Le Royaume-Uni a annoncé samedi la suspension de son plan de restitution à île Maurice de l'archipel des Chagos, dont l'île principale Diego Garcia abrite une base militaire américano-britannique, faute de "soutien" des États-Unis. L'accord pour rétrocéder à Maurice ces îles de l'océan Indien avait été signé par Londres en mai 2025, une décision saluée à l'époque par Washington mais qualifiée en janvier de "grande stupidité" par le président américain Donald Trump.
La souveraineté britannique sur ce territoire était contestée depuis son acquisition en 1965 par Londres, qui en avait chassé les habitants pour installer une base militaire américaine.
- L'expulsion des Chagossiens -
En 1965, Londres achète les Chagos aux institutions semi-autonomes de Maurice pour trois millions de livres. L'archipel restera sous contrôle britannique après l'indépendance de l'île Maurice, trois ans plus tard.
En 1966, le Royaume-Uni signe un bail de 50 ans avec les États-Unis les autorisant à utiliser Diego Garcia à des fins militaires.
Entre 1968 et 1973, 2.000 Chagossiens, décrits dans un câble britannique de l'époque comme "quelques Tarzans et Vendredis", sont progressivement expulsés.
En 2023, l'ONG Human Rights Watch accuse le Royaume-Uni et les États-Unis de s'être rendus coupables de crimes contre l'humanité en déplaçant les populations autochtones. Des accusations rejetées par Londres.
- La base de Diego Garcia -
La base de Diego Garcia revêt une importance stratégique considérable pour le Royaume-Uni et les États-Unis pendant la Guerre froide, alors que la chute de Saïgon en 1975 et la victoire des Khmers rouges au Cambodge la même année ont amoindri les capacités militaires américaines en Asie du Sud-Est, et que la marine soviétique étend son influence dans l'océan Indien.
Après la révolution iranienne de 1979, les États-Unis agrandissent la base pour accueillir davantage de navires de guerre et des bombardiers lourds.
Diego Garcia joue un rôle majeur dans les deux guerres menées par les États-Unis en Irak (1990-1991, 2003-2011) et dans les bombardements américains en Afghanistan en 2001. La base a récemment servi à lancer des attaques de bombardiers B-2 contre les rebelles houthis du Yémen, alliés de l'Iran contre Israël dans la guerre à Gaza.
En 2016, l'accord permettant aux États-Unis d'utiliser Diego Garcia est prolongé jusqu'en 2036.
- Les procédures des Chagossiens -
En mai 2025, le Royaume-Uni a signé un accord avec l'île Maurice pour la restitution des îles, tout en versant 136 millions de dollars par an pour la location de Diego Garcia pendant 99 ans - garantissant, selon Londres, l'utilisation de la base militaire. Cet accord faisait suite à des décennies de batailles juridiques.
La première, introduite en 1975, aboutit en 1982 au paiement de 4 millions de livres par le Royaume-Uni et à l'octroi de terres sur l'île Maurice d'une valeur d'un million de livres.
En 2007, une cour d'appel britannique autorise les Chagossiens à rentrer, décision annulée par la Chambre des Lords l'année suivante.
En novembre 2016, Londres confirme s'opposer à la réinstallation des Chagossiens, "pour des raisons de faisabilité, d'intérêt en matière de défense et de sécurité, et de coût pour les contribuables britanniques".
Les Chagossiens et leurs descendants sont aujourd'hui près de 10.000, répartis à Maurice, aux Seychelles et au Royaume-Uni.
- Les revendications de Maurice -
En 2010, les Britanniques présentent un projet de réserve marine impliquant que les îles Chagos soient inhabitées, à l'exception de Diego Garcia. Des câbles diplomatiques divulgués par WikiLeaks montrent qu'il s'agit surtout de mettre un terme aux velléités de retour des Chagossiens.
Le parc est déclaré illégal en 2015 par un tribunal d'arbitrage international.
L'île Maurice, qui estime que le processus de décolonisation du Royaume-Uni a violé le droit international, revendique sa souveraineté sur l'archipel des Chagos et le droit d'y réinstaller ses anciens habitants.
Le 25 février 2019, la Cour internationale de justice demande au Royaume-Uni de mettre fin à son administration, dans un avis consultatif rejeté par Londres, qui affirme que la base de Diego Garcia permet de défendre le monde contre les menaces "terroristes".
Maurice se tourne vers l'ONU, où une résolution, non contraignante mais à forte valeur politique, est votée en 2019 par l'Assemblée générale, donnant au Royaume-Uni six mois pour rétrocéder l'archipel à Maurice.
- Les Chagos avant 1965 -
Situées au sud des Maldives, les Chagos sont découvertes par les Portugais au XVIe siècle, mais restent inhabitées jusqu'à leur colonisation par la France au XVIIIe siècle. Des esclaves africains y sont alors amenés pour cultiver la noix de coco et le coprah.
Les Chagos sont cédées en 1814 au Royaume-Uni, qui les rattache en 1903 à la colonie de Maurice. Après l'abolition de l'esclavage en 1834, des travailleurs indiens arrivent dans l'archipel et se mêlent aux premiers habitants.
Seules trois des 55 îles Chagos sont habitées : l'île principale Diego Garcia, Salomon et Peros Banhos.
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L'île Maurice promet de récupérer l'archipel des Chagos, où se trouve une base américano-britannique
Le ministre mauricien des Affaires étrangères, Dhananjay Ramful, a promis samedi de "ne pas ménager" ses efforts pour récupérer l'archipel des Chagos, dont l'île principale de Diego Garcia abrite une base militaire américano-britannique.
Le Royaume-Uni avait peu avant annoncé la suspension de son projet de restitution de l'archipel de l'océan Indien à île Maurice, faute de "soutien" des États-Unis. Le président américain Donald Trump avait qualifié l'accord signé par Londres en mai 2025 de "grande stupidité".
"Nous ne ménagerons aucun effort pour saisir toute voie diplomatique ou juridique afin d'achever le processus de décolonisation dans cette partie de l'océan Indien", a déclaré le chef de la diplomatie mauricienne lors d'une conférence sur l'océan Indien organisée à Maurice.
Il s'agit "d'une question de justice", a ajouté Dhananjay Ramful.
"Nous continuons de penser que cet accord (de 2025) est la meilleure façon de protéger l'avenir à long terme de la base (militaire anglo-américaine de Diego Garcia), mais nous avons toujours dit que nous n'irions de l'avant que s'il bénéficie du soutien des États-Unis", a déclaré samedi un porte-parole du Premier ministre britannique Keir Starmer.
Le ministre mauricien de la Justice, Gavin Glover, a déclaré de son côté que l'annonce de Londres "ne constitue pas une surprise", l'attribuant à des relations tendues entre Donald Trump et Keir Starmer.
"Nous sommes dépendants des relations anglo-américaines (...) Les États-Unis et la Grande-Bretagne devront parvenir à un accord", a affirmé M. Glover à un journal local.
Les autorités de Maurice doivent rencontrer le gouvernement britannique le 22 avril au sujet de l'accord sur les Chagos, a précisé M. Glover.

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