Chlordécone : en Guadeloupe, une colère sourde mais une mobilisation en berne

Moins visible qu’en Martinique, la colère face au scandale du chlordécone reste vive en Guadeloupe. Mais elle s’y exprime davantage par de la résignation que par des manifestations, et les militants peinent à peser sur le débat public.

“Le combat juridique, c’est lent, long, pénible et ça ne répond pas aux impatiences de la population”, déplore Philippe Verdol, fondateur de l’association EnVie-Santé.

Mercredi soir, il commentait la décision de la cour administrative d’appel de Paris qui a reconnu un “préjudice d’anxiété” pour une dizaine d’Antillais exposés à ce pesticide, sur les quelque 1 300 plaignants.

Une victoire en demi-teinte pour les associations, notamment Vivre, partie civile dans la procédure, qui réunissait ses sympathisants à Lamentin (nord Basse-Terre) pour expliquer la décision et les suites à y donner. Une soixantaine de personnes seulement ont fait le déplacement.

Le chlordécone, pesticide répandu dans les bananeraies pour lutter contre le charançon, est resté autorisé aux Antilles jusqu’en 1993, quinze ans après les premières alertes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur sa dangerosité.

Il a durablement contaminé les sols et les eaux de Guadeloupe et de Martinique, où il a été détecté chez plus de 90 % des habitants et où le taux d’incidence du cancer de la prostate est parmi les plus élevés au monde.

 

Mobilisation en berne

Pourtant, hors des cercles militants, les actions restent limitées. Même Lyannaj pou dépolyé Gwadloup, un collectif fondé en 2022 pour alerter sur le scandale, n’a pas mené d’action récente, confie un de ses membres.

En février, Edwige Duclay, coordinatrice du plan chlordécone IV - doté de 130 millions d’euros sur six ans -, notait : “La colère, bien compréhensible sur ce sujet, est un frein aux actions de prévention”.

De fait, les dispositifs en place peinent à convaincre. Sur 28 000 personnes ayant mesuré leur taux de chlordécone par prise de sang dans les deux collectivités antillaises, seules 5 000 sont en Guadeloupe.

Dans l’élevage, une vingtaine d’éleveurs seulement participent au programme de décontamination des animaux mis en place par les services de l’État. Quant aux pêcheurs, tous n’ont pas candidaté aux aides financières proposées.

Phyto-Victimes, l’association qui accompagne les victimes de maladies professionnelles liées à leur exposition au pesticide, n’a recensé que 13 dossiers ayant abouti.

 

L’État pointé du doigt

Les raisons de cette démobilisation sont multiples. L’État a une position “schizophrène”, dénonce Janmari Flower, le président de Vivre.

“On a l’État qui dit à la fois +Ce n’est pas si grave+, et en même temps +N’en consommez pas+” (de chlordécone en évitant les zones encore contaminées, ndlr), renchérit Me Christophe Léguevaques, leur avocat.

Un discours jugé contradictoire par les associations, qui rappellent régulièrement l’ambiguïté des déclarations d’Emmanuel Macron.

En septembre 2018, il était le premier président de la République à reconnaître que “l’État devait prendre sa part de responsabilité et (…) avancer sur le chemin des réparations”. Mais un an plus tard, il affirmait qu’“il ne faut pas dire que la chlordécone est cancérigène”, au motif de ne pas “alimenter les peurs”.

“Même sur les bancs de l’Assemblée, ça grince quand on parle de la responsabilité de l’État”, souligne le député socialiste Elie Califer, à l’origine d’une loi reconnaissant symboliquement cette responsabilité en 2024.

“La population est en colère mais surtout fataliste”, constate Janmari Flower, qui ajoute qu’elle doit aussi faire face à d’autres problèmes du quotidien, comme l’accès à l’eau, notoirement difficile en Guadeloupe.

“Entre l’eau et la chlordécone, ça va quoi !”, lâche un participant à la réunion de mercredi dernier. “Peut-on porter plainte contre le président de la République ?”, interroge un autre.

Une lassitude que partage Laurence Maquiaba, porte-parole de l’Alyans Nasyonal Gwadloup, un parti autonomiste. “Il n’y a pas d’indifférence puisque ça revient régulièrement dans les conversations. Mais comment se battre ?”, se demande-t-elle.

Selon elle, les Guadeloupéens sont fatigués de voir le scandale s’éterniser, sans condamnation. “Les gens se savent pollués pour des siècles, mais ils n’ont pas l’espoir que l’État et la justice les prennent réellement en compte”.


0 COMMENTAIRE(S)

Aucun commentaire pour le moment






ACHETER
un exemplaire
version papier ou PDF
Dernières infos en ligne

04.08.2026 | France

RÉGLEMENTATION - AI Act : les TPE et PME face au défi de la conformité



Lire
commentaires Réagir
03.08.2026 | France

Transport aérien - Aéroports de Paris : La baisse des redevances profitera-t-elle aussi à Air Austral, Corsair et French Bee ?



Lire
commentaires Réagir
02.08.2026 | Réunion

Grande distribution à La Réunion : Feu vert sous conditions pour le rapprochement entre les groupes Caillé et IBL



Lire
commentaires Réagir
26.07.2026 | France

Médias numériques : Coupe du Monde 2026, 3,6 milliards de visites sur les médias numériques pendant le Mondial de football



Lire
commentaires Réagir
25.07.2026 | France

Banque de France - Accès aux espèces : Argent liquide, distributeurs automatiques, banques... L'accès aux espèces reste assuré partout en France



Lire
commentaires Réagir
23.07.2026 | Réunion

André Béton lance "Karypédia", une série YouTube consacrée aux traditions des Hauts



Lire
commentaires Réagir
23.07.2026 | Maurice

Axess obtient la certification ISO 9001:2015



Lire
commentaires Réagir
22.07.2026 | Maurice

ER Group vise 28 % de chiffre d'affaires hors de Maurice d'ici 2029



Lire
commentaires Réagir
22.07.2026 | Maurice

Économie – Maurice défend la compétitivité de son centre financier face aux critiques sur les frais de licence



Lire
commentaires Réagir
22.07.2026 | Maurice

Axess lance le nouveau Ford Territory à Maurice



Lire
commentaires Réagir
21.07.2026 | Océan Indien

365 Digital devient le représentant commercial agréé de Google Ads



Lire
commentaires Réagir
21.07.2026 | Maurice

Innovation : Maurice lance un Innovation Challenge consacré à l'intelligence artificielle et à l'innovation durable



Lire
commentaires Réagir
15.07.2026 | Réunion

CAP BOURBON et THALOS déploient l'analyse vidéo par intelligence artificielle pour la pêche à la légine



Lire
commentaires Réagir
15.07.2026 | Réunion

AIR JUMP 974 développe ses partenariats touristiques à Saint-Leu



Lire
commentaires Réagir
14.07.2026 | Mayotte

Brevet en baisse, baccalauréat stable : les résultats 2026 à Mayotte



Lire
commentaires Réagir