Le congrès de la Nouvelle-Calédonie a rendu de justesse un avis favorable, 25 voix pour sur 54 élus, à la modification du corps électoral aux élections provinciales, enjeu majeur dans l'archipel.
Le vote des élus calédoniens (25 voix pour, 14 contre et 14 abstentions) reflète l'enthousiasme mitigé suscité par cette procédure de la dernière chance. La loi constitutionnelle mettant en oeuvre l'accord contesté de Bougival prévoyait d'accorder le droit de vote aux personnes justifiant de 15 ans de résidence pour le prochain scrutin, puis de 10 ans pour les élections suivantes. Mais le rejet du texte par les députés le 3 avril, faute de consensus local, a remis le dossier sur le devant de la scène.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, qui souhaite une ouverture même partielle de ce corps électoral pour répondre aux attentes des non-indépendantistes, a donc ressorti une proposition de loi organique déposée en mai 2025 par le sénateur calédonien Georges Naturel, mais jamais examinée. Elle prévoit l'intégration de 10.569 personnes nées en Nouvelle-Calédonie mais qui ne remplissent actuellement pas les conditions pour voter.
Le gouvernement souhaite par ailleurs déposer un amendement pour accorder le droit de vote également aux conjoints de Calédoniens "depuis au moins cinq ans", soit "1.500 à 1.800 personnes", selon les éléments donnés le 13 mai par la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou. "Le FLNKS est favorable à l'ouverture du corps électoral aux natifs, mais dans un accord global, pas de manière isolé", a indiqué le chef du groupe UC-FLNKS, Pierre-Chanel Tutugoro.
Les 13 élus de son groupe ont donc donné un avis défavorable. "Après l'échec de Bougival, la montagne a accouché d'une souris et nous voilà en train de décider du sort de la souris", a pointé Milakulo Tukumuli, de l'Eveil océanien, parti qui ne se revendique ni indépendantiste, ni non-indépendantiste, et a rendu un avis favorable. Le Conseil constitutionnel pourrait selon lui retoquer la disposition des conjoints, qui crée une inégalité de traitement entre résidents.
Les non-indépendantistes des Loyalistes se sont abstenus. Ceux du Rassemblement-Les Républicains ont voté en faveur du texte. La leader des Loyalistes, Sonia Backès, a déploré "la faiblesse de l'Etat". Son mouvement demande l'ouverture du corps électoral à toute personne justifiant de 10 ans de résidence. Après trois reports, les provinciales initialement prévues il y a deux ans se tiendront le 28 juin. Un peu plus de 180.000 électeurs sont inscrits sur la liste électorale spéciale pour les provinciales contre 220.000 sur la liste électorale générale.
En 2024, ce dossier avait entraîné plusieurs mois de violences qui ont fait 14 morts et deux milliards d'euros de dégâts.

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