En visite à La Réunion, Thierry Martel, directeur général de Groupama Assurances Mutuelles, a dressé un état des lieux préoccupant de l’assurabilité dans les outre-mer après une succession de catastrophes. Malgré un contexte tendu, le groupe mutualiste a confirmé son ancrage territorial et annoncé des hausses de tarifs modérées pour 2026.
Un climat de sinistres sans précédent
La conférence de presse organisée à l’issue du Conseil d’Administration de Groupama Océan Indien a permis de rappeler un contexte ultramarin particulièrement dégradé. Entre les émeutes en Nouvelle-Calédonie et les évènements climatiques à Mayotte et à La Réunion, la facture est lourde : près de 200 millions d’euros de sinistres entre fin 2024 et début 2025.
« Les cyclones sont extrêmement coûteux. Ils se sont renforcés ces dernières années, mais il est de notre devoir, en tant qu’assureur français, de soutenir tous les territoires », a souligné Thierry Martel, évoquant le rôle central de la solidarité nationale. Mayotte concentre à elle seule un choc d’une ampleur historique. Le cyclone Chido a coûté à l’assureur 140 millions d’euros, soit « dix fois le chiffre annuel réalisé à Mayotte », précise-t-il. À La Réunion, le sinistre Garance représente quant à lui 63 millions d’euros, soit quatre années de primes habitation.
Un acteur fortement enraciné à La Réunion
Présente sur l’île depuis 1969, Groupama Océan Indien revendique un ancrage territorial solide : conseil d’administration local, réinvestissement intégral des bénéfices, 260 collaborateurs, 60 % de femmes, 9 % de travailleurs handicapés, et 120 000 sociétaires.
« Groupama est dirigée par ses clients. Ce n'est pas si courant dans notre métier », rappelle Jean-Baptiste Desprez, directeur général de la caisse régionale. L’entreprise espère par ailleurs décrocher prochainement le label AFNOR “entreprise durable” et vise un chiffre d’affaires de 160 millions d’euros en 2025. Sur la gestion de Garance, 92 % des dossiers sont aujourd’hui clos ou indemnisés, avec un délai de traitement de 9 à 10 mois.
L’assurabilité en question, mais pas de retrait
La multiplication des épisodes extrêmes pose frontalement la question de l’assurabilité dans les outre-mer. Pour autant, Thierry Martel écarte tout retrait : « Notre volonté est d’y rester ». Mais le défi reste immense, notamment dans certains secteurs (transport, déchets…) où les entreprises craignent de ne pas trouver d’assureurs.
« Les réalités économiques s’imposent à tous. Tout euro dépensé est un euro préalablement collecté », rappelle Le DG de Groupama Assurances Mutuelles, également vice-président de France Assureurs et de l’Association des Assureurs Mutualistes. Deux limites marquent la frontière de l’assurance : l’absence d’aléa « quand on sait que l’événement va arriver » et le coût de la prime « économiquement insupportable pour ceux qui génèrent le risque ». Pour Groupama, la solution passe aussi par une prévention renforcée : « Il faut que les réglementations soient respectées et que la prévention soit mise en place. »
Des primes en hausse en 2026
Face à l’explosion des coûts de réparation automobile, constructions, sinistres corporels… les tarifs évolueront l’an prochain. À La Réunion, la hausse sera contenue :
« La hausse des tarifs ne correspond pas à une hausse de nos marges, mais à une répercussion des coûts que nous subissons », insiste Thierry Martel. L’exemple de l’automobile illustre les enjeux : sur l’île, le chiffre d’affaires annuel atteint 50 millions d’euros, mais « un seul accident corporel grave peut coûter plus de 20 millions d’euros ».
Prévention : un levier incontournable
Selon les experts mobilisés, 70 % des sinistres imputés par Garance auraient pu être évités. 95 % des constructions touchées n’étaient pas conformes aux normes ou relevaient de l’autoconstruction. « Ce qui a résisté, c’est ce qui était aux normes. Ce qui n’a pas résisté, ce n’est pas parce que les normes étaient insuffisantes, mais parce qu’elles n’étaient pas appliquées », rappelle Groupama.
Alors que les aléas climatiques s’intensifient, l’assurabilité des outre-mer dépendra plus que jamais de l’équilibre entre solidarité, prévention et viabilité économique. Groupama, en tout cas, confirme vouloir tenir sa place : « La vraie course, c’est la capacité à répondre aux sinistres », conclut Thierry Martel.
memento.fr / DT

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