Aérodromes bloqués, avions cloués au sol : les îles Loyauté et l'île des Pins sont coupées du reste de la Nouvelle-Calédonie par des collectifs d'habitants qui refusent le déménagement de la compagnie intérieure Air Calédonie vers un aéroport éloigné de Nouméa.
Depuis le 2 mars, impossible pour les Calédoniens de quitter ou de se rendre à Ouvéa, Lifou et Maré, les trois îles de l'archipel des Loyauté à une centaine de kilomètres à l'est de la Grande Terre ou même sur la touristique île des Pins, au sud. Les aérodromes sont bloqués par des collectifs d'usagers opposés au déménagement d'Air Calédonie. Aircal -son indicatif local- opérait jusqu'alors à l'aérodrome de Magenta, au coeur de Nouméa. Mais elle avait prévu de faire poser à partir du 2 mars ses avions à La Tontouta, à une quarantaine de kilomètres de la capitale.
Le sujet est explosif en Nouvelle-Calédonie: en 2011, des blocages liés au prix des billets avaient dégénéré en affrontements sur l'île de Maré, faisant quatre morts et plus de 20 blessés. La décision de transfert a été prise pour rationaliser les coûts d'Air Calédonie, détenue à plus de 50% par le gouvernement local et en grande difficulté financière. Alors qu'il lui faudrait transporter 300.000 passagers par an pour être à l'équilibre, elle en a transporté 180.000 l'an dernier.
Une baisse amorcée pendant la crise sanitaire et aggravée par les violences meurtrières de 2024 qui ont plongé l'archipel dans une crise économique sans précédent. La compagnie a vendu un avion et licencié près de 40% de ses effectifs mais ces mesures se sont avérées insuffisantes. Elle espère que le déménagement lui permettra d'économiser 500 millions de francs Pacifique par an (environ quatre millions d'euros) et de capter plus facilement la clientèle internationale qui atterrit à La Tontouta.
- Îles au bord de l'asphyxie -
Les usagers des îles, eux, dénoncent un rallongement significatif des temps de trajet et une hausse des tarifs. "Les personnes utilisant Aircal se rendent à Nouméa pour des rendez-vous médicaux ou autres: ils vont voir leur temps de trajet doubler, le tarif augmenter et que se passera-t-il en cas d'annulation de vol ou de retard ?", s'interroge Guillaume Wamynia, le président du comité de coordination coutumière de Lifou, opposé au projet.
"Ce n'est pas aux usagers de payer les pots cassés de la mauvaise gestion de la desserte", ajoute-t-il, précisant n'avoir eu aucun contact avec le gouvernement local. Ces trois îles, peuplées d'environ 18.000 habitants, subissent déjà les effets du blocage. Dans un courrier au président du gouvernement Alcide Ponga, le président de la province des Îles Mathias Waneux a alerté sur les risques sanitaires -- les îles ont des centres médicaux mais pas d'hôpital -- et économiques.
"L'interruption des liaisons entraîne une chute immédiate de la fréquentation touristique et affecte l'ensemble de l'économie locale: hôtels, gîtes, restauration, transport", écrit-il, estimant que "1.200 emplois directs et indirects pourraient être menacés" et demandant l'arrêt du projet de déménagement. Les employés d'Air Calédonie ont eux aussi manifesté leur inquiétude pour l'avenir de la compagnie mercredi à Nouméa.
Ces blocages interviennent en outre à un moment où la desserte maritime est interrompue: un seul navire relie Nouméa aux quatre îles et le voyage peut durer jusqu'à six heures mais celui-ci, victime d'une avarie, est immobilisé jusqu'à samedi. "La situation est en train de se nécroser", prévient Marina Kahlemu Cardinali, gérante d'un gîte à Lifou. Le collectif citoyen Drehu et le groupement des acteurs du tourisme (Gatel), dont elle est membre, appellent à une mobilisation vendredi devant la province des Îles pour "ouvrir le dialogue".

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