L’ouverture annoncée du capital de Tereos Océan Indien suscite de nouvelles réactions au sein du monde économique réunionnais. Dans une prise de position adressée aux acteurs économiques, agricoles, industriels et institutionnels de l’île, Michael Richard, président fondateur d’Impact Capital, appelle à la création d’un fonds régional de souveraineté économique afin de permettre à La Réunion de peser davantage dans les décisions concernant ses actifs stratégiques.
Pour lui, le dossier Tereos dépasse le simple cadre d’une opération capitalistique et soulève des enjeux de souveraineté économique, industrielle, agricole et sociale. « Tereos Océan Indien n’est pas un actif ordinaire. Derrière ce dossier, il y a une filière historique, des planteurs, des emplois, des savoir-faire, des outils industriels, des équilibres territoriaux, une part de notre identité économique et une chaîne de valeur essentielle à La Réunion », souligne Michael Richard.
L’entrepreneur estime que la situation pose la question de la capacité du territoire à intervenir dans les recompositions capitalistiques touchant les entreprises stratégiques locales. Selon lui, plusieurs secteurs essentiels ont déjà été concernés par des évolutions similaires ces dernières années, notamment l’agro-industrie, les boissons, la distribution, l’énergie, le foncier économique, la logistique, l’économie bleue ou encore l’industrie de transformation.
« À chaque fois, le même débat revient : qui maîtrise réellement les outils économiques structurants de La Réunion ? Qui décide ? Qui finance ? Qui protège l’emploi local ? Qui garantit que la valeur créée ici demeure, au moins en partie, ancrée ici ? », interroge Michael Richard. Le président d’Impact Capital précise qu’il ne s’agit pas de rejeter les investisseurs extérieurs mais de permettre au territoire de disposer d’une capacité d’intervention structurée et crédible.
« Un investisseur extérieur peut être un partenaire. Il ne doit pas être le seul maître du jeu », affirme-t-il. Dans ce contexte, Michael Richard met en avant le projet Impact Capital, présenté comme un véhicule régional d’investissement destiné à fédérer des capitaux locaux, nationaux et internationaux autour d’une stratégie commune.
L’objectif serait notamment de mutualiser les moyens financiers, sécuriser les opérations, structurer des interventions collectives et représenter un actionnariat territorial capable de participer aux décisions stratégiques. « Dans un dossier comme celui de Tereos Océan Indien, la question n’est pas seulement de savoir qui pourrait entrer au capital. La vraie question est de savoir si La Réunion dispose, oui ou non, d’une capacité organisée pour peser », estime-t-il.
Michael Richard appelle ainsi les représentants du monde économique réunionnais, parmi lesquels l’ADIR, la CPME, le MEDEF, la CCI, les organisations agricoles, les banques, les investisseurs privés et les institutions publiques, à organiser rapidement une réunion consacrée à la souveraineté économique et industrielle du territoire.
Cette rencontre aurait pour objectif d’établir une analyse commune du dossier Tereos Océan Indien, d’identifier les actifs considérés comme stratégiques pour le territoire, de définir les conditions d’une intervention réunionnaise coordonnée au capital d’entreprises sensibles, de poser les bases d’un fonds régional de souveraineté économique et d’élaborer une doctrine commune face aux recompositions capitalistiques.
« La souveraineté économique ne se proclame pas. Elle se finance. Elle se structure. Elle se gouverne », indique Michael Richard. Le dirigeant estime que La Réunion dispose déjà des compétences, des capitaux, des réseaux et des acteurs nécessaires pour développer un tel outil financier, mais qu’il manque encore une structure commune capable de coordonner ces moyens.
« Tereos Océan Indien doit être un électrochoc », affirme-t-il. « Nous pouvons choisir d’attendre, commenter, regretter et nous indigner une fois les décisions prises. Ou nous pouvons décider, collectivement, de bâtir enfin l’outil financier régional qui permettra à La Réunion d’être présente lorsque son avenir économique se joue », poursuit-il.
Michael Richard conclut en appelant les acteurs économiques réunionnais à se structurer collectivement afin que le territoire puisse participer activement aux décisions concernant ses filières stratégiques. « Parce qu’un territoire qui ne maîtrise pas ses outils économiques stratégiques finit toujours par dépendre des décisions des autres. Et parce que La Réunion mérite mieux que d’être spectatrice de son propre avenir », conclut-il.
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