La Turbine a réuni le 4 août, à Saint-Pierre, entrepreneurs, investisseurs, partenaires et acteurs de l’innovation autour d’une table ronde consacrée au thème « Harnessing AI for a Sustainable Mauritius ». Organisée dans le cadre de l’Innovation Challenge 2026, cette rencontre a permis d’examiner les usages actuels de l’intelligence artificielle, son potentiel économique, ses limites environnementales et les opportunités qu’elle peut créer pour les entreprises mauriciennes.
Animée par Marc Israel, expert en intelligence artificielle et mentor à La Turbine, la discussion a réuni Harry Coolen de la Mauritius Commercial Bank, Anielle Carver d’ER Property, Caroline Rault d’Eclosia Angel Fund et Kam Li Fap Kien de Blue Azurite. Les échanges ont montré que l’IA est déjà intégrée à de nombreux processus professionnels, notamment dans l’analyse de données, la préparation de dossiers, les recherches de marché ou encore le traitement de documents réglementaires.
À la MCB, l’intelligence artificielle permet déjà de réduire considérablement certaines tâches. Selon Harry Coolen, une première analyse de dossier de crédit qui pouvait auparavant nécessiter une à deux heures peut désormais être réalisée « en quelques minutes ». L’objectif n’est pas de remplacer l’analyste, mais de lui permettre de consacrer davantage de temps à l’interprétation et au jugement professionnel.
Chez ER, l’IA est notamment utilisée pour exploiter les données liées à la consommation d’eau et d’électricité ou à la gestion de la flotte de vélos électriques de Moka City. Les intervenants ont également évoqué son potentiel pour optimiser les transports, améliorer la mobilité partagée, valoriser les déchets ou encore aider les importateurs à identifier des itinéraires alternatifs lorsque les chaînes d’approvisionnement sont perturbées.
Mais les discussions ont aussi porté sur le paradoxe environnemental de l’intelligence artificielle. Si cette technologie peut aider à mieux gérer les ressources, les centres de données et les modèles d’IA nécessitent eux-mêmes d’importantes quantités d’électricité et d’eau.
Dans un territoire insulaire comme Maurice, cette question est particulièrement sensible. Anielle Carver estime qu’il serait « naïf d’ignorer les importantes quantités d’eau et d’électricité nécessaires au fonctionnement des centres de données et des modèles d’IA ». Pour elle, la question essentielle consiste à déterminer si « la valeur créée par l’intelligence artificielle dépasse les ressources qu’elle consomme ».
Les participants ont également insisté sur la nécessité d’encadrer davantage l’utilisation de ces outils. Formation des salariés, protection des données, sécurité informatique et gouvernance ont été présentées comme des conditions indispensables pour éviter les dérives. Caroline Rault a ainsi averti que « sans un cadre de gouvernance solide, nous allons droit dans le mur ».
Pour Maurice, les opportunités identifiées sont nombreuses. Dans l’économie maritime, l’IA combinée aux données satellites et aux drones pourrait notamment contribuer à surveiller la pêche illégale, cartographier les mangroves ou suivre le blanchiment des coraux. Sur terre, elle pourrait être utilisée pour détecter plus rapidement les fuites sur le réseau d’eau, optimiser les transports ou améliorer la gestion des déchets.
L’intelligence artificielle pourrait également aider les entreprises mauriciennes à accéder plus facilement aux marchés régionaux en analysant les tendances, en identifiant de nouveaux débouchés ou en facilitant la création de prototypes et de business plans avant d’engager des investissements importants.
À travers l’Innovation Challenge 2026, La Turbine cherche désormais à identifier des projets capables de transformer ces possibilités technologiques en solutions concrètes. Les candidats devront proposer des innovations présentant un potentiel commercial, une capacité d’exécution solide et des perspectives de déploiement à Maurice ou dans la région.
Les start-up sélectionnées bénéficieront d’un programme de préincubation comprenant mentorat, accompagnement stratégique, formations, ateliers et rencontres avec des experts. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 26 août 2026, avant le lancement de la préincubation le 17 septembre, un Salon de l’Innovation Challenge le 9 octobre et un Pitch Day final le 12 novembre.
« L’intelligence artificielle transforme progressivement notre manière de travailler, de produire, d’innover et de prendre des décisions », souligne Swarna Gujadhur, Head of Operations de La Turbine, qui estime que tout l’enjeu consiste désormais à développer des solutions « responsables, utiles et durables » capables de répondre aux défis concrets de l’économie mauricienne.
Mémento



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