La méthode de François Bayrou : déléguer pour mieux durer

Depuis son arrivée à Matignon, François Bayrou adopte une méthode de gouvernance singulière : plutôt que d’imposer sa marque par une gestion centralisée, il mise sur la délégation de pouvoir. Une approche que ses partisans qualifient d’“habile”, mais que ses détracteurs assimilent à une forme d’inaction.

Une gouvernance par délégation

À Matignon, où les arbitrages sont rendus à un rythme effréné, François Bayrou s’appuie largement sur ses ministres et les partenaires sociaux pour mener les dossiers majeurs. Ainsi, il a confié à son ministre de l’Économie, Éric Lombard, la délicate négociation du budget avec les socialistes, qui ont finalement renoncé à le censurer.

Même logique pour la réforme des retraites : il laisse les organisations syndicales en première ligne, promettant d’intégrer leurs propositions dans la loi. “C’est la première occasion d’expression des organisations syndicales sur ce sujet concrètement”, s’est félicitée Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT.

Un risque de cacophonie

Toutefois, cette délégation accrue engendre un manque de coordination sur des dossiers sensibles comme l’immigration ou la fin de vie, révélant les fractures entre les sensibilités de droite et de gauche au sein du gouvernement. Un ancien ministre macroniste ironise sur son style : “François Bayrou fonctionne comme un Premier ministre il y a vingt-cinq ans : tu ouvres le canard, tu te fais un café, tu donnes ton avis à un journaliste de la presse occitane. Aujourd’hui, un Premier ministre enchaîne 25 réunions et prend des décisions.”

À l’Assemblée nationale, l’absence de vision claire perturbe les députés. Certains demandent à François Bayrou de “coordonner davantage” et de trancher sur des arbitrages budgétaires pour éviter un nouveau 49.3. D’autres, au contraire, louent une “méthode inédite” qui permet une négociation plus souple et aboutit à des compromis, comme avec les socialistes.

L’art du flou stratégique

Un cadre de La France Insoumise raille un Premier ministre passé maître dans l’ambiguïté : “Bayrou n’est pas mauvais, c’est un bon enfumeur. C’est François l’embrouille.” Même son de cloche du côté d’une ancienne ministre macroniste : “Une des spécialités de Bayrou, c’est de faire passer pour des maladresses des choses qu’il a lui-même fomentées pour laisser le débat flotter.”

Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, on observe cette stratégie avec une pointe d’ironie : “C’est le parfait inactif insubmersible dont le pays avait besoin pour sa stabilité. Il ne fait rien qui amène à de la confrontation.”

Un leader sans cap ?

François Bayrou semble privilégier une politique d’évitement, cherchant à désamorcer les tensions plutôt qu’à imposer une direction claire. Lorsqu’il abonde le budget des cancers pédiatriques ou suspend une mesure fiscale contestée par les micro-entrepreneurs, “il essaie d’éroder tout ce qui dépasse et pourrait être urticant”, confie un cadre du camp présidentiel.

Mais cette posture a ses limites. Un ex-ministre juge sévèrement son manque d’implication : “Il a totalement, en bon girondin, décentralisé l’exercice du pouvoir. C’est-à-dire qu’il ne s’occupe de rien.” D’autres pointent son absence sur le terrain : mis à part un déplacement à Mayotte en raison du cyclone, il se cantonne principalement à Pau, sa ville dont il reste maire. “Ça montre une certaine crainte sur la durée” de son mandat à Matignon, relève un ancien ministre.

Dans ce contexte, François Bayrou pourra-t-il tenir durablement en misant sur une posture de Premier ministre “médiateur” plutôt que “décideur” ? Ses alliés louent sa capacité à apaiser, mais ses opposants voient dans son approche un manque de leadership qui pourrait, à terme, fragiliser son gouvernement.

Anne RENAUT


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