Le dossier Tereos prend une tournure politique et économique majeure. Face au projet de cession d’une partie du capital du groupe, le Département hausse le ton et demande désormais des garanties. Un rapport a été adopté à l’unanimité afin d’« exiger davantage de transparence de Tereos sur son projet de cession d’une part de son capital ».
Cette perspective suscite de nombreuses interrogations dans l’île. Les institutions comme les planteurs redoutent une opération financière menée loin des réalités réunionnaises. Le Département indique avoir déjà écrit à Tereos, mais estime que « les réponses reçues sont trop évasives ». Derrière cette prudence affichée, l’enjeu pour les élus départementaux est d'empêcher que l’avenir d’un outil industriel stratégique ne soit décidé selon des « logiques strictement financières ou spéculatives, déconnectées des réalités locales ».
La filière canne-sucre-rhum-énergie reste l’un des piliers de l’économie réunionnaise. Elle occupe « 55 % de la surface agricole utile », rassemble « 2 500 planteurs » et représente environ « 18 000 emplois directs et indirects ». Au-delà des chiffres, elle constitue aussi un marqueur fort du patrimoine et de l’identité de La Réunion.
Le recul de la canne aurait des conséquences bien au-delà des seules exploitations concernées. Cette culture structure une grande partie de l’équilibre agricole de l’île. Sa fragilisation pourrait entraîner un affaiblissement plus large des autres filières.
Dans ce contexte, le Département affirme son soutien aux planteurs et au monde agricole. Il rappelle avoir mobilisé « 15 M€ » l’année précédente après le passage d’un cyclone. Il se dit également prêt à aller plus loin, y compris en envisageant « une participation au capital pour soutenir les acteurs locaux », comme cela avait pu être fait dans d’autres dossiers stratégiques, notamment Air Austral.
Pour sortir du flou, la collectivité prévoit de mandater un cabinet d’experts. Sa mission serait d’analyser la situation réelle de Tereos, la valeur des parts concernées par la cession et les différents scénarios possibles. Le Département souhaite obtenir les informations que le groupe ne communique pas suffisamment à ce stade.
Les planteurs demandent, eux aussi, à être davantage associés à l’avenir de l’outil industriel. Le Département soutient cette demande et estime qu’ils doivent avoir accès à plus d’informations, mais aussi participer à la gouvernance. L’enjeu est de préserver l’emploi, de sécuriser les revenus agricoles et de maintenir une activité industrielle durable sur le territoire.
Le Gouvernement et le Président de la République devraient également être saisis. Le Département entend attirer leur attention sur une filière qui dépasse largement le cadre d’une simple opération capitalistique.
Lors de cette même réunion, la collectivité a également acté l’élargissement de ses aides carburant. Une aide de « 50 € par mois » sera versée à environ « 6 000 professionnels de l’aide à domicile ». Les assistantes familiales, soit environ « 900 personnes » accueillant des enfants de l’aide sociale à l’enfance, bénéficieront elles aussi de cette aide mensuelle.
Deux dossiers avancent donc en parallèle. D’un côté, la bataille de la transparence autour de Tereos et de l’avenir de la filière canne. De l’autre, un soutien direct à des professionnels confrontés au poids des déplacements dans leur activité quotidienne. Dans les deux cas, le Département entend afficher sa volonté de protéger des secteurs jugés essentiels à l’équilibre social et économique de La Réunion.
Mémento

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