Les tensions sociales se poursuivent chez French Bee. Après les difficultés rencontrées avec une partie du personnel de cabine, la compagnie aérienne du groupe Dubreuil fait désormais face à la colère de ses pilotes. Le SNPL France ALPA a déposé un préavis de grève pour une première période allant du mercredi 13 au lundi 18 mai 2026 inclus, avec un mouvement reconductible.
Le syndicat estime que les négociations annuelles obligatoires 2026 n’ont pas permis de répondre aux attentes du personnel navigant technique. Selon le communiqué, les discussions ont « pour l’instant abouti au refus de la compagnie de revaloriser enfin les rémunérations de ses pilotes ». La section French Bee du SNPL affirme que cette décision a été prise après consultation des pilotes, lesquels auraient « refusé massivement la proposition de la direction ».
Au cœur du conflit, les pilotes reprochent à leur employeur une absence de revalorisation salariale durable. Le SNPL affirme que, « depuis la création de la compagnie, les pilotes de French Bee n’ont bénéficié d’aucune revalorisation salariale structurelle significative ». Le syndicat ajoute que « le salaire minimum » serait « gelé depuis deux ans », dans un contexte marqué par une inflation persistante.
La comparaison avec Air Caraïbes, autre compagnie du groupe Dubreuil, nourrit également le malaise. Le communiqué souligne que la situation des pilotes French Bee diffère de celle de leur « compagnie sœur Air Caraïbes du même groupe ». Derrière cette formulation, le syndicat laisse entendre que les pilotes de French Bee ne bénéficieraient pas d’un traitement équivalent au sein du même groupe.
Autre grief important, la baisse des heures de vol. Selon le SNPL, « la réduction des heures de vol, sans pour autant réduire la charge de travail », aurait un double effet négatif. Elle provoquerait d’abord une baisse mécanique des revenus. Elle freinerait ensuite la progression de carrière des pilotes, car celle-ci serait « exclusivement indexée sur les heures de vol et non sur l’ancienneté ».
Ce point est central dans la contestation. Les pilotes ne dénoncent pas seulement un niveau de salaire jugé insuffisant. Ils remettent en cause un système qui, selon eux, pénalise leur trajectoire professionnelle lorsque le réseau de la compagnie évolue. Moins d’heures de vol signifie moins de revenus et une carrière qui progresse plus lentement, alors que les responsabilités restent les mêmes.
Le SNPL estime ainsi que la proposition actuelle de la direction se traduirait, « pour une majorité de pilotes, par une augmentation réelle proche de 0 % ». Une situation jugée « inacceptable » au regard de « l’érosion continue du pouvoir d’achat » et de « l’absence de revalorisation structurelle des rémunérations ».
Les pilotes rappellent également les efforts fournis ces dernières années. Le syndicat indique qu’ils ont « su consentir de grands efforts pour accompagner leur entreprise », notamment pendant une période de sous-effectif et de forte reprise de l’activité. Aujourd’hui, ils demandent que leur engagement soit reconnu par une revalorisation salariale immédiate et significative.
Leurs revendications portent sur trois points principaux. Ils souhaitent « compenser l’inflation subie depuis plusieurs années », « aligner leur rémunération avec le niveau de responsabilité et d’exigence du long-courrier » et « reconnaître et rémunérer comme il se doit l’ensemble des tâches effectuées », y compris celles réalisées en dehors des heures de vol.
Ces tâches dites invisibles occupent une place importante dans le conflit. Les pilotes rappellent que leur métier ne se limite pas au temps passé aux commandes. La préparation des vols, les briefings, les obligations de sécurité, les responsabilités liées au long-courrier et les contraintes opérationnelles font partie intégrante de leur activité. Or, selon eux, ces éléments ne seraient pas suffisamment pris en compte dans la rémunération.
Pour French Bee, ce mouvement intervient à un moment sensible. La compagnie exploite des lignes long-courrier très fréquentées, notamment entre Paris-Orly, La Réunion, Tahiti et les États-Unis. Une grève reconductible sur cette période pourrait donc peser sur des liaisons importantes pour les voyageurs ultramarins, les familles, les étudiants, les touristes et les professionnels.
Le syndicat affirme toutefois vouloir maintenir la porte ouverte au dialogue. Malgré le dépôt du préavis, le SNPL France ALPA dit réaffirmer sa volonté de parvenir à « une issue constructive ». Il appelle la direction de French Bee à reprendre rapidement les discussions et à proposer « des mesures à la hauteur des enjeux ».
Le message adressé à la compagnie et à son actionnaire est direct. Le SNPL en appelle à « la responsabilité de la direction de la compagnie et de son actionnaire, la famille Dubreuil ». Pour les pilotes, le temps est venu de reconnaître leur engagement et de revoir en profondeur une politique salariale qu’ils jugent trop longtemps figée.
Memento

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