Entrepreneur festivalier, Jérôme Galabert a créé et organise depuis bientôt 20 ans le Sakifo dont la dernière saison a off ert une excellente programmation avec un beau score d’entrées. En 2017, il a lancé les Francofolies à La Réunion. La stratégie de l’homme de culture commence à payer après des années bien diffi ciles, des habitudes et environnement changeants mais l’amour toujours des Réunionnais pour la musique, la bonne.
Le Mémento: Que signifie pour vous la médaille d’honneur de l’engagement ultramarin que vous avez reçue récemment ?
Jérôme Galabert : Je le prends comme une reconnaissance du travail accompli toutes ces années. C’est un sacré dé à relever d’organiser le Sakifo et les Francofolies chaque année, trouver les fonds avec des coûts qui augmentent, faire appel à des métiers en tension, en plus d’une réglementation plus contraignante et la préoccupation environnementale en ligne de mire.
Dans la période post-Covid, beaucoup de techniciens et de producteurs ont quitté la filière… Leur métier n’était pas “essentiel” pour certains alors que la
culture emploie plus de 2 millions de salariés et pèse plus lourd que l’automobile sur le marché français. Nous devons lutter pour faire reconnaître le caractère industriel de notre secteur d’activité.
Cette médaille a été la source d’une grande joie et d’une grande fierté surtout pour mes équipes.
Le Mémento: Quelle a été votre stratégie pour arriver à équilibrer les comptes pour la saison 2023 ?
J. G. : L’année 2022 a été terrible de ce côté-là. Nous avons changé énormément de choses à commencer par la réduction des charges et du personnel. Nous avons sollicité d’autres partenaires financiers et des entreprises. Les nouvelles contraintes et changements changements
de comportements nous ont poussés à être inventifs.
Par ailleurs, 2023 a béné cié d’une très belle programmation. Les étoiles se sont bien alignées ce qui explique le succès du Sakifo mais il est trop tôt pour pouvoir lâcher du lest. Des choses aident également. Par exemple, les têtes d’a che qui se produisent ici acceptent de réduire
leur cachet par rapport à la Métropole. L’image positive du Sakifo, ses valeurs, notre savoir-faire, c’est un tout qui donne envie aux artistes de venir et aux festivaliers d’acheter une entrée (1 ticket donne accès à 18 groupes) malgré l’augmentation du prix.
Même si c’est diffcile, je vise toujours l’objectif de produire un festival de qualité pour le plus grand nombre de personnes possible. Notre plan stratégique s’élabore pour les 3 années à venir
Le Mémento: Quelles sont les grandes lignes de votre management ?
J. G. : Je saturais avec cette idée d’être un homme, blanc, de plus de 50 ans à la tête du festival… J’ai décidé d’apporter davantage de transversalité et de développer l’approche collective de la programmation. Récemment, nous nous sommes dotés du logiciel de programmation de festivals Bookr.fm, développé par le Belge Alexandre Stevens. Cet outil digital rassemble les données de plus de 560.000 artistes, issues des plateformes de streaming musical, de 500 médias et les dates de concerts. À ces données de popularité, s’ajoute un algorithme de recommandation conçu selon chaque festival et donnant une note sur 100 basée sur des critères quantitatifs et qualitatifs. Un
module de gestion des budgets permet de suivre, à l’euro près, l’évolution de la programmation du festival.
Je prévois de construire notre propre outil de programmation en open data qui prendra en compte l’impact et le coût environnemental de nos événements à La Réunion, dans l’océan Indien et l’Afrique australe. Ma stratégie managériale ne se limite pas l’utilisation des outils, elle comporte un rôle d’écoute auprès des autres métiers, une rationalisation économique et une réflexion avec mes pairs.
Nous avons en effet rejoint une fédération de concerts, ce qui nous a confortés dans notre légitimité et fait grandir. La création des Francofolies en réseau franchisé a permis de mieux qualifier et définir la marque Sakifo. J’aspire aussi à pouvoir transmettre aux nouvelles générations tout ce savoirfaire de chef d’orchestre festivalier.

0 COMMENTAIRE(S)