À l’occasion d’un déplacement en Afrique et à Madagascar, Charles de Gaulle se laisse convaincre par sessoutiens locaux de faire une halte à La Réunion. Il est midi lorsque le skymaste rparticulier du Général se pose sur la piste de l’aérodrome de La Réunion, précédé par l’avion du Commandant Richard Evenou, commandant du contretorpilleur Le Léopard lors du ralliement de La Réunion à La France libre.
Lorsqu’il descend de l’avion, le Chef de la France Libre est accueilli par une foule dense. “À leur descente d’avion, le Général et Madame de Gaulle sont accueillis par le préfet et sa femme, le Sénateur de La Réunion, le Secrétaire Général, le Directeur du Cabinet ainsi qu’un compagnon de la libération. De nombreuses autres personnalités et les membres de l’association des Français Libres accompagnent le Général” relate le Journal de l’île de La Réunion dans son édition du 8/10/53.
Au cours du trajet entre l’aéroport et la préfecture, la foule s’étant massée le long de la route nationale, le Général descendra à deux reprises de voiture pour répondre aux acclamations et serrer les mains nombreuses se tendant vers lui. Il effectua même les dernières centaines de mètres qui le séparaient de la préfecture, à pied, dans le sillage du
service d’ordre qui lui frayait un passage. Au cours des 3 jours qu’il passa dans l’île, le Général se rendit sur plusieurs sites : la Préfecture où il déjeuna et tint audiences, le Barachois où il posa la première pierre du Monument des Français Libres, Sainte-Suzanne et Salazie où il procéda à un dépôt de gerbe au Monument aux morts.
Avant de repartir, il fit la promesse de revenir à La Réunion. Parole tenue le 9 juillet 1959, date à laquelle le Charles de Gaulle devint le premier Chef de l’État français en exercice, à aller à la rencontre des Réunionnais, suscitant un engouement et une ferveur peu commune. À l’occasion d’une visite éclair aux côtés de son premier ministre Miche Debré et entouré d’un dispositif de sécurité inédit intégrant notamment le porte-avion Arromanches, devant une marée humaine en liesse, Charles de Gaulle allait prononcer les mots qui resteraient gravés dans la mémoire des Réunionnais : “Vous êtes français, vous êtes français par excellence, vous êtes français passionnément”.
Dans les pas du Général
Première action d’envergure déployée par l’association Le Gaullisme au coeur La Réunion 974 (créée en 2022), les trois jours de commémoration organisés dans le cadre du 70e anniversaire de la première visite de Charles de Gaulle à La Réunion ont offert un parcours gaullien à travers Saint-Denis, Sainte-Marie, Sainte-Suzanne et Salazie, dans les pas du premier chef d’État français à avoir foulé le sol réunionnais, une première fois en 1953, une seconde en 1959 date qui pour les historiens marque le point de départ de la véritable départementalisation. Pour l’occasion, René Paul Victoria, ancien députémaire de Saint-Denis et président de l’association Le Gaullisme au coeur, avait invité Hervé Gaymard, exministre et président de la fondation Charles de Gaulle, ainsi que Jean-Marie Dedeyan son vice-président pour officialiser le partenariat entre la fondation et l’association réunionnaise.
Le Gaullisme au coeur est ainsi devenu le relais officiel à La Réunion et dans l’océan Indien de la fondation qui s’attache à faire vivre la mémoire du héros de la résistance et de la libération, premier président de la Ve République, porteur d’une certaine idée de la France et ses valeurs que l’on nomme aujourd’hui communément “valeurs gaullistes”.
Au nombre des temps forts de la commémoration, une conférence d’Hervé Gaymard dans l’hémicycle du Département sur “de Gaulle et l’outre-mer”, laquelle a offert une mise en lumière d’une étape décisive de l’histoire réunionnaise. “Onze ans après le ralliement de La Réunion aux
Forces françaises libres, sept ans après la départementalisation de notre île” commente Cyrille Melchior, président du Conseil départemental qui a eu l’occasion d’échanger en privé avec son homologue, sur les problématiques de leurs collectivités respectives.
La Réunion, “terre fidèle”
Première terre française de l’océan Indien ralliée à la France combattante, La Réunion avait pris part avec tout l’empire et dès le 28 novembre 1942, à l’eort de guerre pour la libération de La France. Une position courageuse que le Général de Gaulle n’allait pas manquer de saluer dans le discours prononcé à l’occasion de la pose de la première pierre du monument F.F.L à Saint-Denis, dont voici un extrait.
Novembre 1942 : La Patrie toute entière occupée, submergée par l’envahisseur lequel prélève sur ses ressources tout ce qu’il peut prélever, lequel use et abuse du travail de ses fils, lequel corrompt ou cherche à corrompre l’âme nationale dont il croit qu’il la tient à sa merci et d’autre part, le monde de la liberté en marche pour la grande revanche du droit sur la tyrannie. À ce moment-là, s’est passé un évènement historique. Au milieu de ses mers, La Réunion, a choisi. Il fallait que l’occasion lui en fût offerte de se joindre à toutes les terres françaises, à tous les hommes, à toutes les femmes qui peu à peu se rassemblaient pour assurer l’avenir du pays, son honneur et sa gloire. L’occasion dis-je fut offerte à La Réunion : elle lui fut offerte par la France Libre dont ce sera je crois, l’honneur de génération en génération de l’avoir fait.
Le Gouverneur Capagory, le Capitaine Richard Evenou à bord du “Léopard” sont venus permettre à La Réunion de faire ce qu’elle voulait c’est-à-dire se joindre au grand cortège de la grandeur française. Il n’était pas possible qu’elle en fît autrement ; dans son coeur ici tout le monde avait choisi déjà : à partir de ce jour peu à peu la victoire est venue dans nos mains. L’avenir de La France lui fut offert à elle-même, elle n’a plus maintenant qu’à le prendre ; elle a participé à la victoire ; elle a sa place dans le monde. Elle a retrouvé autour d’elle toutes ses terres où qu’elles soient, son âme a été libérée en même temps que son corps et cet exemple, malgré tous ses malheurs, malgré la situation incroyablement dure, pénible au point de vue matériel et au point de vue moral où elle se trouvait, cet exemple dis-je, La France a su le donner…
J’ai toute confiance dans l’avenir de La France. Elle sait ce qu’elle est, elle sait ce qu’elle fût et tout en le sachant il lui arrive de ne pas se sentir elle-même. Cela est le résultat d’épreuves excessives ; il n’en est pas moins vrai que la flamme demeure vivante et s’il fallait une preuve, la magnifique cérémonie d’aujourd’hui me l’offrirait et vous l’offrirait à vous-mêmes. Ayons donc une confiance inébranlable dans le destin de ce vieux pays et de tout ce qu’il a fait au-delà des mers. Ayons une confiance que rien ne peut changer dans son rôle, dans sa grandeur. N’hésitons pas à regarder les choses en face et à les regarder en haut.

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