Rivo Rakotondrasanjy, Président du FIVMPAMA

A l'heure où le gouvernement place les TPE et PME au cœur de la relance economique, Rivo Rakotondrasanjy, président du FIVMPAMA, livre son analyse sur l'état du tissu entrepreneurial malgache. Entre fragilité des petites entreprises, défis de financement, formalisation et intégration dans les chaînes de valeur, il détaille les leviers à activer pour transformer les bonnes intentions en résultats concrets et durables.

Le Mémento: Le Premier ministre annonce une relance économique fondée sur les TPE/PME. Comment accueillez-vous cette orientation ?

Rivo Rakotondrasanjy : Ce diagnostic des problèmes structurels de notre économie qui met les TPE/PME au centre des préoccupations, ne date pas d'hier. Moi-même, j'ai déjà tiré la sonnette d'alarme en 2013, quand j'ai créé et animé le groupe Facebook "Débattons de la relance économique" qui compte aujourd'hui 33 000 membres. Au-delà de la prise de conscience effective de l'Administration, je me réjouis de cette prise de position ferme du Gouverne-ment. Mais il s'agit maintenant de la traduire en une série d'actes fondateurs inclusifs, cohérents et structurants.

Le Mémento: Comment analysez-vous aujourd'hui l'état actuel des TPE/PME à Madagascar ?

R.R: La composition et la structure de notre tissu économique, lécosystème des TPE/PME ainsi que les environnements des affaires sont défavorables à la croissance, et à la mise à l'échelle de ces TPE/PME. Par conséquent elles sont très fragiles, avec une capacité de résilience très faible aux différents chocs endogènes et exogènes qu'elles su-bissent. Même la flexibilité qui devrait être un avantage pour elles, par rapport aux grandes entreprises, constitue aujourd'hui un réel handicap.

Le Mémento : Quels sont les principaux obstacles auxquels font face les TPE/ PME à Madagascar ?

R.R: Il est impossible pour une TPE/ PME d'évoluer, ni de croître normalement dans ce contexte et cet environnement sans une série et de concours d'évènements exceptionnels qui lui sont favorables: marchés, financement, partenaires... D'où notre suggestion, voire recommandation de créer un Small Business act. Il doit matérialiser le changement de paradigme, pour créer un environnement plus propice à la contribution effective des TPE/PME.

Le Mémento: Commentles TPE / PME peuvent-elles releverledéfide la productivité et de la compétitivité soulevé par le ministre de l'Économie?

R.R : Au-delà du constat qui ne fait plus débat, ce n'est pas l'idée d'entreprendre qui fait défaut, par vocation ou par né-cessité. Le problème vient de l'absence de soutien efficace tout au long de la chaîne de création d'entreprise, depuis l'idée initiale jusqu'à la consolidation de sa croissance. Il faudra donc créer ce contexte par la mise en place d'une véritable politique publique orientée dans cesens. Cela doit être accompagnée de politique sectorielle, et de filières capables d'attirer dans un premier temps, une masse critique de TPE/PME, qui crée ensuite l'impulsion d'une dynamique plusimportante. Ces initiatives existent aujourd hui, mais existent aujourd hui, mais trop dispersées. Il manque une cohérence globale, qui oriente les impacts dans la même di-rection. Ce n'est pas la seule affaire de l'Etat, mais aussi du secteur privé et de nos partenaires du développement.

Le Mémento: Le potentiel du secteur informel a été évoqué. Comment favoriser la formalisation sans fragiliser les entreprises ?

R.R : Tout est dans l'attractivité et l'intérêt à devenir formel. C'est un processus complexe qui gère beaucoup de paramètres tels que la fiscalité, la redevabi-lité, le coût... Cest un processus continu, qui va prendre du temps, vu son ampleur et son ancrage dans notre société. Nous avons créé le MPAMA CGA, notre centre de gestion agréé, il y a quatre ans. La campagne de sensibilisation et formation à la formalisation, que nous avons entrepris dans dix régions, nous a montré l'immensité du défi. Mais nous avons constaté qu'il existe des TPE/ PME informelles qui veulent franchir le pas, pour diverses raisons. Je pense qu'il taut commencer par celles-là.

Le Mémento : Justement, la fiscalité actuelle est-elle adaptée à la réalité des petites entreprises malgaches dans la mesure où le passage du formel vers l'informel est tout aussi une réalité ?

R.R: Non, il faut une refonte de tout le système. Tout comme il faut revoir complètement le mode de fonctionnement de l'Administration en profitant de cette vague de refondation. Ce n'est pas en créant des incitations par-ci et par-là, qu'on va résoudre le problème de la fiscalité défavorable. C'est un problème systémique qu'il faut résoudre dans son esprit, en optant pour des choix audacieux en faveur des TPE/PME, avant de mettre en place des solutions pratiques par la digitalisation par exemple. Là aussi, des
initiatives et des programmes sont en cours. Encore faut-il y mettre de la cohé-rence. Les agréments et les différentes licences d'exploitation constituent des bouts intéressants pour commencer à dénouer le problème.

Le Mémento : L'accès au financement est souvent cité comme un frein au développement des TPE/PME. Le Fivmpama a lancé le Fonds Meso Capital. Pouvez-vous rappeler en quoi consiste ce fonds et comment est-il alimenté ? Où est-ce que vous en êtes à actuellement ?

R.R: Le financement des TPE/PME est un problème récurrent, constaté depuis des années. Des solutions ont été apportées, sans avoir pu résoudre le problème de manière structurelle, en impactant massivement sur les TPE/PME. Létude que le FIVMPAMA a initiée en 2022 a fait ressortir que le problème est systémique. Il fallait donc imaginer une solution systémique accessible, en agissant au cœur de lécosystème même de ces TPE/PME. La solution Fonds Méso capital est composée de trois structures, le Fonds lui-même pour le financement qui sera en equity, le MAMA CA qui assiste et accompagne les TPE/PME, et enfin les SPV (Special purpose vehicle) qui sont des clusters de TPE/PME évoluant dans la même chaine de valeur d'une filière donnée, cible du financement. Cette solution s'adresse aux entreprises qui sont déjà trop grandes pour la micro finance, mais encore trop petites pour les banques de la place, d'où son nom Méso capital. Il y a un gestionnaire de fonds professionnel qui fait la levée des capitaux, avec qui nous sommes actuellement en train de finaliser les papiers administratifs. Nous avons initié une discussion avec le Gouvernement pour solliciter la réaffectation d'une partie du Fonds destiné à Fihariana dans le Fonds Méso capital. Aussi, nous œuvrons pour quele Fonds Méso capital serve de solution à la diaspora qui souhaite investir au pays. Enfin, l'Union Européenne, qui a appuyé la mission de mise en place du Fonds, est favorable à un abondement à travers un de ces programmes d'appui aux TPE/PME.

Le Mémento : A votre avis, sur quel levier le Gouvernement peut agir sur le front du financement ?

R.R: Des structures étatiques qui peuvent servir de levier existent pour ne citer que le Fonds de garantie malagasy, le Fonds de portage et de privatisation qu'il faut revoir et réétudier. Ils ont le mérite d'exister. Puis, il y a aussi ces sociétés d'Etat qui disposent de capitaux. Elles ne sont pas trop enclines à la prise de risques, et se contentent de vivre de leurrentes. Si l'Etat veut vraiment aider les TPE/PME, il dispose de leviers pour cela, en reformulant la mission de ces structures. Ces sociétés d'État doivent montrer l'exemple. C'est à la fois un signal fort et un indicateur envoyé aux investisseurs locaux et internationaux pour solliciter leur confiance.

Le Mémento: Un industriel malgache a évoqué un écosystème de cluster où les TPE/PME étaient invitées à s'intégrer dans des chaines de valeurs. Partagez-vous cette vision?

R.R: Il y a des modèles économiques d'intégration verticale opérationnels, de grande industrie vers les TPE/PME regroupées en coopératives ici, notamment dans le domaine de l'agrobusiness, et l'agroalimentaire. Le FIVMPAMA s'est d'ailleurs inspiré de ces exemples pour concevoir la solution Fonds Méso capital. Le défi consiste à rendre ces modèles existants, accessibles et dupli-cables pour constituer cette masse critique de TPE/PME capable d'inverserla tendance.

Le Mémento: Quels secteurs offrent aujourd'hui le plus fort potentiel pour une relance portée parles TPE/PME?

R.R: Si le Fonds Méso capital cible sept secteurs, à savoir l'agribusiness, le textile, les huiles essentielles, l'artisanat, les petites mines, l'énergie renouvelable et le numérique. Ce n'est pas un hasard. Non seulement, ces secteurs regroupent déjà un grand nombre de TPE/PME, mais ils bénéficient déjà d'un certain nombre de programmes d'appuis de nos partenaires. Enfin, ce sont les secteurs, qui ont déjà fait l'objet de la signature d'un pacte entre l'État et le secteur privé, le fameux pacte sur l'industrialisation de Madagascar. Nous voulons juste profiter, ou faire partie d'une dynamique déjà mise en place pour augmenter la probabilité de réussite de la solution que nous avançons.

Le Mémento: Plus qu'un simple plan, le ministre de l'Économie a parlé de pacte entre le Gouvernement et le secteur privé. Quels indicateurs permettraient d'évaluer l'impact de cette orientation TPE/PME ?

R.R: Tout d'abord, tout n'est pas à rejeter dans ce queles précédentes Administrations ont constitué, surtout en matière économique. Il faut avoir l'humilité de l'admettre. Ensuite, il faut avoir l'intelligence de bien doser le pragmatisme et la technocratie. Refondation signifie aussi, et peut être sur-tout, changement de para-digme. Mettre en place un environnement des affaires favorable au secteur privé, moteur du développement, n'est pas une mince affaire, partant du contexte qui est le nôtre. La confiance en est la base. C'est une question qui trouve sa racine  dans le ressenti. Si le pays se trouve dans cette situation aujourd'hui, c'est l'État et tout son système qui a d'abord failli à sa mission de facilitateur, de régulateur, de garant de la légalité... Est-ce qu'on peut mesurer le ressenti, et le moral des chefs d'Entreprises par des KPI?


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