Le gouvernement a présenté, le 9 avril 2026, un ensemble de mesures visant à réduire l’absentéisme au travail, dans un contexte de forte hausse des arrêts maladie et des dépenses associées. Cette mobilisation s’inscrit dans une stratégie combinant prévention, accompagnement et lutte contre les abus.
Entre 2019 et 2024, le nombre d’arrêts de travail a augmenté de 10 %, pour atteindre plus de 9 millions d’arrêts indemnisés. Dans le même temps, les dépenses d’indemnités journalières ont fortement progressé, atteignant 17,9 milliards d’euros en 2025, soit une hausse de 45 % depuis 2019.
Cette dynamique repose en partie sur des facteurs structurels. Environ 60 % de la croissance des dépenses s’explique par l’augmentation des salaires et de la population active, mais aussi par le vieillissement démographique. Toutefois, 40 % de cette hausse reste liée à une augmentation du recours aux arrêts de travail et à leur durée moyenne.
Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer cette évolution. Les autorités évoquent notamment une hausse des troubles psychiques, dans un contexte de dégradation de la santé mentale en Europe, ainsi qu’une exposition accrue aux risques psychosociaux. Le recours aux arrêts augmente également chez les moins de 30 ans et les plus de 50 ans. Par ailleurs, certaines prescriptions sont jugées non conformes aux recommandations médicales, comme dans le cas des lombalgies, pour lesquelles 70 % des jours prescrits dépassent la durée indicative recommandée.
Au-delà de l’impact sur les finances publiques, estimé à plusieurs milliards d’euros, l’absentéisme représente également un coût pour les entreprises. Celui-ci est à la fois direct, via le complément de rémunération versé aux salariés, et indirect, en raison des pertes de productivité et des désorganisations qu’il engendre. Ces coûts ont été évalués à près de 100 milliards d’euros par an.
Dans ce contexte, la France se situe au cinquième rang des pays de l’OCDE en matière d’absentéisme, avec environ 5 % d’absents en entreprise et 21 jours d’absence par an en 2024, contre 18 jours en Allemagne.
Face à cette situation, l’Assurance maladie a intensifié ses actions en 2025. Au total, 12 500 médecins ont été accompagnés, dont 1 000 dans le cadre de dispositifs renforcés. Parallèlement, 700 000 assurés ont été contrôlés ou accompagnés, avec près de 240 000 convocations auprès d’un médecin-conseil. Près de la moitié des assurés convoqués ont repris leur activité professionnelle.
Les actions de lutte contre la fraude ont également été renforcées, avec près de 10 000 dossiers suivis en 2025 et 49 millions d’euros de fraudes stoppées, en hausse de 15 % par rapport à 2024. Ces dispositifs ont permis de générer environ 30 millions d’euros d’économies.
Depuis 2024, plusieurs mesures ont été mises en place pour encadrer les pratiques. La prescription d’arrêts de travail en téléconsultation est désormais limitée à trois jours, sauf exceptions, ce qui a contribué à une baisse de 40 % des arrêts indemnisés via ce canal entre 2022 et 2024. Par ailleurs, les arrêts non dématérialisés doivent désormais être prescrits via un formulaire sécurisé afin de prévenir les fraudes.
De nouvelles dispositions entreront en vigueur à partir du 1er septembre 2026. Les arrêts de travail seront limités à un mois pour une première prescription et à deux mois en cas de prolongation, sauf exceptions. Les médecins devront également renseigner systématiquement le motif de l’arrêt. À partir de 2027, la durée de versement des indemnités journalières pour les accidents du travail et maladies professionnelles sera également encadrée.
En parallèle, l’Assurance maladie prévoit de renforcer ses contrôles en 2026, avec 740 000 actions programmées auprès des assurés et l’accompagnement de 13 000 médecins prescripteurs. Les contrôles cibleront notamment les arrêts longs, les arrêts répétés de courte durée et les situations de cumul entre activité et arrêt de travail.
Les employeurs seront également davantage impliqués. Un espace d’information dédié sera mis en ligne afin de leur permettre de réaliser un autodiagnostic et d’identifier les ressources disponibles en matière de prévention. Une campagne de promotion de la santé mentale au travail sera également déployée, en lien avec les services de santé au travail.
Enfin, le gouvernement entend s’appuyer sur le dialogue social pour identifier de nouveaux leviers dans les entreprises. Parmi les pistes évoquées figurent le renforcement de la prévention, l’amélioration des conditions de reprise du travail et la responsabilisation accrue des acteurs face aux comportements abusifs.
L’ensemble de ces mesures vise à « retrouver la maîtrise des arrêts de travail », un objectif présenté comme un enjeu majeur pour l’équilibre du système de santé et le fonctionnement des entreprises.
memento.re

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