Sur l’atoll de Makemo, dans l’archipel des Tuamotu, l’exercice militaire Marara 2026 a mobilisé les forces françaises et plusieurs armées partenaires autour d’un scénario de catastrophe naturelle. Organisée tous les deux ans en Polynésie française, cette opération vise à coordonner les moyens terrestres, aériens et maritimes en cas de cyclone ou d’autre événement majeur, tout en renforçant la coopération régionale dans le Pacifique.
Le samedi 13 juin, 320 militaires français, assistés par des personnels des Îles Cook, des Tonga et de l’armée américaine, ont procédé à l’évacuation de 120 personnes à Makemo, un atoll de quelque 800 habitants. Parmi les évacués figuraient de nombreux faux blessés incarnés par des élèves du collège local, mobilisés pour simuler les conséquences d’un cyclone dévastateur.
L’exercice a parfois été ralenti par des difficultés inattendues. Lors de l’enregistrement des évacués, les différences linguistiques ont compliqué les échanges entre militaires et habitants. Les armées participantes ont également dû composer avec des méthodes de travail distinctes. "La principale difficulté quand on travaille avec les Français, c'est la communication : ça a été vraiment dur au début, mais on progresse. Et on a des manières d'agir différentes, mais on apprend les uns des autres", indique le lieutenant Brandon Ta'ofi, commandant une unité tongienne de 23 militaires.
Au total, douze pays ont participé à Marara 2026, parmi lesquels les États-Unis, le Japon, l’Australie, les Samoa et les Tuvalu. L’exercice repose sur une coopération étroite entre partenaires régionaux afin de répondre aux catastrophes naturelles qui menacent régulièrement les États insulaires du Pacifique.
À Makemo, les évacués ont été transportés vers les navires mobilisés pour l’opération. Quatre camions militaires ont acheminé les élèves et le personnel du collège jusqu’au quai, où ils ont embarqué à bord du Te Kukupa II des Îles Cook, du Bougainville de la Marine nationale ou du Teriieroo a Teriierooiterai, un patrouilleur de 80 mètres capable d’accueillir jusqu’à 200 rescapés. Une fois à bord, les collégiens ont poursuivi l’exercice dans une ambiance détendue, accompagnant leur traversée de chants interprétés en reo pa'umotu, la langue des Tuamotu.
Pour les habitants des atolls isolés, souvent éloignés de tout centre urbain et vivant principalement de la pêche et de la production de coprah, ces exercices revêtent une dimension concrète. "Ça nous fait comprendre que l'armée est là pour nous si jamais un cyclone nous touche, parce qu'ici on n'a aucune issue", explique Marara Helme-Estall, élève de troisième, qui envisage une carrière militaire.
Cette proximité avec les forces armées contribue à expliquer l’importance du recrutement militaire en Polynésie française. Avec une population d’environ 280.000 habitants, le territoire fournit chaque année à l’armée française autant de nouvelles recrues que l’ensemble de l’Île-de-France.
Au-delà de l’évacuation des populations, Marara permet également aux différentes composantes des forces armées de s’entraîner à travailler ensemble dans des conditions dégradées. Les scénarios évoluent au fil de l’exercice selon les décisions de l’état-major. Cette année, les militaires ont notamment dû rechercher un pêcheur disparu en mer. D’autres difficultés sont apparues sans avoir été prévues, notamment les pannes simultanées d’un avion de transport américain C-130 et d’un A400M français, qui ont obligé les organisateurs à recourir à des moyens civils.
Le soutien logistique constitue un autre enjeu majeur. Lors d’une précédente édition, l’approvisionnement en eau avait révélé plusieurs difficultés. Pour Marara 2026, les 19 militaires chargés du soutien ont acheminé 150.000 litres d’eau dans des citernes souples de grande capacité. Le dispositif comprend également des osmoseurs et des systèmes de purification permettant, si nécessaire, de fournir de l’eau potable aux populations.
Si l’exercice est d’abord conçu pour répondre aux conséquences du changement climatique et à la vulnérabilité des territoires insulaires, il s’inscrit également dans un contexte géopolitique plus large. La région Asie-Pacifique est devenue un espace de rivalités croissantes entre les États-Unis et la Chine, et la France entend y affirmer son rôle.
L’un des scénarios intégrés à Marara 2026 mettait ainsi en scène un « État compétiteur » non identifié profitant du désordre provoqué par un cyclone pour déstabiliser un atoll à l’aide d’une milice armée.
"Cet exercice donne une place à la France dans le Pacifique et beaucoup de nos partenaires se rendent compte qu'elle est un acteur qui compte et a une réelle présence militaire en Indo-pacifique", précise le colonel François Reynaud, commandant du régiment d’infanterie de marine du Pacifique-Polynésie. Ce régiment a vu ses effectifs augmenter de plus de 50 % à la suite de la dernière loi de programmation militaire.
La France cherche à démontrer sa capacité à projeter rapidement des moyens importants à l’autre bout du monde. En quinze jours, plus de 1.000 militaires, cinq navires, deux avions et deux hélicoptères ont été mobilisés dans le cadre de Marara 2026.
Cette montée en puissance doit se poursuivre dans les prochaines années. Des travaux sont en cours sur la zone militaire de l’aéroport de Tahiti-Faa'a afin de permettre l’accueil simultané de cinq avions de transport A400M. L’un de ces appareils, actuellement basé à Nouméa, sera affecté au Pacifique à partir de 2028. Un nouveau patrouilleur doit également entrer en service dans la zone dès 2027 afin de renforcer la surveillance de la zone économique exclusive française.
memento.fr

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