce sont des parcours de vie brisés, des familles démunies et une jeunesse particulièrement exposée", prévient Audrey Bélim, qui redoute une aggravation des fragilités sociales réunionnaises.
Des moyens jugés insuffisants face aux réseaux criminels
Si la sénatrice reconnaît l'engagement quotidien des policiers, gendarmes, douaniers et magistrats, elle estime que les dispositifs actuels ne permettent plus de répondre convenablement à la progression des trafics.
La mobilisation régionale "Zéro drogue, La Réunion dit non", engagée en juin 2026, constitue selon elle une première réponse, mais nécessite des moyens humains et financiers supplémentaires.
Elle sollicite notamment le renforcement des unités spécialisées dans la lutte contre les stupéfiants, l'amélioration des contrôles portuaires et aéroportuaires, ainsi qu'une coopération judiciaire accrue avec les pays voisins pour démanteler les réseaux d'approvisionnement et les circuits de blanchiment.
La sénatrice demande également davantage de ressources pour la prévention, particulièrement auprès des jeunes, et un financement pérenne du plan régional de lutte contre les drogues. Elle souhaite obtenir des engagements budgétaires précis, assortis d'un calendrier et d'une évaluation régulière des résultats.
"La lutte contre le narcotrafic ne peut reposer sur la seule mobilisation des acteurs locaux", insiste-t-elle, rappelant que la sécurité des Réunionnais relève pleinement de la responsabilité de l'État.
À travers cette interpellation, Audrey Bélim entend obtenir une réponse gouvernementale proportionnée à la menace. La question des effectifs supplémentaires, des financements et de la prise en charge des nouvelles addictions demeure désormais posée au ministère de l'Intérieur.
Mémento

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