La classe politique face à la confiance dissoute des électeurs

Photo de l'affichage des élections législatives.

Du budget au pouvoir d'achat, le nouveau Premier ministre Michel Barnier ne manque pas de chantiers prioritaires. Mais il devra aussi s'attaquer à la crise de confiance des citoyens dans la politique, encore accentuée par les semaines d'atermoiements qui ont suivi la dissolution de l'Assemblée nationale.

Un président de la République accusé par la gauche de "voler l'élection" en refusant de nommer à Matignon la candidate désignée par le Nouveau Front populaire. Les partis politiques taxés d'irresponsabilité pour leur incapacité à se hisser à la hauteur des enjeux et à trouver des compromis. "D'évidence l'image de la classe politique et des partis a continué de se dégrader, tout le monde a perdu beaucoup de plumes", reconnaît le ministre démissionnaire Stanislas Guerini. "Le chemin que la classe politique va devoir emprunter pour remonter la pente va être long". La dissolution de l'Assemblée nationale, puis les deux mois de suspense et de tractations, laisseront des traces. Notamment les derniers jours, pendant lesquels des noms de potentiels Premiers ministres ont été livrés aux critiques.

Si le gouvernement de Michel Barnier n'est pas censuré par l'Assemblée nationale, ce sera grâce au soutien tacite du Rassemblement national, contre lequel s'est pourtant dressé un front républicain lors des élections législatives. "Drôle de façon de redonner la parole au peuple", ironise le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier.
Cette série d'événements peut sembler incompréhensible, voire incohérente aux yeux des électeurs, nombreux à se rendre aux urnes après la dissolution surprise annoncée par Emmanuel Macron le 9 juin. "C'est perçu par les Français comme une décision profondément antidémocratique, contraire aux résultats des élections", assure le politologue Frédéric Sawicki, qui redoute que cette situation n'entraîne "pas seulement une crise de confiance, qui n'est pas nouvelle, mais une forme de rejet profond".
Selon un sondage Elabe publié vendredi, 74% des Français jugent qu'Emmanuel Macron n'a pas tenu compte des résultats des législatives en nommant Michel Barnier.

Comportement irresponsable

"Ce que fait l'Elysée est terrible politiquement pour la confiance du pays en la politique. Ils sont totalement reclus sur eux-mêmes", analysait la conseillère d'un ministre démissionnaire dans les derniers jours de la crise. Même sentiment chez Stéphane Lenormand, président du groupe centriste Liot (Libertés, Indépendance, Outre-mer, Territoires) à l'Assemblée. "La colère monte. Il y a une urgence à agir sinon la rue va prendre le relais". Pour sa première prise de parole de Premier ministre, Michel Barnier a prôné jeudi soir "l'apaisement" et le "respect". Il a assuré vouloir "répondre aux défis, aux colères, aux souffrances" des Français et promis des "changements et des ruptures".

Car c'est bien l'ensemble de la classe politique qui ressort affaiblie. "Il y a un problème de déni général", affirme un député du Nouveau Front populaire. Le patron de la droite "Laurent Wauquiez se comporte comme s'il était majoritaire à l'Assemblée. (...) La gauche passe son temps à dire +on a gagné+, mais on a 193 députés, jusqu'à preuve du contraire on n'a pas gagné. Les macronistes font comme si tout devait passer par eux alors qu'ils ont subi une défaite. C'est un comportement globalement irresponsable" et "les électeurs nous mettent tous dans le même sac", se lamente-t-il. En l'absence de majorité absolue à l'Assemblée nationale, fixée à 289 sièges, les Français pouvaient attendre des partis politiques qu'ils "sortent des postures d'affrontement pour mieux travailler ensemble", juge Frédéric Sawicki.

"Au contraire, ce qui a été donné en spectacle, c'est une incapacité de dialogue entre des politiciens arcboutés sur leurs intérêts propres", poursuit-il. Historiquement, explique le politologue, les Français ont été satisfaits lors des périodes de cohabitation, quand les responsables politiques étaient contraints de discuter.
Le sentiment de défiance se confirme dans les sondages : en août, seulement 22% des Français considéraient que la France "a des dirigeants de qualité" (Ifop pour le JDD).
Dans ces conditions, beaucoup craignent que le regain de participation lors des législatives ne soit qu'un feu de paille. "On a beaucoup travaillé à mobiliser les primo-votants et on craint que toute une génération soit marquée par le sentiment que voter ne sert à rien", explique Dorian Dreuil, co-président de A Voté, une association apartisane qui mène des campagnes de sensibilisation autour du vote.

Il s'interroge sur un effet similaire à celui du référendum de 2005 sur la Constitution européenne, quand le verdict des urnes n'avait pas été suivi. Mais il espère que cette crise soit l'opportunité de réformer le système électoral pour une meilleure représentation politique. Un nouvel argument en faveur de la proportionnelle ?

LUCIE DE PERTHUIS


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