Après l'incendie d'un bidonville, le casse-tête du relogement

Fin juillet, un violent incendie ravageait un bidonville de Cayenne. Sans faire de victime, mais jetant à la rue plus de 1.000 personnes dont beaucoup de migrants haïtiens, révélant la crise de l'accueil et du logement qui touche la Guyane.   

Dans l'urgence, l'Etat a réquisitionné les forces armées de Guyane (FAG) pour organiser l'accueil et la prise en charge médicale des sinistrés dans trois gymnases scolaires de Cayenne. Au total, 1.146 personnes ont été "prises en charge", a indiqué le préfet de Guyane, Antoine Poussier. "On a mobilisé tous les moyens dont nous disposions", a-t-il dit : distribution de nourriture, aide médicale, réquisition des gymnases.   

Mais à l'approche de la rentrée, les gymnases ont dû être libérés. Parmi les 400 dernières personnes accueillies, certaines ont été logées dans les communes de Sinnamary ou encore Regina, grâce à la mobilisation de leurs maires.

"D'autres personnes ont trouvé des solutions par elles-mêmes, souvent chez des amis. Je suppose aussi que certaines sont retournées dans le squat", détaille Micmase Lubin, la présidente du Réseau des acteurs haïtiens de Guyane (Rahg), qui a oeuvré auprès des familles touchées par le sinistre. Situé dans le quartier de Baduel, le "squat" (bidonville) en question est une poche d'habitat informel sur une colline de Cayenne qui s'est étendue avec les années, la majorité des occupants étant des Haïtiens en situation irrégulière.   

Ces dernières années, ceux-ci ont afflué dans le territoire français d'Amérique du Sud qui attire aussi Afghans ou Syriens, au point que la Guyane est devenu en 2023 le premier territoire ultra-marin en nombre de demandeurs d'asile avec 5.200 nouvelles demandes, selon le bilan annuel de l'Ofpra. Nombre de ces migrants échouent dans des bidonvilles aux conditions de vie précaires, où les incendies sont fréquents. En mars, en plein durant une visite d'Emmanuel Macron en Guyane, trois personnes avaient déjà été tuées dans un incendie à Baduel.   

- Logement social insuffisant -    

La Guyane, dont 29% des habitants vivent en situation de grande pauvreté et où le logement social est largement insuffisant, n'est pas armée pour répondre à cet afflux. "Actuellement, il n'y a aucune solution pour répondre de façon digne à tous ces migrants (...) qui arrivent sur notre territoire", répétait en avril Sandra Trochimara, la maire de Cayenne, après l'arrivée de réfugiés syriens sur sa commune.   

Encore moins quand l'Etat et les collectivités se renvoient les responsabilités. L'incendie du squat de Baduel a été l'occasion d'une passe d'armes entre l'Etat et les élus locaux, qui n'ont pas manqué de critiquer la réponse des autorités préfectorales. Dans la presse guyanaise, le président de la collectivité territoriale de Guyane (CTG), Gabriel Serville, a accusé l'Etat d'avoir "failli à sa mission".  

Selon le média local Guyaweb, Gabriel Serville et Sandra Trochimara, avaient demandé la mise en place d'un plan Orsec Hébergement d'urgence lors d'un entretien à Paris avec le chef de cabinet du président de la République, Patrice Faure.   

"Le plan Orsec, ça fait un mois que nous l'avons mis en oeuvre, on a fait 90% du boulot", répond vertement le préfet Antoine Poussier, saluant au passage l'implication de plusieurs associations, dont le Rahg, "dont l'engagement dans la durée a permis une réponse efficace à la détresse des sinistrés".   

Dans un communiqué publié jeudi dernier, la préfecture a annoncé la fin de la "mise à l'abri" des sinistrés. Mais l'Etat et les élus locaux doivent déjà gérer une autre crise : celle de l'engorgement de la Spada (structure de premier accueil des demandeurs d'asile) dont les files d'attente s'allongent à Cayenne. Sandra Trochimara en a demandé la délocalisation vers les villes frontalières de Saint-Laurent-du-Maroni et de Saint-Georges-de-l'Oyapock, portes d'entrée des demandeurs d'asile.


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