L'Institut régional du travail social (IRTS) de La Réunion, en co-organisation avec le Centre de recherche sur les risques et les vulnérabilités (CERREV) de l'Université de Caen Normandie et avec le soutien de l'Université de La Réunion, a organisé le 9 juin 2026 une journée d'étude pluridisciplinaire consacrée aux enjeux du vieillissement sur le territoire réunionnais. Réuni à l'Université de La Réunion, le colloque « Vieillesses et vieillissements à La Réunion : enjeux et bilan des recherches » a rassemblé plus de 280 professionnels des secteurs sanitaire et médico-social, chercheurs et apprenants en formation à l'IRTS.
Cette rencontre a permis de croiser les regards des scientifiques, des responsables des politiques publiques, des acteurs de terrain et des représentants des personnes concernées autour d'un constat partagé : le vieillissement de la population réunionnaise présente des caractéristiques spécifiques qui appellent des réponses adaptées. Les intervenants ont notamment évoqué une entrée plus précoce dans la perte d'autonomie, une précarité économique marquée chez les plus de 65 ans, la transformation d'un modèle de prise en charge historiquement familial vers une diversité de solutions d'accompagnement, ainsi que l'apparition de pathologies liées au grand âge à des âges plus précoces.
Les organisateurs ont rappelé que la structure démographique de La Réunion se rapproche aujourd'hui d'un « véritable sablier », avec autant de jeunes que de personnes âgées et une proportion plus faible d'actifs pour répondre à l'ensemble des besoins. Dans ce contexte, la journée d'étude avait pour objectif d'apporter un éclairage scientifique et opérationnel afin d'identifier les particularités locales et d'alimenter la réflexion sur l'accompagnement des personnes vieillissantes.
Placée sous la responsabilité scientifique de Marie-Paule Calcine, pour l'IRTS de La Réunion, et de Gillonne Desquesnes, pour l'Université de Caen Normandie, la manifestation s'est articulée autour de deux grands temps. La matinée a été consacrée à l'état des lieux démographique et aux politiques publiques, avec des interventions de représentants de l'Agence régionale de santé, du Conseil départemental et du CHU de La Réunion autour du schéma départemental de l'autonomie et des politiques de prévention. Les chercheurs du CEPED et du laboratoire DIRE ont également présenté leurs travaux sur les dimensions économiques du vieillissement et sur le développement d'outils d'évaluation cognitive adaptés au contexte culturel réunionnais.
L'après-midi a porté sur la question du maintien à domicile et de l'expérience du « chez-soi ». Les échanges ont abordé la fin de vie à domicile, l'habitat intergénérationnel et les nouvelles formes d'habitat, les usages des nouvelles technologies par les seniors réunionnais ainsi que les problématiques spécifiques du vieillissement des personnes en situation de handicap. Une table ronde réunissant le CCAS, l'ALEFPA, la Fondation Père Favron, la SHLMR et la CGSS a clôturé la journée autour des enjeux d'accompagnement et des nouvelles expériences d'habitat.
Parmi les interventions présentées, Gillonne Desquesnes, maîtresse de conférences en sociologie à l'Université de Caen Normandie, accompagnée d'Anne-Lyne Bibens et de Martin Musualu, étudiants en diplôme d'État d'ingénierie sociale, a exposé les premiers résultats d'une recherche qualitative menée pour le Gérontopôle Normandie sur l'habitat intergénérationnel. Les travaux mettent en évidence les freins au recours à ce type d'habitat par les seniors, tout en valorisant les expériences jugées réussies.
Armelle Klein, docteure en sociologie et cheffe de projet Innovations de terrain et évaluation à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA), a présenté une partie des résultats d'une thèse consacrée à l'expérience du vieillissement et aux usages des technologies de la santé, de l'autonomie et de la communication par les personnes âgées réunionnaises. Ses recherches distinguent trois formes de rapport au vieillissement : fataliste, passif et combatif.
Directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et membre du CEPED, Frédéric Sandron a rappelé la rapidité de la transition démographique réunionnaise, intervenue entre le début des années 1950 et le milieu des années 1990. Selon les projections de l'Insee citées lors du colloque, la part des personnes âgées de 60 ans et plus devrait passer de 12 % de la population en 2010 à 23 % en 2030, soit un quasi-doublement en vingt ans. Son intervention a mis en perspective les conséquences économiques et sociales de cette évolution.
La question de la fin de vie dans les départements d'outre-mer a également été abordée par Sophie Pennec, directrice de recherches à l'Institut national d'études démographiques (Ined). À travers le projet « Fin de vie en Outre-mer », elle a présenté un état des lieux des modalités de prise en charge, de l'application des lois relatives à la fin de vie de 2005 et 2016 et des enjeux liés à l'accompagnement à domicile.
Enfin, Patrice Louaisel, vice-président de l'association S.O.S Gramounes isolés et psychosociologue des organisations, a partagé les enseignements tirés des actions menées auprès des personnes âgées isolées. Il a notamment présenté le développement du concept de « cohabitation solidaire », mis en place depuis 2017 pour répondre aux situations d'isolement des « gramounes » réunionnais.
Les organisateurs ont indiqué que cette journée d'étude constituait une première étape et que de nouvelles réflexions seront prochainement engagées sur l'intervention et la coordination des acteurs impliqués dans les politiques du vieillissement à La Réunion. Le colloque s'inscrit dans la mission de service public portée par l'IRTS de La Réunion, qui forme depuis plus de 25 ans les professionnels des secteurs social, médico-social et sanitaire à La Réunion, et depuis dix ans à Mayotte, avec le soutien de l'Union européenne et de la Région Réunion dans le cadre du Fonds social européen plus (FSE+).
memento.re

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