Les 56 bureaux de vote habituels de Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, seront regroupés en huit lieux pour les élections municipales des 15 et 22 mars, une décision qui suscite des critiques, plusieurs candidats dénoncent un risque accru d'abstention dans les quartiers populaires.
Contrairement aux scrutins habituels, les Nouméens ne voteront pas dans les écoles et bâtiments publics proches de leur domicile. La ville justifie ce choix par les destructions liées aux violences en mai 2024, au cours desquelles plusieurs établissements scolaires avaient été incendiés et ne sont pas encore réhabilités. "Il y a aussi la question de la sécurité de nos agents", a précisé Alan Boufenèche, le directeur de la vie citoyenne de Nouméa. Mais plusieurs candidats dénoncent un risque accru d'abstention, notamment dans les quartiers populaires, alors que les bus ne circulent pas le dimanche dans la ville.
"C'est une situation sans précédent qui pénalise directement des milliers d'électeurs, principalement dans les quartiers populaires", a estimé Muneiko Haocas, tête de liste dans la ville du Mouvement nationaliste indépendantiste souverainiste (MNIS). Son parti a déposé un référé-liberté devant le tribunal administratif, faisant valoir dans son recours que la situation "affecte de manière disproportionnée les électeurs sans véhicule (...), en allongeant par multipliant par 2,3, voire 10 la distance à effectuer pour aller voter".
Le tribunal a rejeté la demande jeudi, estimant que la condition d'urgence n'était pas remplie, la procédure ayant "été déposée tardivement". Deux autres recours restent en attente d'examen. La polémique dépasse les seuls rangs indépendantistes. "J'ai été stupéfait par cette décision qui n'a fait l'objet d'aucune concertation", a déclaré l'ancien député Philippe Dunoyer (Calédonie ensemble), qui conduit une liste d'union avec le parti Eveil océanien (ni indépendantiste, ni non-indépendantiste).
Dans un débat diffusé sur la radio locale RRB jeudi, la maire sortante et candidate à sa succession Sonia Lagarde a défendu le dispositif assurant que "la dernière fois que nous avons mis en place ce regroupement, il n'y a jamais eu autant de participation à une élection". Elle faisait référence aux législatives anticipées de juin 2024, scrutin à fort enjeu organisé en pleine crise post-insurrectionnelle.
Le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), principale organisation indépendantiste, a appelé à manifester vendredi devant la mairie, estimant que ce regroupement "crée de fait un obstacle supplémentaire à l'exercice du droit de vote" et risque "d'encourager l'abstention dans les quartiers populaires".

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