REC : un observatoire inédit pour structurer la prise en charge cardiovasculaire

Déployé par le CHU de La Réunion, le programme REC vise à mieux comprendre les parcours de soins et à améliorer les pratiques face à un enjeu majeur de santé publique sur le territoire.

Depuis 2023, le CHU de La Réunion déploie le programme REC (Réunion Épidémiologie Cardiologie), un dispositif né d’un constat de terrain face à une réalité sanitaire spécifique : des patients souvent plus graves qu’en Hexagone, marqués par une forte prévalence du diabète, de l’insuffisance rénale et des délais de prise en charge parfois allongés.

À l’origine du projet, le Dr Louis-Marie Desroche, praticien hospitalier sur le site Nord, responsable de l’unité de cardiologie interventionnelle et adjoint au chef de service, explique : "REC n’est pas né d’abord comme un projet de recherche. REC est né d’un besoin de terrain." Il précise : "il manquait un outil capable de dire simplement ce qui se passait réellement sur le territoire : quels patients étaient pris en charge, comment, avec quels délais, quels résultats, quelles marges d’amélioration."

L’ambition du programme est dès le départ triple : améliorer les soins, structurer la recherche clinique et bâtir une véritable surveillance épidémiologique cardiovasculaire à l’échelle réunionnaise.

Pour y parvenir, un important chantier de modernisation a été engagé dès 2019 autour du logiciel CardioReport, jugé inadapté aux besoins. Ce travail, mené avec la direction et la direction des systèmes d’information, a mobilisé l’ensemble des services de cardiologie des sites Nord et Sud, en activité invasive comme non invasive. Il a abouti à un déploiement mutualisé de la nouvelle version du logiciel, permettant la centralisation des données et l’automatisation du recueil.

REC se présente aujourd’hui comme un observatoire régional intégré aux outils du quotidien des équipes médicales. Il collecte et analyse en continu des données issues de la pratique clinique, sans alourdir la charge de travail, et restitue des indicateurs utilisables pour la prise de décision. L’observatoire couvre six domaines majeurs : les infarctus et actes coronaires, l’insuffisance cardiaque, les maladies valvulaires, les troubles du rythme, les embolies pulmonaires et les cardiopathies congénitales.

Au cœur du dispositif, les Attachés de Recherche Clinique (ARC) assurent la qualité, la cohérence et l’exhaustivité des données. Ils coordonnent les inclusions, vérifient la concordance entre pratiques et informations recueillies, accompagnent les équipes et assurent le suivi des patients. Leur rôle permet de transformer une donnée brute en information fiable et exploitable, utile à la fois pour les pratiques professionnelles, la recherche et les décisions organisationnelles.

Dès 2024, première année complète de fonctionnement, REC affiche des résultats significatifs : plus de 2 500 examens coronaires analysés, près de 70 % des patients éligibles inclus dans certains registres, une amélioration notable de la qualité des données et des ajustements concrets des pratiques de prise en charge.

Ces données permettent déjà d’objectiver certaines spécificités locales. En matière d’infarctus, un retard de prise en charge est observé, avec un délai moyen de 112 minutes entre le diagnostic et l’intervention, contre 91 minutes en Hexagone. Ce décalage s’explique notamment par un manque de réflexe à appeler immédiatement les secours en cas de douleur thoracique.

À l’inverse, certains indicateurs apparaissent plus favorables : 68,4 % des patients bénéficient d’une réadaptation cardiaque, contre 43,5 % au niveau national. Le recours à la fibrinolyse, utilisé dans 12,7 % des cas contre 2,6 % en France, reste toutefois encore insuffisant selon les équipes, malgré une utilisation déjà plus élevée que dans les autres régions.

Le programme met également en évidence des avancées dans la prise en charge de l’insuffisance cardiaque. Le dispositif USETIC, dédié aux formes les plus graves, a permis de réduire significativement les réhospitalisations, avec un taux de 16 % après inscription contre 42,7 % auparavant, et une diminution des durées d’hospitalisation à 1,77 jour par patient et par an, contre 4,96 jours précédemment.

Dans le domaine de l’embolie pulmonaire, une technique innovante a été développée au CHU, utilisant une veine du bras pour administrer un traitement associant ultrasons et fibrinolyse directement au contact du caillot. Ces travaux ont été publiés dans une revue scientifique internationale américaine.

L’activité de rythmologie est également en progression, avec 535 ablations réalisées en 2024 contre 489 l’année précédente. "Ce chiffre s’explique d’abord par un accès aux nouvelles technologies que nous pouvons proposer à la population réunionnaise (...), l’ouverture de créneaux de rythmologie dans les blocs du CHU Nord, un partenariat et une cohésion exemplaire des équipes", indique le Dr Clerici, rythmologue du CHU Sud.

Le programme met enfin en lumière certaines spécificités épidémiologiques locales, notamment dans les valvulopathies : 27 % des maladies des valves cardiaques sont liées à d’anciennes angines mal soignées, un niveau nettement supérieur à celui observé en Hexagone.

Au-delà des résultats, REC s’impose progressivement comme un levier stratégique pour la santé publique. Il permet d’optimiser les parcours de soins, de réduire les pertes de chance et de mieux coordonner les acteurs entre hôpitaux et cliniques. Le programme a d’ailleurs été distingué par un Prix de l’innovation numérique en santé et alimente désormais des travaux de recherche nationaux et internationaux.

À l’horizon 2026, REC doit évoluer vers un véritable outil d’aide à la décision en santé publique, en croisant plusieurs sources de données pour produire des indicateurs directement actionnables. L’objectif est de permettre aux soignants et aux autorités d’adapter leurs stratégies aux réalités du territoire, de réduire les inégalités d’accès aux soins et, à terme, de diminuer durablement les maladies et décès liés aux pathologies cardiovasculaires à La Réunion.

memento.re


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