La durée moyenne passée par les étrangers dans les centres de rétention administrative (CRA) a fortement augmenté ces dernières années en France, sans que cela ne se traduise par davantage d’expulsions. C’est le constat dressé par plusieurs associations dans leur rapport annuel publié mardi 19 mai, à la veille de l’examen au Sénat d’un texte visant justement à allonger encore la durée maximale de rétention.
Selon ce rapport réalisé par Forum réfugiés, France terre d’asile, le Groupe SOS Solidarités, la Cimade et Solidarité Mayotte, 16.467 personnes ont été enfermées dans les 22 CRA de France hexagonale en 2025, contre 16.228 en 2024. Les ressortissants algériens représentent 30 % des personnes retenues, devant les Tunisiens (11 %) et les Marocains (10 %). Les associations dénoncent un « ciblage prioritaire de certaines nationalités ».
Le rapport souligne également le poids important de l’Outre-mer dans le dispositif. Au total, 27.568 personnes ont été enfermées dans les territoires ultramarins, dont 96 % dans le seul centre de rétention de Mayotte. Parmi elles figuraient 3.074 mineurs.
La majorité des placements en CRA intervient à la suite de contrôles de police, qui représentent 46,3 % des cas recensés. Près de 29 % des personnes retenues ont, elles, été placées en rétention à leur sortie de prison.
Les associations alertent surtout sur l’allongement continu des durées d’enfermement. En cinq ans, la durée moyenne de rétention est passée d’environ 17 jours en 2020 à plus de 33 jours en 2025. Plus de 2.000 personnes ont même été retenues jusqu’à la durée maximale actuellement autorisée par la loi, soit 90 jours.
Pour autant, cette hausse de la durée de rétention ne s’accompagne pas d’une augmentation des expulsions. Le rapport indique que seulement 36 % des personnes retenues ont effectivement été éloignées du territoire en 2025, contre 39 % en 2024. Les associations relèvent que « plus de la moitié des expulsions interviennent dans les 20 premiers jours » et qu’environ 85 % ont lieu dans les 45 premiers jours de rétention. Au-delà de 60 jours, moins de 10 % des expulsions sont réalisées.
« Les CRA servent à enfermer et sont détournés de leur finalité première, à savoir l’expulsion des personnes à bref délai », estiment les associations, qui dénoncent « l’échec de la logique “enfermer plus pour éloigner plus” ». Selon elles, « plus la rétention s’allonge, moins elle permet d’éloigner ».
Dans ce contexte, le Sénat doit examiner mercredi 20 mai une proposition de loi portée par le député Renaissance Charles Rodwell et soutenue par le gouvernement. Le texte prévoit de porter de trois à sept mois, soit 210 jours, la durée maximale de rétention pour certaines personnes condamnées par le passé à au moins trois ans de prison pour des atteintes aux personnes et considérées comme représentant une menace « réelle, actuelle et d’une particulière gravité » pour l’ordre public.
Une mesure similaire avait déjà été censurée par le Conseil constitutionnel, qui l’avait jugée disproportionnée. Le nouveau texte a été reformulé de manière plus restrictive et ne concernerait, selon son auteur, « que quelques dizaines de personnes par an ». Charles Rodwell espère une adoption définitive avant la fin des travaux parlementaires de l’été.

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