La Polynésie française fait face à une progression préoccupante de l’obésité. Selon les données rapportées par l’AFP, plus d’un adulte sur deux et un adolescent sur quatre sont aujourd’hui concernés. En onze ans, la proportion d’adultes souffrant d’obésité est passée de 40 % à 51 % de la population.
Cette évolution pèse directement sur la santé publique. L’obésité favorise notamment le diabète et les maladies cardiovasculaires. Plus de 46 000 Polynésiens, soit 17 % des quelque 280 000 habitants du territoire, sont aujourd’hui reconnus en longue maladie. Leur prise en charge représente environ 335 millions d’euros par an pour la protection sociale locale, selon les chiffres cités par l’AFP.
Face à cette situation, le gouvernement polynésien prépare un vaste plan de prévention pour la période 2026-2031. Il prévoit d’agir simultanément sur la sédentarité, le tabac, l’alimentation et la précarité. Les autorités veulent favoriser les produits sains et locaux, développer l’activité physique, notamment dans les entreprises, et taxer davantage certains produits gras, salés ou sucrés.
La prévention doit également commencer dès l’enfance. La Polynésie compte actuellement "84 écoles en santé", où une attention particulière est portée à l’alimentation et notamment aux goûters trop sucrés. Interrogée par l’AFP, la ministre de la Santé, le Dr Raihei Ansquer, considère que "l’éducation, dès l’école primaire, est donc essentielle".
Les habitudes alimentaires et la perception du surpoids constituent également un enjeu. L’anthropologue Daniel Monconduit, directeur de l’établissement de santé Ora Ora, estime que "dans le regard polynésien, manger beaucoup, être en surpoids, c’est positif". Son établissement accompagne plus de 300 patients chaque année afin de les aider à modifier durablement leur mode de vie.
Pour les professionnels interrogés par l’AFP, la génétique ne suffit pas à expliquer la situation rencontrée dans les archipels polynésiens, qui figurent parmi les territoires affichant les taux d’obésité les plus élevés au monde. Daniel Monconduit évoque davantage "un problème comportemental et non génétique", tandis que la ministre de la Santé souligne les effets du passage d’une alimentation traditionnelle à des habitudes de consommation plus occidentalisées.
Les conséquences dépassent désormais le seul domaine médical. Selon l’AFP, la compagnie Air Tahiti a commencé à peser ses passagers, l’augmentation du poids moyen transporté pouvant compliquer les opérations sur certaines îles et certains atolls disposant de pistes courtes.
Pour les autorités polynésiennes, l’enjeu consiste désormais à enrayer une progression qui touche toutes les générations tout en proposant une prévention adaptée aux réalités sociales, alimentaires et culturelles du territoire.
Mémento




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