Les acteurs de la filière du rhum de La Réunion réagissent au communiqué publié par le Conseil départemental, qui appelle à soutenir un amendement créant une nouvelle taxe sur les alcools forts dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026. Ils indiquent tirer la sonnette d’alarme face aux conséquences annoncées de ce dispositif sur la production locale.
Selon la filière, l’application de cette taxe entraînerait une hausse importante de la fiscalité sur les rhums réunionnais, évaluée à + 1216 %. Cette mesure se traduirait par une augmentation de plus de 1 600 euros par hectolitre d’alcool pur pour la production locale, contre une hausse plafonnée à 200 euros pour les alcools importés. Ils estiment qu’elle se répercuterait par une hausse d’environ 8 euros par bouteille de rhum et qu’elle pourrait déplacer la consommation vers les alcools importés, sans effet démontré sur les consommations problématiques.
Les représentants de la filière rappellent que, contrairement à la Vignette de Sécurité sociale qui finance la santé publique, les recettes de la surtaxe rejoindraient le budget du Département. Ils soulignent que la Vignette de Sécurité sociale à La Réunion a déjà été fortement augmentée pour atteindre 609,80 euros par hectolitre d’alcool pur, soit une hausse de 360 % en cinq ans. Ils indiquent également que, en cumulant l’ensemble des taxes, le degré d’alcool dans une bouteille de rhum blanc réunionnais est imposé au même niveau qu’un degré d’alcool dans une bouteille de vin vendue en métropole.
La filière insiste sur le rôle des élus réunionnais dans la protection de la production locale et affirme qu’aucune entreprise réunionnaise n’est en mesure d’absorber un tel choc fiscal sans mettre en danger les outils de production, les emplois et la capacité d’investissement. Elle rappelle être composée uniquement de TPE et de PME et indique représenter environ 1 200 emplois directs, indirects et induits, hors emplois en amont, notamment chez les planteurs et dans l’industrie sucrière.
Les acteurs dénoncent une mesure qu’ils jugent discriminatoire pour la production locale, les Antilles et la Guyane étant exclues de son champ d’application. Ils soulignent l’absence de concertation préalable et estiment que cette taxe fragiliserait une filière décrite comme essentielle à l’économie locale. Ils rappellent que la Région Réunion s’est déjà opposée à cette disposition en décembre dernier par la voix de sa présidente.
Selon la filière, fragiliser le rhum revient à fragiliser l’ensemble du secteur canne-sucre-rhum-énergie, qui représente 15 000 emplois directs, indirects et induits à La Réunion. Les producteurs indiquent rester disposés à travailler avec les pouvoirs publics pour renforcer la lutte contre l’alcoolisation, notamment chez les populations vulnérables, et rappellent la signature en avril 2024 d’une charte de prévention avec les services de l’État.
Les producteurs de rhum réunionnais demandent le retrait immédiat de l’amendement du projet de loi de finances et appellent à la mise en place d’une concertation réunissant l’ensemble des parties prenantes afin de rechercher des solutions pour lutter contre la surconsommation d’alcool à La Réunion. Ils estiment que l’avenir de la production locale de rhum dépend de ces décisions.
memento.fr

0 COMMENTAIRE(S)