Élections provinciales : une Nouvelle-Calédonie politiquement recomposée avant le scrutin du 28 juin

© Illustration Memento

La Nouvelle-Calédonie s’apprête à renouveler, le 28 juin 2026, les assemblées de ses trois provinces – Sud, Nord et îles Loyauté – lors d’un scrutin déterminant qui interviendra deux ans après les émeutes de 2024 ayant fait 14 morts et plongé l’archipel dans une profonde récession. Plus de 190 000 électeurs seront appelés aux urnes pour désigner les élus provinciaux, lesquels composeront ensuite le Congrès de la Nouvelle-Calédonie, chargé d’élire le futur gouvernement du territoire.

Le rendez-vous électoral se déroulera dans un contexte marqué par l’échec des discussions institutionnelles engagées autour du projet d’accord de Bougival. Il intervient également quelques jours après l’ordonnance de non-lieu rendue en faveur des militants de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), poursuivis depuis mai 2024 pour leur implication présumée dans les violences. Cette décision reste toutefois provisoire, le parquet de Paris ayant fait appel.

Le scrutin met en lumière une profonde recomposition du paysage politique calédonien. Dans la province Sud, qui concentre près des trois quarts de la population de l’archipel, douze listes sont en compétition, contre six en 2014 et onze en 2019. Cette multiplication des candidatures reflète notamment l’éclatement de l’espace centriste autrefois dominé par Calédonie ensemble. Le parti soutient désormais la liste menée par Walles Kotra, tandis que son ancien député Philippe Dunoyer conduit sa propre formation après avoir quitté le mouvement. D’autres listes, comme celles de l’Éveil océanien de Milakulo Tukumuli, de Faire Pays, Construire autrement ou encore d’Alliance Pacifik Enracinée, se disputent également cet espace politique.

Dans le même temps, le camp indépendantiste abordera le scrutin sans unité. Le FLNKS présentera sa liste « Kanaky pour tous », conduite en province Sud par Johanito Wamytan, tandis que l’Union nationale pour l’indépendance (UNI) a choisi une candidature distincte emmenée par l’ancien président du gouvernement, Louis Mapou, favorable au projet de Bougival.

Deux principales lignes de fracture traversent désormais le débat politique calédonien. La première porte sur l’avenir institutionnel du territoire : les Loyalistes défendent le maintien de la Nouvelle-Calédonie au sein de la République française, tandis que la majorité des autres formations soutiennent l’idée d’une souveraineté en partenariat avec la France. La seconde concerne les enjeux économiques et sociaux. Les conséquences des violences de 2024 ont replacé au cœur des préoccupations des thèmes tels que le pouvoir d’achat, l’emploi, les inégalités ou encore la jeunesse, avec des approches parfois très différentes selon les listes.

En province Nord, Paul Néaoutyine, figure historique du Palika et président de la collectivité depuis 1999, briguera un nouveau mandat à la tête d’une liste opposée à l’accord de Bougival. Face à lui, l’Union calédonienne mise sur Pascal Sawa, récemment réélu maire de Houaïlou. Une liste non indépendantiste conduite par Vanessa Wacapo tentera de maintenir ou d’accroître la représentation loyaliste dans une province largement dominée par les indépendantistes.

Dans les îles Loyauté, l’ancien président de province Jacques Lalié affrontera la liste officielle de l’UC-FLNKS menée par Mickaël Forrest. L’UNI, dirigée par Wali Wahetra, espère de son côté confirmer la progression enregistrée lors du précédent scrutin.

Autre évolution notable, le corps électoral a été élargi avec l’inscription de plus de 10 500 natifs de Nouvelle-Calédonie sur la liste électorale spéciale provinciale, dont plus de 9 200 en province Sud. Cette intégration porte le nombre total d’électeurs à près de 192 000 et augmente mécaniquement le seuil des 5 % des inscrits nécessaire pour participer à la répartition des sièges.

Au-delà des équilibres politiques, le niveau de participation constituera l’un des principaux enjeux du scrutin. En province Sud, celui-ci était passé de 71,95 % en 2014 à 67,23 % en 2019. Dans un climat marqué à la fois par les séquelles des violences de 2024, une crise économique persistante et une forte défiance envers la classe politique, la capacité des différentes listes à mobiliser leur électorat pourrait s’avérer décisive.

memento.fr


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