Politique// Macron et Barnier, la cordiale mésentente

Agacement, silences entendus : les relations entre Emmanuel Macron et Michel Barnier prennent déjà des airs de "mésentente cordiale", chacun essayant de tirer la couverture à lui, en dépit des bonnes intentions affichées.

Dernier exemple en date, la décision du chef de l'Etat de proposer lundi un de ses plus proches lieutenants, Stéphane Séjourné, à la Commission européenne, sans en référer au préalable à son Premier ministre.

"Michel Barnier a été mis au courant dimanche. Lui-même avait été nommé commissaire européen par (Jacques) Chirac en période de cohabitation. Je ne suis pas sûr que Chirac ait alors appelé (Lionel) Jospin", ironise un cadre macroniste.

Le message ne pouvait être plus clair : Emmanuel Macron entend bien défendre son "domaine réservé", des Affaires étrangères à la Défense, n'en déplaise à Michel Barnier qui préfère parler de "domaines partagés".

Avec Stéphane Séjourné, le président est assuré de garder la main sur les questions européennes alors que la France sort affaiblie de la crise politique autour de la dissolution, qui a débouché sur une majorité introuvable.

Des questions qui relèvent aussi de Matignon, déficit budgétaire en tête, et que le nouveau Premier ministre a bien l'intention de garder du coin de l'œil, fort de sa longue expérience à Bruxelles, notamment comme négociateur du Brexit, mais aussi comme ancien pensionnaire du quai d'Orsay (2004-2005).

Mutique

"Connaissant le positionnement de Michel Barnier sur l'Europe et sur la perte d'influence de la France, je pense qu'il a avalé sa première couleuvre", avance un député de son parti, Les Républicains (LR).

Reste à savoir qui va succéder à Stéphane Séjourné à la tête du ministère des Affaires étrangères, un poste régalien relevant par excellence de l'Elysée.

"Macron a dit à Barnier +écoutez Séjourné remplacera (Thierry) Breton à Bruxelles+. Barnier, connaissant Séjourné, a dû lui dire +écoutez ça n'est pas possible+. Ce à quoi Macron a dû répondre +c'est soit ça, soit il reste au Quai+", esquisse un influent sénateur LR.

Pour l'heure, rien ne filtre à Matignon sur le futur gouvernement et sa lente gestation. Michel Barnier prend soin de garder ses distances. Et Emmanuel Macron intervient "peu ou pas", il est même "mutique", selon le cadre macroniste.

"Le président a eu deux-trois contacts téléphoniques avec lui, ils ont déjeuné deux fois, mais le Premier ministre n'a pas présenté de liste", croit savoir un ministre sortant influent du camp présidentiel.

Selon lui, Emmanuel Macron a d'ailleurs nommé Stéphane Séjourné à Bruxelles car Michel Barnier "n'en voulait pas" au gouvernement, mais "à condition de pouvoir garder la main sur les Affaires étrangères".

Gros poste

Le camp présidentiel, chef de l'Etat en tête, commence aussi à s'impatienter devant l'empressement des LR à vouloir occuper tous les postes clé du gouvernement, de l'Education à l'Intérieur en passant par Bercy.

"Ce qu'on entend et ce qui agace c'est que seuls les LR ont déjà les gros postes (..) et qu'on nous met numéro 2 dans tous les ministères", relève le ministre sortant.

De son côté Michel Barnier entend bien réoccuper le terrain que ses prédécesseurs avaient abandonné à Emmanuel Macron, omniprésent sur tous les dossiers, à commencer par l'Outremer.

Il s'est ainsi "engagé" devant le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel, "à ce qu'il y ait une réunion dans les prochains jours" des parlementaires calédoniens avec son conseiller Michel Cadot, a rapporté le député communiste Stéphane Peu.

La Nouvelle-Calédonie, un dossier explosif longtemps géré par Matignon, est devenu un quasi pré carré d'Emmanuel Macron. Le chef de l'Etat s'est lui-même rendu sur place en mai en pleine vague de violences sur fond de réforme électorale contestée.

Rien ne filtre non plus sur le budget 2025, un dossier inflammable sur lequel Michel Barnier se sait très attendu et qui pourrait lui valoir ses premiers tourments à l'Assemblée. L'hypothèse esquissée par M. Barnier de hausses d'impôts, qui ferait tomber un totem présidentiel, fait déjà frémir le camp macroniste.

Le président de la commission des Finances, Eric Coquerel (LFI), qui n'a pu obtenir mardi à Matignon les documents budgétaires qu'il réclamait, s'est d'ailleurs demandé en sortant si le Premier ministre, en les gardant sous le coude, ne voulait pas éviter de "se mettre sous pression" de l'Elysée.


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