Des dépouilles amérindiennes bientôt rendues à la Guyane, 130 ans après les zoos humains

Le Sénat doit voter lundi un texte ouvrant la voie à la restitution à la Guyane des restes de 14 Amérindiens, plus d’un siècle après leur arrivée forcée dans les collections françaises.

Selon l’AFP, ces dépouilles, liées à l’histoire des “zoos humains” parisiens de la fin du XIXe siècle, sont conservées depuis environ 130 ans au Muséum national d’histoire naturelle.

Le texte examiné au Sénat vise à permettre le déclassement de six ossements autochtones et de huit moulages, afin de les rendre à la Guyane. Pour la sénatrice centriste Catherine Morin-Desailly, à l’origine de ce combat depuis plusieurs années, il s’agit d’un “acte de réparation et de reconnaissance au nom du respect dû aux morts”.

L’affaire trouve ses racines dans une histoire tragique remontant à 1892. Trente-trois autochtones avaient alors été recrutés en Amérique du Sud sur de fausses promesses, avant d’être exhibés à Paris. “Ces personnes ont été exhibées dans de véritables zoos humains”, rappelle le sénateur Max Brisson, rapporteur du texte, en soulignant que cela se produisait “alors que notre pays était déjà une République dont les principes humanistes étaient affichés”.

Huit d’entre eux meurent dans la capitale, victimes notamment du froid européen. Inhumés à Levallois-Perret et Neuilly, certains corps sont ensuite exhumés illégalement quelques années plus tard pour rejoindre des collections scientifiques. Cette exhumation “violait le droit funéraire de l’époque et le droit de sépulture”, dénonce Max Brisson, qui rappelle que les moulages réclamés ont été “faits sur des corps” qui “n’auraient jamais dû être déterrés”.

Le vote attendu lundi entend combler une faille juridique. La loi-cadre de décembre 2023 permettait déjà des restitutions vers des États étrangers, mais ne concernait pas les citoyens français ultramarins. Ce nouveau texte vient donc répondre à une situation particulière, celle de dépouilles françaises conservées dans des collections publiques françaises, mais réclamées par des communautés de Guyane.

Pour Pierre Ouzoulias, sénateur communiste et cosignataire du texte, le sentiment dominant face aux années de blocage est “la honte”. Il estime qu’“il y a au départ un crime, parce que la violation de sépulture, c’est puni par le droit français de toute éternité”. Selon lui, ces restes humains ont été conservés dans une logique héritée d’une “vision raciale de l’humanité”, où les corps étaient étudiés pour tenter de déduire de supposées caractéristiques raciales.

Les arguments scientifiques avancés pour conserver ces ossements sont rejetés par les sénateurs favorables à la restitution. Max Brisson estime que “ce n’est pas sérieux”, jugeant que ces restes, âgés de 130 ans, ne vont “pas nous apprendre grand-chose en matière d’archéologie humaine”.

Le gouvernement a annoncé son soutien au texte en procédure accélérée. La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a assuré que l’exécutif accompagnerait cette restitution. Les dépouilles doivent rejoindre le mémorial du village amérindien de Bellevue-Yanu, en Guyane.

Pour les familles et les représentants coutumiers, cette restitution dépasse le seul cadre juridique. Elle touche à la mémoire, à la dignité et à la transmission. En 2024, Corinne Toka Devilliers, présidente de l’association Moliko Alet+Po, disait son indignation de savoir ses aïeux “dans un carton”. La cheffe coutumière Cécile Kouyouri avait, elle, salué la reconnaissance d’une “histoire traumatique”, affirmant que “nos ancêtres ont autant souffert que les esclaves”.

Au-delà de ce vote, l’affaire interroge aussi le rôle des musées et la manière dont certaines collections ont été constituées. Le Code du patrimoine impose désormais davantage de “traçabilité” et de “provenance” pour mieux documenter “l’histoire des objets” et révéler, le cas échéant, “leur caractère illicite”.

Memento


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