Immigration : quand les retours volontaires peinent à convaincre

Donner de l'argent à des migrants en situation irrégulière afin qu'ils retournent dans leur pays : l'idée a ressurgi pour la reconstruction de Mayotte. Utilisées depuis 50 ans en France et plus récemment dans le reste de l'Europe, les aides au retour volontaire peinent pourtant à convaincre.   

Appelant à des "mesures de fermeté" contre l'immigration irrégulière à Mayotte après le passage du cyclone meurtrier Chido mi-décembre, les ministres de l'Intérieur Bruno Retailleau, des Outre-mer, Manuel Valls et des Armées, Sébastien Lecornu, avaient appelé dans une tribune à "étendre l'aide au retour volontaire (ARV) des ressortissants africains dans leur pays d'origine".   

En 2024, 23 pays faisaient parti de ce dispositif, qui exclut Mayotte en raison notamment de son statut de département d'outre-mer. Le programme, qui s'adresse aux étrangers visés par une Obligation de quitter le territoire français (OQTF), comprend une allocation forfaitaire allant jusqu'à 2.500 euros, à laquelle peut s'ajouter le financement d'un projet professionnel. Cette enveloppe dédiée à la "réinsertion", de 5 à 6.000 euros en moyenne (10.000 euros maximum), peut être financée par des fonds européens via l'agence Frontex.   

En 2024, l'erg et de l'intégration (Ofii) a versé 6.908 ARV, (+2,36% par rapport à 2023) principalement à des ressortissants géorgiens et albanais (1.800), les trois pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) atteignant le millier.   

En comparaison, le nombre d'éloignements "sous contraintes" était lui de plus 11.000 en 2022, selon un rapport de la cour des Comptes de janvier 2024. Selon ce même rapport, la France accusait un "retard notable" pour les retours volontaires face à ses voisins européens (même si tous ne développent pas ce dispositif), l'Allemagne en ayant enregistré 26.545 cette même année.   Apparu pour la première fois en 1977 sous Giscard d'Estaing, les incitations au retour visaient à encourager les chômeurs étrangers à rentrer chez eux suite au choc pétrolier.   

"Ca a été un flop déjà à l'époque. Les seuls à en bénéficier ont été les Portugais et les Espagnols qui avaient déjà prévu leur retour et qui n'étaient pas la cible visée", rappelle Thomas Lacroix, directeur de recherche au CNRS en géographie, spécialiste des migrations.    

- "Pas une question d'argent" -    

Dans les années 80, le dispositif est remplacé, sans succès, par une aide à la réinsertion pour les chômeurs étrangers qui souhaitent développer un projet dans leur pays d'origine. Il est remplacé dans les années 90 pour la première fois par une incitation financière à destination des migrants en situation irrégulière.   

"Ce n'est pas une question d'argent", pointe Thomas Lacroix pour expliquer le peu d'entrain de ceux qui peuvent prétendre aux aides à s'en saisir en dépit des évolutions.   "Le coût de l'incertitude généré par le retour est supérieur à l'aide qui est proposée, beaucoup de choses ne se chiffrent pas" (conflits familiaux, incertitude économique du pays que l'on a quitté, etc), ajoute-t-il.   

Les personnes qui ont immigré se sont souvent endettées auprès de leur famille pour partir et le retour est perçu comme un échec, énumère le chercheur. Les retours pourraient être davantage envisagés "si les personnes immigrées pouvaient circuler de manière plus fluides et s'il n'était pas si difficile d'avoir des papiers, il y aurait un mouvement pendulaire d'allers-retours", estime M. Lacroix.   

Pour sa consoeure Camille Le Coz, chercheuse au centre de réflexion Migration Policy Institute, les retours volontaires gagneraient cependant à être développés. Ils sont "beaucoup plus dignes" pour les personnes concernées, cela crée moins de tension diplomatiques et coûte moins cher, souligne la chercheuse qui pointe le manque d'information autour de ces dispositifs.   "Politiquement, c'est un peu difficile à défendre, parce que ça veut dire qu'on donne une bourse pour des personnes qui sont en situation irrégulière et ça ne plaît pas à l'extrême droite", note-elle.   

"Le coût d'un retour forcé sous escorte policière avec placement en Centre de rétention administrative est beaucoup plus cher", défend néanmoins le directeur de l'Ofii Didier Leschi. Un rapport parlementaire de 2019 l'a évalué à 13.800 euros.   

La Commission européenne, qui avait adopté une nouvelle stratégie pour encourager les retours volontaires et la réintégration des immigrés en 2021, débat désormais sous la pression des partis d'extrême droite, à une révision de la "directive retour" afin d'accélérer et accroître les expulsions forcées.


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