Libérer les potentiels industriels

Michel Dijoux. Photo Mémento

Le 6 octobre dernier, Daniel Moreau laissait à l’issue de 6 années de présidence, les rênes de l’ADIR à Michel Dijoux. Pour celui qui a relevé les fonctions de vice-président de l’organisation durant les 6 dernières années, qui en est administrateur depuis 22 ans et adhérent depuis 24 ans, nul besoin de rapport d’étonnement, on entre directement dans le vif du sujet. 

 

Le Mémento : Comment envisagez-vous vos nouvelles fonctions à la présidence de l’organisation ?  

Michel Dijoux : Pour moi, être président de l’ADIR, c’est défendre l’intérêt de l’industrie réunionnaise dans son périmètre le plus large. Les différents secteurs de l’industrie réunionnaise mais aussi les services à l’industrie, partagent des intérêts et des ambitions communes dont l’ADIR doit se faire le relai. Notre première mission est de pérenniser l’existant : défense de l’octroi de mer, pérennisation et augmentation des dispositions fiscales et inscription de ces aides et exonérations au sein d’une loi-programme « au long cours » qui offrirait de se prémunir des régulières remises en cause d’outils qui permettent d’investir et d’initier des lancements industriels intéressants et offrir offrir aux industriels de La Réunion, de nouvelles perspectives à l’export.

 

La Mémento : Quelles sont les pistes de travail explorées par l’ADIR afin de libérer le potentiel d’exportation des industriels réunionnais ? 

Michel Dijoux : La compensation de nos handicaps de compétitivité demeure un sujet de tout premier plan pour encourager l’export, ne serait-ce qu’à l’échelle régionale. Les normes, les coûts de la main-d’œuvre… rendent souvent inaccessible à nos voisins l’achat de nos produits. Nous devons poursuivre, renforcer et accélérer le déploiement de mesures destinées à compenser nos coûts de production : exonération des charges sociales sur la partie industrielle, mais aussi création de zones franches dont l’intérêt est de préserver, sur une zone géographique donnée, un outil ou ensemble d’outils existant, en offrant des possibilités d’exonération à l’ensemble des opérateurs pour leur donner la possibilité d’exporter sur le bassin régional.    

 

Le Mémento : Du fait de l’augmentation du coût du fret, il est de plus en plus difficile d’exporter depuis La Réunion. Quelles sont les solutions identifiées par l’ADIR ?  

Michel Dijoux :  Le SLAI (soutien logistique à l’import) permet déjà aux industriels de diminuer le coût de fret de matière première destinée à être manufacturée sur le sol réunionnais. Problème : cela ne concerne que les entrants en provenance d’Europe.  Dans les discussions que je veux avoir avec l’État et la Région, il sera question d’élargir cette compensation aux matières premières qui viennent de la planète toute entière. Si l’on ne fait pas ça, on écarte du périmètre industriel la possibilité de faire baisser les coûts.  

Il y a un deuxième point qui concerne cette fois le SLAE (soutien logistique à l’export), un dispositif essentiel si nous voulons développer des échanges avec le territoire monde. Pour résumer, si nous voulons réussir à l’export, il nous faut : 1. bien importer la matière première, 2. optimiser les coûts de production grâce à des exonérations et 3. exporter nos produits dans des conditions de transport identiques à celles dont disposent les autres territoires exports. 

Je souhaite également aborder la question de l’internationalisation de nos entreprises industrielles. Il y a nécessité à accompagner les grands savoir-faire de La Réunion, et ils sont nombreux, à s’implanter à l’international. Il y a des pays que nous ne pourrons jamais pénétrer, même si nos coûts de production et les coûts de fret baissent. La meilleure façon de pénétrer ces marchés c’est de s’y implanter. Indépendamment du problème d’acculturation, les industriels réunionnais sont confrontés à un problème purement économique : le coût de l’implantation sur lequel nous devons travailler.  L’internationalisation des entreprises de La Réunion est une autre manière (que l’export) de transporter le savoir-faire réunionnais et d’exister d’une autre façon à l’international. Les deux sont complémentaires et les deux sont nécessaires.

 

Le Mémento : Au-delà de ce travail de fond, vous devez également prendre part à la résolution de problématiques émergeantes. 

Michel Dijoux : Effectivement, et nous le voyons bien avec les turbulences qui secouent le secteur de la grande distribution, avec un risque maximal pour l’agroalimentaire réunionnais et notamment des membres de l’ADIR avec lesquels des accords avaient été formalisés. Je suis récemment monté au créneau pour affirmer nos positions et notamment, la nécessité de connaître les intentions du futur acquéreur/actionnaire, de façon claire et non équivoque, et graver dans le marbre l’achat de la production locale. Dans le cas contraire, cela poserait un vrai problème : celui de la capacité de notre industrie agroalimentaire à utiliser un modèle dimensionné pour satisfaire aux accords précédemment noués. J’irai plus loin : tout ce qui est fabriqué à La Réunion doit être une priorité dans la politique d’approvisionnement de l’enseigne. 

 

Le Mémento : Pour déployer son programme d’actions, l’ADIR s’organise en commissions. Combien sont-elles ?  

Miche Dijoux : Nous sommes en train de travailler sur ces commissions. La liste sera dévoilée lors d’un prochain CA. Il y en aura sans doute une dizaine. Parmi les plus importantes, la commission Octroi de mer, la Commission Aide au fret en charge de négocier, avec les compagnies maritimes, le prix qui sera consenti aux adhérents de l’ADIR. Parmi les commissions amenées à prendre de plus en plus d’importance figure la Commission Zone Arrière Portuaire. Nous avons aujourd’hui un gros problème à La Réunion : ne pas pouvoir faire avancer nos entreprises à une allure plus rapide, du fait d’une problématique logistique.

Dans un périmètre plus large que celui de la ZAP, la Commission foncier économique s’attèlera à la problématique de disponibilité des surfaces dédiées à la création de nouvelles activités industrielles. 

Une problématique qui se pose sur l’ensemble du territoire. L’ADIR interpellera la Région pour une meilleure prise en compte de la problématique dans le futur SAR et une traduction appelée de nos vœux, en espaces où pourront se développer les activités industrielles. Quand on parle d’industrie, on parle de la création de valeur ajoutée mais aussi d’emplois. Pour moi, l’industrie est la tendance lourde de la sécurisation de l’évolution de l’emploi à La Réunion. Si nous n’arrivons pas à libérer de l’espace pour la création industrielle, La Réunion restera un grand commerce et n’arrivera pas à se démarquer dans le bassin OI, en dépit des sérieux avantages dont elle dispose.

 

Le développement durable du territoire est également un sujet de tout premier plan pour l’ADIR et englobe plusieurs thématiques : transition énergétique, gestion des déchets, économie circulaire… Ce verdissement de l’industrie est encouragé par l’Europe, l’État, la Région Réunion au travers des programmes comme France Relance ou REACT UE. Des programmes dont les financements devront être débloqués au plus tard en 2023. Or, comme expliqué précédemment, la problématique foncière entrave la mise en œuvre de certains projets d’envergure notamment, qui risquent de ne pas aboutir faute de surfaces allouées à l’activité industrielle. 

 

Le Mémento : Pour finir, vous souhaitiez aborder le thème de l’attractivité de l’industrie et faire une nouvelle proposition. Quelle est-elle ?

Michel Dijoux : Je souhaiterais créer une nouvelle passerelle entre l’ADIR et l’Académie de La Réunion pour proposer aux jeunes Réunionnais, au-delà de la semaine de l’industrie, de découvrir le monde industriel très tôt dans leur vie, idéalement avant le collège. La transformation industrielle interpelle : on part de matières premières pour arriver à un produit fini. Comprendre cette transformation permet de donner aux objets un sens différent. C’est ce que je voudrais arriver à faire toucher du doigt au jeune public. Petit, j’ai moi-même eu la chance d’effectuer une visite industrielle qui a provoqué un déclic. Ce déclic, je voudrais aujourd’hui pouvoir le provoquer à large échelle. L’industrie poussiéreuse du XIXe siècle, c’est fini : nos industries sont propres, nos outils hypersophistiqués, nos métiers nobles et diversifiés… C’est tout cela que nous devons montrer aux jeunes générations pour faire naître des vocations.


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