Loin de leurs proches, les étudiants ultramarins vivent difficilement le confinement

"Les étudiants d'ici, ils ont leur famille avec eux. Les nôtres, elles sont loin": dans l'hexagone, les étudiants d'Outre-mer vivent parfois encore plus difficilement le confinement, avec une inquiétude démultipliée par les milliers de kilomètres qui les séparent de leurs proches.

A Orléans, où elle est en BTS Aménagement paysager, Cindy, 20 ans, venue de Boulouparis (est de la Nouvelle-Calédonie), le reconnaît: "c'est vachement compliqué d'être seule quand votre famille est loin. Quand vous allez mal, y'a personne qui vous prend dans ses bras". Alors avec le confinement en plus, "ce n'est pas facile". "Nous, on met déjà du temps pour s'adapter à la France (la métropole, ndlr), et il y a ça qui nous tombe dessus". La jeune femme, qui suit ses cours par internet -"mais j'ai dépassé mon forfait, c'est compliqué"-, n'a pas voulu rentrer. "Je ne voulais pas rater mon année".

Mais sa famille "s'inquiète beaucoup. Je dois les rassurer, ils se demandent pourquoi je suis venue ici". "Certains sont dans des chambres universitaires de moins de 10 m2", relate Joël Viratelle, directeur de la Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris, qui veille sur quelque 4.000 étudiants calédoniens en métropole. Au début, il a fallu rassurer ces jeunes, "paniqués" par une rumeur de fermeture des résidences universitaires. "On a eu rapidement l'assurance que personne ne serait à la rue". Désormais c'est "la débrouille" pour ces étudiants, qui "n'ont plus de restaurant universitaire et doivent faire le plein de courses". "Certains ont le moral dans les chaussettes. On ne peut pas remplacer la famille, mais on peut les aider en cas de gros pépins, une carte de paiement défaillante, une facture de téléphone qui explose", explique-t-il.

La Délégation interministérielle pour l'égalité des chances des Français d'Outre-mer a de son côté lancé une plateforme numérique (outremersolidaires.gouv.fr.), où les ultramarins, et particulièrement les étudiants, peuvent appeler à l'aide. "Une étudiante, en difficulté financière à Montpellier, n'avait plus que deux jours de nourriture. On l'a mise en relation avec une association qui lui a apporté des paniers alimentaires", relate Maël Disa, délégué interministériel. Il souligne la mobilisation des associations d'étudiants, comme le Réseau des étudiants mahorais d'Angers. "Tout le monde n'a pas de voiture pour faire des courses, alors on les emmène", explique Assanati Bé, présidente de l'association. Et un groupe de discussion WhatsApp permet d'évacuer les angoisses. "On parle tous les jours", explique Assanati, évoquant "l'appréhension" de beaucoup vis-à-vis de la situation à Mayotte, où "il n'y a pas les infrastructures nécessaires en matière d'hôpitaux".

- "J'ai peur pour eux -

En métropole, "le plus difficile c'est de penser que si on est malade, on est tout seul", estime Tematai Le Gayic, Polynésien de 19 ans en double cursus Histoire et Sciences politiques à Paris 8. "Au début de l'apparition du Covid-19, j'étais grippé, c'était un peu la psychose", avoue-t-il. Désormais il va mieux. Mais "je mange moins (...) Etre seul ça coupe l'appétit". Il avoue surtout "une crainte" pour ses parents. "Là-bas, ils ont des habitudes qu'ils ne perdent pas, il y a la tentation de discuter, de se rassembler. Ils ont peur pour moi, et moi j'ai peur pour eux", explique-t-il. Médéric Silotia, Réunionnais de 19 ans en 2e année de droit à Panthéon-Assas, est en contact avec les siens "tous les jours", inquiet par la multiplication des cas dans son île. "C'est le département d'Outre-mer le plus touché". Avant le confinement, "des étudiants sont rentrés car les prix des billets étaient très bas".

Mais lui a "préféré rester" dans sa chambre du Crous, pour ne pas "contribuer à répandre l'épidémie". Environ 30.000 des quelque 40.000 étudiants ultramarins sont restés en métropole par crainte de diffuser le virus, pour raison financière ou pour suivre les cours en ligne sans problème de décalage horaire, explique Maël Disa. Mais certains le regrettent, comme cette étudiante en biologie de 20 ans, confinée dans une chambre de 9 m2 à Nancy. "Elle a le moral à zéro", explique Maryline Dubard, sa mère, à Saint-Louis, à La Réunion. "Son bâtiment s'est vidé, elle s'est retrouvée toute seule. Elle a envie de rentrer". La maman "s'en veut" d'avoir refusé à sa fille de rentrer quand il était encore temps. "Je pensais que les cours allaient peut-être reprendre trois semaines plus tard..."


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