La communication à l'ancienne de François Bayrou

S’il est parvenu à faire passer le budget, François Bayrou a plus de difficultés à gérer sa communication, “pas travaillée” et “erratique”, au point de lui jouer des tours, comme sur l’affaire Bétharram.

Mercredi, le Premier ministre a donné un point presse au Salon de l’agriculture. Un contraste manifeste avec sa première visite, lundi. Mise à bonne distance, la presse n’avait quasiment jamais pu approcher le chef du gouvernement. Un journaliste de RTL s’est même vu retirer son accréditation : il venait d’interroger M. Bayrou sur l’affaire Bétharram…

L’Association de la presse ministérielle (APM) a dénoncé de “nombreuses entraves à l’accès à l’information”. Interrogée, la communication de Matignon plaide le “malentendu”.

Signe de nervosité de Matignon sur le sujet ? M. Bayrou est poursuivi depuis deux semaines par cette affaire de violences physiques et sexuelles dans un établissement catholique béarnais dans lequel il a scolarisé certains de ses enfants et où sa femme enseigna le catéchisme. Un épisode qui s’ajoute à une communication largement jugée erratique, y compris par des proches soutiens du Premier ministre.

“Autogestion”

“Elle repose trop sur lui, son instinct et ses intuitions, elle n’est pas travaillée et elle est un peu brute”, analyse le spécialiste en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet.

Une communication “dépassée” et “datée”, si bien que sur l’affaire Bétharram, “il a réagi comme François Fillon avec le déni et une posture d’attaque, et ça fonctionne mal”, ajoute-t-il.

Ancien communicant de François Hollande, Gaspard Gantzer pointe un “paradoxe Bayrou”. “Politiquement assez habile”, censure évitée à l’appui, alors “qu’en termes de communication, c’est quand même une machine à couac”.

Entouré à Matignon d’un cercle de “fidèles” guère “politiques”, dixit un proche, François Bayrou n’a pas de chef de pôle pour la communication, même s’il a intégré l’ancien député Bruno Millienne pour le “décryptage” de ses décisions.

Sans grande expérience gouvernementale, ses chargés de communication se débrouillent avec un Premier ministre habitué à gérer lui-même ce volet de l’action politique, avec l’aide épisodique de conseillers de l’ombre.

“Ça donne, de l’extérieur, l’impression d’une situation un peu à l’ancienne, dans laquelle la communication est un peu la chambre des enfants. On décide politiquement entre gens sérieux et après on décide de communiquer. Or qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, la communication aujourd’hui est une dimension de l’action politique”, juge M. Gantzer.

Résultat, pour les ministères, “c’est l’autogestion”, décrit une conseillère ministérielle.

Ses premières prises de parole après son arrivée à Matignon – à la cellule de crise consacrée à Mayotte, lorsqu’il quitte la scène en plein point presse, ou en marge du conseil municipal de Pau, quand il assure n’avoir jamais plaidé la fin du cumul des mandats avant d’être démenti par un journaliste – témoignaient d’une certaine improvisation.

“Feuilletonner”

“C’est son tempérament de penser savoir tout faire. Peut-être que la machine, à Matignon, c’est autre chose que chef de parti ou visiteur du soir”, analyse un autre conseiller.

Le cas Bétharram est emblématique. Mis en cause par le député LFI Paul Vannier, François Bayrou répond en personne, alors qu’il n’y est pas tenu. Résultat, “comme il s’est mal dépatouillé, il a remis deux euros dans la machine” et “tout ça donne un truc qu’on fait feuilletonner pour rien”, soupire un soutien du Premier ministre.

“Il se fait très confiance sur sa capacité de réponse et sur son aura naturelle”. Mais “sur les trucs perso, tout le monde fait la même erreur, en pensant pouvoir gérer…”, abonde une conseillère.

Deux semaines plus tard, le chef du gouvernement, une nouvelle fois interrogé, choisit de mettre en cause le gouvernement Jospin, successeur des gouvernements Balladur puis Juppé dont il était membre. Cette affaire, “ça prend une dimension à vomir”, fulmine un cadre socialiste, qui accuse M. Bayrou de “détourner ça sur le PS pour ne pas assumer ses responsabilités”.

Ce tableau d’ensemble “peut conduire au paradoxe absolu d’un politique très compétent pour stabiliser la vie politique mais qui peut finir par sauter sur une mauvaise com’” au risque de “torpiller sa (potentielle) candidature pour 2027”, conclut M. Moreau-Chevrolet.

 Par Anne RENAUT, Baptiste PACE


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