L'Assemblée nationale a rejeté, jeudi 11 juin, une proposition de loi visant à autoriser de nouveau la recherche, l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures dans les territoires ultramarins. Le texte, porté par le sénateur guyanais Georges Patient et adopté auparavant par le Sénat, a été repoussé par 74 voix contre 64, au terme d'un débat qui a mis en lumière de profondes divergences entre les élus ultramarins et une partie de la gauche sur les questions de développement économique et de transition écologique.
Examinée lors d'une journée réservée au groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR), la proposition de loi a reçu le soutien de plusieurs députés ultramarins, des groupes communiste, RN-UDR, Horizons et Les Républicains. Elle s'est toutefois heurtée à l'opposition de l'essentiel du groupe macroniste ainsi que des députés de La France insoumise, du Parti socialiste et des écologistes.
À l'issue du vote, le rapporteur du texte, Jean-Victor Castor, député GDR de Guyane, a dénoncé « une façon paternaliste de nous dire ce qui est bon et ce qui n'est pas bon pour nous », appelant également « les Guyanais à la désobéissance civile ». Des déclarations aussitôt regrettées par le ministre de l'Économie, Roland Lescure, qui s'est fermement opposé à une mesure qu'il a qualifiée de « mirage d'une richesse qui tomberait du ciel » ou « émergerait des bas-fonds ».
Le ministre a défendu une autre stratégie de développement pour les territoires ultramarins, fondée sur une « exploitation minière responsable » et sur le « potentiel considérable en matière d'énergie renouvelable ». Il a également cité les déclarations du président-directeur général de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, selon lesquelles les chances de découvrir des hydrocarbures exploitables en Guyane seraient « extrêmement faibles ». « Chiche ! Si vous considérez qu'il n'y a rien, vous n'avez pas à avoir peur », lui a répondu Jean-Victor Castor.
Le texte proposait de revenir sur certaines dispositions de la loi Hulot de 2017 en levant, dans les territoires d'outre-mer, l'interdiction de recherche, d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures, qu'ils soient terrestres ou maritimes. Ses défenseurs ont mis en avant les difficultés économiques rencontrées notamment en Guyane et à Mayotte, ainsi que la concurrence des pays voisins engagés dans le développement de leur filière pétrolière.
« Le Guyana exploite, le Suriname exploite, le Brésil exploite, le Venezuela exploite », a rappelé Davy Rimane, député GDR de Guyane, pour illustrer le décalage entre les choix français et ceux des États limitrophes. De son côté, le député Rassemblement national Alexandre Loubet a estimé qu'il conviendrait d'« étendre la levée d'interdiction à l'ensemble du territoire national car nous avons des potentiels inexploités en métropole ».
Les opposants au texte ont principalement invoqué les conséquences environnementales d'une telle évolution. La députée écologiste Julie Laernoes a jugé que cette réforme constituerait « une démission écologique » et représenterait « une menace pour des territoires déjà les plus exposés au changement climatique ». Le député LFI Maxime Laisney a également mis en avant cet argument, ajoutant qu'au Guyana et au Suriname les « profits faramineux » des compagnies pétrolières « ne ruissellent pas jusque sur les habitants ».
À l'issue des débats, Davy Rimane a dénoncé devant les journalistes, sans citer de nom, une « gauche moralisatrice et paternaliste », affirmant se sentir désormais « en rupture » avec elle.
memento.fr

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