La hausse du prix des carburants aux Comores aura finalement été suspendue après plusieurs jours de paralysie et une nuit de violences meurtrières. Selon l’AFP, deux personnes sont mortes samedi dans l’archipel, après des heurts entre manifestants et forces de l’ordre provoqués par l’annonce de nouveaux tarifs pétroliers.
Depuis six jours, une grève lancée par le principal syndicat de transporteurs routiers, rejoint par des syndicats de commerçants et de pêcheurs, bloquait une partie du pays. La colère s’est cristallisée autour des nouveaux prix publiés samedi par le gouvernement. Le gazole devait augmenter de 46 %, l’essence de 33 % et le pétrole lampant, très utilisé pour cuisiner dans les foyers comoriens, de plus de 28 %.
Face à la tension, les autorités ont annoncé un recul. “Au nom du chef de l’Etat Azali Assoumani, j’annonce la suspension temporaire de la hausse des prix des produits pétroliers”, a déclaré le ministre de l’Énergie. Il a ajouté que “le chef de l’Etat qui tient à tout prix à préserver la paix a entendu votre colère”.
Cette annonce a été faite en présence du gouvernement et des principales organisations à l’origine du mouvement. Le président du principal syndicat de commerçants, Abdou Boina, a appelé ses adhérents à “ouvrir leurs boutiques même si demain c’est dimanche”.
Mais la journée de samedi restera marquée par la mort de deux manifestants. Le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahamada, a confirmé le décès d’un deuxième manifestant “par balle”. Il a précisé qu’“une enquête déterminera les circonstances de ce décès”. Un premier manifestant, présenté comme un jeune homme, avait été tué par balle à Mutsamudu, grande ville de l’île d’Anjouan, lors d’une intervention des forces de l’ordre destinée à dégager une route bloquée, selon un magistrat cité anonymement par l’AFP.
Après l’annonce du gouvernement, des scènes de joie ont éclaté dans certaines localités. “On dirait qu’on a remporté la coupe d’Afrique”, a lancé un jeune homme, alors que des automobilistes célébraient la suspension de la hausse à coups de klaxons. À Mutsamudu, un habitant contacté par l’AFP évoquait “une relative accalmie après une nuit très agitée”.
La crise sociale intervient dans un contexte économique très fragile. Selon l’Institut national de la statistique, environ 45 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, avec un peu plus de 100 euros mensuels par habitant. Dans la capitale Moroni, les taxis avaient quasiment disparu des routes cette semaine, tandis que les axes habituellement embouteillés étaient presque déserts.
La Commission nationale des droits de l’homme indique que 39 personnes avaient été placées en détention vendredi. Avant le recul du gouvernement, des manifestants scandaient encore à Mitsamihuli, au nord de la Grande-Comore, “On ne va pas arrêter jusqu’à la baisse du prix des carburants”.
Memento

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