Le Mémento : Bonjour Nicolas. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
Nicolas Éthève : Nicolas Éthève, j’ai 29 ans et depuis avril 2021, je suis le nouveau président directeur général de Colipays. Je suis issu du milieu agricole et diplômé « ingénieur chimie-biologie ». Après des études en Métropole, à l’université de Nantes pour être exact, je suis rentré à La Réunion en 2016 où j’ai commencé en tant que commercial à la SCA-Fruits. Deux ans plus tard, j’étais promu directeur commercial.
Le Mémento : Comment êtes-vous passé de la coopérative agricole à une société cotée en bourse ?
NE : Le rapprochement et les premières discussions avec M. Frédérick Faby, fondateur de Colipays ont commencé en 2020. À cette époque, la SCA Fruits venait de lancer la Box Fruitée. Pour rappel, il s’agissait de colis de fruits locaux premium, à destination de la Métropole. Si l’idée n’avait rien de novateur puisque déjà existante, c’était une nouveauté dans le sens où derrière ce projet, on retrouvait une coopérative d’agriculteurs et de producteurs qui jusqu’ici ne faisaient de l’export qu'en direction des professionnels de Rungis.
M. Faby a alors pris contact avec nous parce qu’il souhaitait céder Colipays et si possible que la direction revienne au monde agricole. En 2021, SCA Fruits et SICA Terre ont donc racheté les parts de M. Faby et j’en suis devenu le président directeur général.
Le Mémento : C’est un évènement important que cette fusion des deux entités, tant pour la SCA Fruits que pour Colipays…
NE : En effet, c’est une très belle valorisation pour les producteurs. Pour rappel, la SCA Fruits c’est 150 producteurs, déjà spécialisés dans la chaîne de production et de logistique, d’exportation de fruits vers la Métropole, avec plus de 2.000 tonnes par an. Avec cette acquisition, on vient ajouter le savoir-faire de Colipays et ses trente ans d’expérience dans l’expédition de colis-cadeaux.
Trente ans, ce n’est pas rien. À l’époque, M. Faby avait commencé avec ce que l’on nommait autrefois, les colis ficelles, des fruits emballés dans du papier journal et expédié dans l’autre hémisphère. Sur le moment, c’était une véritable révolution car on ne savait pas faire de l’export en grande quantité et on n’était jamais certain de l’état du colis, à l’arrivée.
Entre l’histoire et le savoir-faire, aujourd’hui c’est une fiertépour le monde agricole que d’acquérir cette très belle société 100% locale.
Le Mémento : Quels sont les services proposés par Colipays ?
NE : À ce jour, il existe trois types de produits/colis pour les particuliers. D’abord ceux que l’on appelle « les déjà préparés », ensuite les colis « cadeau » avec différentes gammes offertes au client qui choisit ce qu’il veut y mettre, et enfin les fleurs exotiques.
Contrairement à la Box Fruitée, les Colipays ne contiennent pas que des fruits mais aussi tout ce que l’artisanat et le terroir péi font de mieux : rhums, confiseries, épiceries fines, etc. Quant aux fleurs, elles viennent pour l’heure majoritairement de l’île Maurice, mais c’est un point sur lequel on travaille, afin de relancer et soutenir la filière horticole de l’île. Trois hectares viennent ainsi d’être plantés pour répondre à cette demande. Le site devrait aussi se moderniser d’ici 2022 pour devenir plus intuitif et plus lisible.
Le Mémento : Sont-ce ces changements à venir, investissements et modernisation qui expliquent l’augmentation des prix des Colipays ?
NE : Absolument pas. Cela n’a rien à voir. Si aujourd’hui Colipays est obligé d’augmenter ses prix, c’est à cause d’une règlementation européenne. Depuis le 1er janvier 2021, l’exonération de la TVA sur les colis achetés en ligne hors Union Européenne, a été supprimée. L’objectif de cette loi est de lutter contre la concurrence déloyale sur Internet et de taxer les géants comme Alibaba ou Amazon. Sauf que les petits exportateurs réunionnais subissent cette loi de plein fouet.
En matière fiscale, l’île de La Réunion ne fait pas partie de l’Union Européenne et cette nouvelle législation pousse les e-commerçants de l’île, dont Colipays, à augmenter leurs prix. Selon leur composition, la hausse peut atteindre jusqu’à 20%. L’alcool, par exemple, possède une TVA à 20%. Colipays impacte uniquement de 10 à 13% le prix de ses colis et a fait le maximum pour préserver ses clients.
Le Mémento : Ce n’est d’ailleurs pas la seule loi à impacter votre activité. Il y aussi les restrictions sanitaires.
NE : C’est exact. Depuis 2019 et l’apparition de la mouche des fruits, notre île ne peut plus exporter de mangues, d’agrumes ou encore de piments et autres capsicum. Pour pouvoir les exporter vers l’Union Européenne, il faut être soit dans une zone indemne de bactrocera dorsalis, or nous n’en faisons pas partie, soit avoir des barrières physiques protégeant des mouches, ce qui n’est toujours pas le cas de nos cultures péi. Ou alors réaliser un traitement post-récolte.
Du coup, depuis 2019, de nombreux fruits ont disparu des colis. Mais, et c’est une très bonne nouvelle tant pour les particuliers que pour les professionnels, La Réunion devrait bientôt recevoir une machine à vapeur qui permettra de réaliser un traitement post-récolte sur les mangues péi pour pouvoir les exporter à nouveau. À l’heure actuelle, le monde agricole est toujours dans l’attente de la validation du protocole, mais l’ensemble du dossier est très bien avancé. On a, par exemple, déjà identifié le couple temps/température, il reste encore à définir l’ensemble du schéma protocolaire.
J’espère ne pas trop me tromper en disant qu’au mois de décembre, La Réunion pourra de nouveau exporter ses mangues.
Le letchi, le fruit star
Incontestablement, le letchi reste le fruit star des colis de fin d’année. Pour l’exercice de 2021, les producteurs espèrent ainsi pouvoir exporter plus de 4.000 tonnes. « Mais la saison accuse un peu de retard » explique Nicolas Éthève. Les premiers colis ont été envoyés après la mi-novembre, alors que la récolte aurait dû commencer dès le début du mois des morts. « Il faudrait encore un peu de pluie » sourit le PDG de Colipays même s’il admet que 2021 sera certainement une très belle saison pour le fruit à peau rouge.
Suppression de la TVA réduite.
Avec cette nouvelle loi, l’enjeu financier pour l’État est de taille. Selon le ministre délégué aux Comptes Publics, ce ne seront plus 15 millions de produits qui devront être déclarés aux douanes mais 450 millions, soit autant de produits taxés en plus.

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