Les Comores sont paralysées mardi en raison d'une grève qui s'étend après avoir été lancée samedi par le principal syndicat de transporteurs routiers contre la hausse des prix des carburants.
A Moroni, capitale de quelque 100.000 habitants de l'archipel de l'océan Indien, aucune trace de taxi mardi. Les routes, normalement embouteillées, sont presque désertes; à l'inverse, sur la chaussée, beaucoup de piétons. Les autres îles sont également touchées. Le gouvernement a publié samedi les nouveaux tarifs des carburants qui ont provoqué l'ire de plusieurs organisations syndicales, dont l'influent syndicat de transporteurs Usukani wa Masiwa.
Le gazole a enregistré la plus forte hausse, avec 46% d'augmentation. L'essence subit une hausse de 33% et le prix du pétrole lampant, très utilisé pour cuisiner par les habitants de cet archipel très pauvre, grimpe de plus de 28%. Les commerces ont également baissé leurs rideaux depuis lundi. Le président du syndicat des commerçants, Abdou Boina, avait indiqué que son organisation rejoignait le mouvement de contestation dimanche.
"Même si nous voulions ouvrir nos commerces, cela n'aurait aucun intérêt puisque la capitale est vidée de ses habitants à cause de la grève des transports. Dès lundi, nous entrons donc nous aussi en grève, à moins d'une annulation de la hausse des produits pétroliers", avait-t-il déclaré lors d'un point presse.
Les vendeurs d'eau en bidon, auxquels les habitants ont de plus en plus recours pour se procurer l'eau qui manque régulièrement aux robinets, se sont également joints à la grève.
Depuis une décennie, la capitale de l'Union des Comores connaît de très importantes pénuries d'eau à cause d'infrastructures vieillissantes mises en place dans les années 1970, quand la ville ne comptait que quelques milliers d'habitants. Aux abords du plus grand marché du pays, Volovolo, un quadragénaire marche rapidement avec trois bouteilles d'eau, l'air très énervé : "C'est de l'eau de mer que je vais utiliser aux toilettes. Le jerrycan de 20 litres est passé de 250 à 400 francs" (50 à 80 centimes d'euro).
Le mardi précédent, le président Azali Assoumani s'était adressé à la nation pour justifier "l'ajustement" des prix des produits pétroliers. "La fermeture du détroit d'Ormuz, le corridor maritime par lequel transite environ plus du tiers du pétrole mondial, a déclenché une crise sans précédent (...) qui a propulsé le prix du pétrole au-delà de 110 dollars", avait-il déclaré.
"Jusqu'à ce jour, le gouvernement a mobilisé tous les leviers possibles et nécessaires pour retarder au maximum l'ajustement des prix des produits des hydrocarbures espérant une accalmie de la situation internationale. Malheureusement, cet apaisement n'est pas encore au rendez-vous", avait-il ajouté, promettant l'accompagnement des pouvoirs publics.
Un abattement douanier de 40% sur la valeur des produits de première nécessité a été mis en place par les pouvoirs publics. La dernière augmentation des carburants en 2022 avait généré une inflation de 12%, selon un cadre de la chambre de commerce.

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