Les commerçants de Fort-de-France éprouvés par le mouvement contre la vie chère

Dans son magasin de vêtements de Fort-de-France, Christelle attend les clients. Désespérément. La commerçante martiniquaise a perdu au moins 60% de son chiffre d'affaires en septembre, entre basse saison, inflation et impact du mouvement contre la vie chère. En ce début de semaine, les rues du centre-ville du chef-lieu de la Martinique semblent davantage fréquentées que les jours précédents, près d'un mois après le début de la mobilisation qui a entraîné des manifestations et blocages, mais aussi des violences mi-septembre.

"Depuis le début du mois, on ne travaille pas du tout ou très peu", déplore Christelle. "Qu'il y ait grève ou pas grève, à la fin du mois j'ai ma marchandise à payer, j'ai le loyer à payer. On fait comment ?", interroge-t-elle, ravalant sa colère. A midi, elle assure n'avoir reçu aucun client, contre une vingtaine en temps normal, dont une dizaine de ventes. "Là c'est mort tous les jours", dit celle qui vit l'arrivée des soldes début octobre en Martinique comme une angoisse.   

"Solder une marchandise qu'on n'a pas fini de payer, le manque à gagner est considérable", ajoute-t-elle, assurant que "Fort-de-France se meurt". Elle pense à une réorientation professionnelle.   

Une première cliente finit enfin par entrer et Christelle se lève pour la conseiller.   Comme cette jeune femme, plusieurs commerçants du centre-ville ont partagé leur désarroi, tout en assurant comprendre - voire soutenir - le mouvement.    

- "Je ne pourrai pas me payer" -    

"On subit la vie chère, les augmentations de prix", notamment de la matière première, assure Malika, propriétaire d'un restaurant près de la mer. La cheffe d'entreprise dit ne pas répercuter toutes ces hausses sur sa clientèle, plutôt familiale. "Les clients regardent beaucoup leurs tickets. On m'appelle avant de prendre une réservation pour connaître le tarif de l'entrecôte", témoigne-t-elle.   

Le mois qui vient de s'écouler a été extrêmement difficile pour son établissement, entre les blocages et le couvre-feu nocturne non loin du centre, du 18 au 26 septembre. Le soir, Malika dit n'avoir qu'entre 2 et 10 couverts et fermer un peu plus tôt. Ce mois-ci, "nos recettes ne payent pas nos charges", poursuit celle qui a fait une demande de chômage partiel pour pouvoir payer sa dizaine d'employés.   

"Je ne pourrai pas me payer", ajoute-t-elle. "Il faut vraiment que le mouvement nous aide à trouver une solution durable", poursuit-elle. "S'il dure, forcément, il y a beaucoup de PME et de TPE qui vont en faire les frais". Au début de nouvelles négociations sur la question de la vie chère jeudi, la présidente du Medef-Martinique, Catherine Rodap, a lancé "un cri d'alarme" pour des entreprises "véritablement au bord du dépôt de bilan".   

Dans le café de Xavier (qui a requis l'anonymat), beaucoup de chaises restent vides. "J'ai des enfants aussi, j'ai mon propre loyer à moi, je dois payer le loyer, je dois payer des crédits", disait la semaine dernière l'homme de 54 ans.

Problèmes d'insécurité liée aux violences qui ont éclaté en marge du mouvement, d'accessibilité au centre-ville avec les blocages, de parkings, télétravail, attractivité du centre-commercial... Ces commerçants listent les raisons multiples qui poussent selon eux les Foyalais à délaisser le centre-ville.   

Dans son magasin de souvenirs, Jessica Flambart fait floquer des t-shirts aux couleurs du drapeau de la Martinique, rouge-vert-noir, vend des magnets et des mugs. "On soutient le mouvement, la cause est noble", dit la gérante aux côtés de ses deux collègues, dans une boutique vide. Comme beaucoup de commerçants du centre, elle avait fermé son magasin par solidarité avec la lutte contre la vie chère mi-septembre.   

"Il y a des jours où on a fait 40-50 euros", se désespère Mme Flambart, évaluant sa perte de chiffre d'affaires à 70%. Alors que la période touristique est encore creuse sur l'île d'environ 350.000 habitants, les commerçants ont le regard tourné vers la mer. Ils attendent la saison des "croisiéristes", ces navires qui débarquent, à partir du 6 octobre, de nombreux clients potentiels.   

"Si la grève continue, ça c'est sûr on n'aura pas de touristes qui vont accoster", s'inquiète la collègue de Jessica Flambart.


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