Les tensions dans le Golfe Persique ravivent à La Réunion le spectre d’une nouvelle hausse du coût du transport maritime, avec un risque de répercussion sur les prix en rayon. Pour Philippe-Alexandre Rebboah, président du SICR, l’enjeu immédiat n’est pas seulement l’actualité géopolitique, mais la façon dont les armateurs vont réorganiser leurs routes et leurs hubs, au risque de provoquer retards et congestion portuaire.
Le Président rappelle que l’île dépend de grands opérateurs mondiaux et que chacun adaptera sa stratégie. “À La Réunion, nous avons la chance d’avoir les trois plus grosses compagnies maritimes mondiales, c’est MSCGM, MSC et Maersk. Et chacune va avoir sa stratégie dans cette période difficile”, explique-t-il. Dans ce contexte, il anticipe un choc logistique lié aux réorganisations internes, en citant le cas de CMA CGM. “Son hub logistique qui était Calfaport à Abu Dhabi n’est plus accessible avec la fermeture du détroit d’Ormuse. Donc à partir de là, il faut se réorganiser et cette réorganisation peut générer des retards liés au congestionnement de certains ports, de changements de routes logistiques.”
L’autre variable est énergétique. “C’est plus sur la partie carburant et là on va être aussi assujetti à d’éventuelles augmentations du prix du baril du pétrole”, poursuit-il, en avertissant que “s’il y a augmentation, il y aura forcément répercussions de la part des compagnies maritimes sur les importateurs, producteurs et distributeurs que nous sommes” et donc “ce côté inflationniste en redouté”.
Sur le calendrier, le président du SICR insiste sur l’incertitude. “Personne ne peut le dire puisque ça va dépendre de combien de temps ce conflit va durer”, affirme-t-il, tout en rappelant qu’“on est en guerre, c’est une guerre”. Il évoque aussi une estimation citée dans l’échange. “Le président Trump a évoqué un conflit qui pourrait durer entre 4 et 5 semaines.”
Face à ce risque, il met en avant un élément rassurant pour la consommation locale. “La bonne nouvelle, c’est qu’à La Réunion, on a des stocks”, et le territoire, selon lui, “peut tenir en moyenne entre 2 à 3 mois”. Il estime que l’expérience acquise lors des crises récentes renforce la capacité d’adaptation. “On a quand même un vrai retour d’expérience avec la Covid et vous connaissez la résilience de notre territoire, la résilience de nos chefs d’entreprise et je ne doute pas que nous serons à la hauteur des défis qui nous attendent.”
Philippe-Alexandre Rebboah voit aussi une fenêtre d’opportunité pour l’activité portuaire. “Moi, j’y vois à titre personnel, et je parle au conditionnel, une vraie opportunité pour votre grand port maritime de pouvoir être un des ports qui participera à l’effort logistique et au transbordement”, en soulignant que “on a de la compétence, on a des infrastructures, on a un outil qui fonctionne”.
Enfin, le président du SICR refuse d’opposer importations et production locale, qu’il juge interdépendantes. “J’ai tendance à dire que l’importation est la résilience du territoire”, dit-il, avant de conclure sur la complémentarité des modèles. “Vous savez qu’il n’y a pas de production locale sans l’importation des matières premières. Donc, arrêtons d’opposer ces modèles économiques.” Pour lui, le gagnant sera le territoire si l’équilibre se renforce. “Si nous arrivons à développer nos exportations, le territoire sera gagnant, on créera de l’emploi, on créera de la richesse et ça tirera le territoire vers le haut.”
Mémento

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