Installée à Saint-Pierre, la Galerie Very Yes s'impose depuis huit ans comme un lieu atypique et foisonnant. Fondée par Jace, figure incontournable du street art réunionnais et créateur des fameux Gouzou ces petits personnages facetieux qui ont conquis les murs de file et bien au-delà - la galerie est devenue au fil des ans un carrefour artistique international où se croisent street artists du monde entier et talents locaux.
Lovée au fond d'un couloir, juste derrière la célèbre Usine à Gouzou, se trouve la mythique Galerie Very Yes: un assemblage de conteneurs qui abrite un véritable écrin pour l'art urbain, un espace vibrant où souffle l'esprit du partage.
L'histoire de ce lieu commence il y a une dizaine d'années, presque par nécessité "Je recevais régulièrement, via les réseaux sociaux, des demandes de personnes désireuses de visiter mon atelier, or ce dernier se trouvait à mondomicile", raconte Jace. Pour préserver son intimité tout en répondant à l'engouement du public, l'artiste saisit alors l'opportunité de s'installer sur un terrain où trônait une petite case en bois sous tôle, afin d'y créer un espace où accueillirses afi-cionados. Aménagé, ce dernier deviendra l'Usine à Gouzou, sa galerie personnelle, qui connaîtra rapidement un vif succès.
De l'Usine à Gouzou à la Galerie Very Yes
Dans le sillage de cette réussite, l'artiste décide deux ans plus tard de créer la Galerie Very Yes, un lieu où il pourra inviter et accueillir les artistes rencontrés au cours de ses voyages et avec lesquels il a eu des affinités artistiques, afin que ces derniers puissent présenter leur travail sur l'ile.
L'idée prend forme avec l'aide d'une amie architecte. La galerie, constituéed'un ensemble de neuf conteneurs enchevêtrés sur deux niveaux, abrite à la fois un espace d'exposition de 180 m', un studio d'hébergement pour les artistes invités, des zones de stockage et un atelier. Une architecture brute, audacieuse et profondément cohérente avec la philosophie de Jace, car la galerie n'est pas un simple lieu d'exposition : "C'est un espace d'échange, de rencontre, de découverte", souligne l'artiste. "Je voulais créer des ponts, faire venir à La Réunion ceux que les artistes d'ici n'ont pas toujours la possibilité de rencontrer".
Résultat : un dialogue artistique vivant, qui fait circuler l'énergie autant que la couleur.
Un carrefour d'artistes internationaux
En huit ans, une cinquantaine d'artistes venus du monde entier, parmi lesquels JonOne, Seth, Alex Face, Philippe Hérard, Stom500 et bien d'autres ont ainsi foulé le sol de ce laboratoire d'idées, apportant leur univers, collaborant parfois avec Jace, laissant souvent leur trace sur les murs de l'ile, enrichissant par la même occasion les rues d'œuvres d'art de qualité. Des artistes quiont également véhiculé toute une diversité de styles, participant au dynamismede la Galerie Very Yes : "Même si j'ai certaines affinités artistiques", avoue Jace, "j'essaie de mettre en retrait mes préférences afin d'élargir la palette de styles que je peux proposer au niveau de lagalerie. J'aienvie deprésenter quelque chose d'assez hétéroclite pour que le public puisse, dans son ensemble, trouver matière à apprécier ce qui est exposé".
Une indépendance farouchement assumée
Loin des circuits institutionnels, Jace revendique son indépendance: aucune subvention, des fonds propres uniquement. Le modèle économique repose sur l'Usine à Gouzou attenante, vitrine de son propre travail, qui permet de financerla venue des artistes et l'entretien du site. "Il y a des frais, bien sûr, mais la satisfaction est ailleurs", souligne l'artiste. "Ce projet, c'est avant tout une aventure humaine et personnelle. J'ai des souvenirs de visites de galeries quand j'étais gamin, et si, à mon tour, je peux passer le flambeau, tant mieux. Ce qui me fait plaisir, c'est de voir les enfants venus dans un cadrescolaire revenir par eux-mêmes sur d'autres expos".
Une effervescence créative toujours renouvelée
Les expositions se succèdent tous les mois et demi, dans un rythmesoutenu mais vital. L'équipe accueille aussi des visitesscolaires, desatelierset parfois desrésidences prolon-gées: certains artistes, comme Stom500, ont fini par s'attarder plusieurs mois sur l'île. Une dynamique qui, au fil du temps, a consolidé un véritable réseau d'amitiés et d'affinités artistiques.
Aujourd'hui, alors que la galerie fête ses huit ans, Jace regarde le chemin parcouru avec sérénité. "Le bilan est super positif... Que de belles rencontres. Je n'ai pas vu le tempspasser", confie-t-il.
L'artiste évoque pourtant, à demi-mot, le désir de voyager davantage, de peindre plus librement encore, tout en invitant les visiteurs à continuer à se laisser surprendre par les artistes de la Galerie Very Yes.


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