Christine Grondin, Associée-gérante du Groupe Cap Méchant

En une décennie, le petit restaurant saint-philippois est devenu un groupe diversifié affichant fièrement son identité réunionnaise et son savoir-faire “maison” aux quatre coins de l’île. Retour sur une success-story réunionnaise avec Christine Grondin, associée-gérante du Groupe Cap Méchant...

Le Mémento : Quand et comment a débuté l’aventure Cap Méchant ?

Christine Grondin : En 1980 avec la création par mes parents, M et Mme Courtois, d’un petit restaurant d’une trentaine de couverts, situé à Saint-Philippe. Autodidactes - papa était taximan, maman institutrice – ils proposent une cuisine traditionnelle créole, mais aussi chinoise appuyée sur les connaissances en la matière de ma grand-mère qui opère en cuisine.

Le Mémento : On imagine que vous avez  grandi entre les tables du restaurant familial ?

C. G. : Mes frères -Jacky l’aîné, Pierrot le cadet - et moi-même, avons baigné dans la restauration dès notre plus jeune âge. L’établissement étant proche de la maison, nous nous y rendions à la sortie de l’école. J’aidais au service, mes frères en cuisine. De cette manière, nous nous sommes formés au fil des ans. Aucun d’entre nous n’a fait d’école de restauration.

Le Mémento : Quand est-ce-que vos parents vous en laissent-ils les rênes ?

C. G. : En 2010 à l’issue d’une phase de transition, nous reprenons les commandes du restaurant historique mais aussi du Cap Méchant d’Abord qu’ils avaient ouvert à Saint-Pierre ainsi que de l’activité traiteur.

Le Mémento : Comment s’organise alors la gestion de l’entreprise ?

C. G. : Dans l’objectif de développer l’entreprise, nous décidons de nous investir chacun dans toutes ses activités, en tirant parti de nos spécialités : le volet cuisine (les recettes, les process) intéresse davantage mes frères, moi c’est la clientèle et l’organisation. Cette organisation a perduré. Je suis toujours dans l’opérationnel, Jacky est mobilisé sur la production, l’élaboration des recettes, et le développement, Pierrot s’occupe lui des restaurants du Sud. Le groupe est demeuré 100% familial et son développement s’appuie sur une mise en commun des idées de chacun. Notre cohésion, c’est ce qui fait la force de Cap Méchant.

Le Mémento : Quelle est la première étape du développement du groupe ?

C. G. : Dès 2010, nous saisissons l’opportunité d’intégrer la tour Cadjee avec un concept qui répond à la fois à la demande des familles et de la clientèle d’affaires : le buffet à volonté. Au départ ouvert uniquement le midi, Buffet Cap Zen propose aujourd’hui une cuisine créole, chinoise, européenne à consommer sur place ou à emporter, également les vendredis et samedis en soirée.

Le Mémento : Le groupe va rapidement s’illustrer dans une nouvelle activité : le snacking ?

C. G. : Fort du succès d’une première boutique implantée à Saint-Pierre sur le front de mer “Le Patio”, nous déployons plusieurs points de vente à Saint-Pierre en périphérie, mais aussi dans le quartier de la Montagne à Saint-Denis à Saint-Gilles, Saint-Leu Portail, Le Tampon et le dernier à Saint-Joseph. Aujourd’hui, le segment boutique représente plus de 50% de l’activité du Groupe Cap Méchant.

Le Mémento : Vous êtes aujourd’hui présent sur le territoire à travers 18 points de vente…

C. G. : Aujourd’hui, Cap Méchant c’est 2 restaurants à la carte, 3 buffets, une douzaine de boutiques snacking et une activité traiteur. Nous sommes aussi présents avec une gamme de produits snacking dans les stations-services et la grande distribution. En 2018, nous avons acquis la marque Coco-Cannelle que nous développons depuis et actuellement le groupe possède 4 boulangeries- pâtisseries en attendant la 5è dont l’ouverture est prévue au mois de décembre à Saint-Louis. Quant à l’activité Coco Cannelle et la boutique Cap Méchant implantées au sein de l’aéroport, elles sont exploitées sous franchise.

Le Mémento : Opérez-vous la transformation des produits sur place ?

C. G. : Au tout début de l’aventure Cap Méchant, l’essentiel de la production s’opérait à Saint-Philippe. En 2016, pour répondre aux besoins de ses établissements, le groupe s’est doté d’une unité de production composée de plusieurs laboratoires dans la zone industrielle de l’Étang-Salé. De cette unité de production de 800m2(équipée d’une surface équivalente pour le stockage et de bureaux), sortent chaque jour une dizaine de véhicules chargés de ravitailler nos différents sites des matières premières transformées qui seront valorisées et cuites dans les différents restaurants et boutiques. Les commandes ont été passées la veille, tout est informatisé.

Le Mémento : Comment mobilisezvous l’innovation au bénéfice de vos différentes activités ?

C. G. : L’innovation est convoquée dans chacune de nos activités : de la définition de nos concepts à l’élaboration de nouvelles recettes en passant par la démarche d’amélioration continue appliquée à la production.

Par exemple, en termes de concept, il y a un mois, nous avons ouvert notre première boutique et Drive dans la commune de Saint-Joseph. S’agissant des recettes, nous avons la chance de compter dans la fratrie un grand voyageur qui développe chaque mois, trois ou quatre nouvelles recettes principalement issues de la cuisine du monde en assemblant les produits locaux.

Depuis quelques années maintenant, nous invitons régulièrement des Meilleurs Ouvriers de France, des anciens compagnons du devoir ou des techniciens ayant oeuvré dans de grandes maisons françaises et étrangères pour former nos collaborateurs à améliorer nos process, améliorer certains de nos produits existants et surtout apporter une nouvelle approche de la cuisine qui évolue au gré des changements de consommation. La formation, l’évolution, la promotion interne sont des axes forts de la politique RSE du groupe qui peut s’enorgueillir de belles réussites : plusieurs de nos employés polyvalents sont devenus responsables d’établissement.

Le Mémento : Zen traiteur est aussidevenu une référence sur le territoire ?

C. G. : L’activité traiteur constitue un peu la vitrine du groupe, elle nous donne l’occasion de montrer tout ce que nous sommes capables de faire, car je vous le rappelle, nous fabriquons tout ce que nous vendons. Si nous ne sommes pas producteurs, nous pouvons nous appuyer sur des partenaires locaux, producteurs et coopératives. Par exemple l’abattoir Duchemann-Grondin qui nous fournit 100% de notre consommation de poulets issus de l’élevage réunionnais ou encore la totalité des légumes et fruits locaux achetés en circuit court auprès de nos agriculteurs. Nous n’avons recours à l’importation que lorsque les matières premières ne sont pas ou insuffisamment disponibles localement.

Le Mémento : Pour finir, comment se prépare la relève ?

C. G. : Mes frères et moi avons tous des filles. 4 d’entre elles ont déjà rejoint le groupe à des postes variés. Les plus jeunes sont encore en études mais nul doute que la relève semble assurée même s’il nous faudra bien sûr accompagner la transition car diriger un groupe diversifié n’est pas chose facile.


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