Le nouvel homme fort de Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina, a annoncé la "suspension du gouvernement" et la nomination prochaine d'un nouveau Premier ministre, près de cinq mois après sa prise de pouvoir dans un pays où la grande majorité de la population vit dans la pauvreté. La présidence n'a fourni aucune explication pour expliquer le limogeage, annoncé lundi, du Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo, nommé il y a moins de cinq mois.
Le colonel Randrianirina, 52 ans, a été investi "Président de la Refondation" le 17 octobre 2025, quelques jours après le ralliement de son unité, le CAPSAT, au mouvement de contestation populaire entamé un mois auparavant. Le président Andry Rajoelina et son entourage avaient fui la Grande Ile avec l'aide de la France. Son accession au pouvoir avait été précédée de plusieurs semaines de manifestations organisées à l'appel d'un collectif de jeunesse Gen Z, pour dénoncer dans un premier temps les coupures incessantes d'eau et d'électricité. Le mouvement s'était mué en une contestation généralisée des dirigeants malgaches.
- "Une surprise" -
La nomination de son gouvernement fin octobre avait déjà suscité des interrogations : de nombreuses figures connues du paysage politique malgache y figuraient, loin des aspirations à un changement radical de politique portées par la jeunesse lors des manifestations.
"Ce qui est arrivé hier (lundi) est une surprise", explique par téléphone Elliot Randriamandrato, l'un des porte-parole du collectif Gen Z. "C'est vrai que le choix du Premier ministre, au départ, ne nous allait pas, mais ces derniers (les ministres, Ndlr) ont montré une ouverture qui nous faisait penser qu'on pouvait avancer. Donc, il n'y avait pas forcément à pousser (pour) un remaniement dès hier (lundi), en fait", ajoute-t-il, y voyant tout de même une opportunité pour mettre en avant des "profils" en phase avec les revendications du mouvement.
"Pour l'instant, on est dubitatifs sur le processus entamé", résume le porte-parole qui évoque l'absence de concertation avec la jeunesse ou encore "un début de militarisation du régime qui n'est pas rassurante". Le nouveau chef de l'Etat table sur une période de transition de deux ans, selon un programme rendu public fin février. Une première phase de consultations tous azimuts est censée se dérouler jusqu'à la fin 2026. Ces consultations doivent déboucher sur une refonte du système électoral et sur un projet de nouvelle Constitution qui sera soumis à référendum entre mai et juillet 2027.
Une élection présidentielle est ensuite prévue au dernier trimestre 2027. Une autre élection, également chargée d'enjeux, doit se tenir d'ici là, après l'annulation ordonnée lundi par le Conseil d'Etat des résultats des élections municipales à Antananarivo fin 2024. C'est une alliée du président déchu Rajoelina, Harilala Ramanantsoa, qui avait remporté le scrutin mais sa victoire était contestée par son adversaire, le fils de l'ancien président Marc Ravalomanana, Tojo Ravalomanana, qui dénonçait des fraudes électorales.
Dans son arrêt, le Conseil d'Etat ordonne la tenue d'une nouvelle élection à une date non communiquée pour choisir le futur maire de la capitale, un poste clé dans la politique malgache. Depuis sa prise de pouvoir, le colonel Randrianirina multiplie les partenariats diplomatiques. Lors d'une visite officielle à Moscou en février, où il a été reçu par Vladimir Poutine, le nouveau dirigeant malgache avait annoncé une "nouvelle ère de coopération". Quelques jours plus tard à Paris, il a acté au côté d'Emmanuel Macron un partenariat "renouvelé" et "équilibré" avec la France, ex-puissance coloniale.

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