Du 17 au 20 mars 2026, le 4e congrès de l’Association des médecins communautaires de Madagascar (AMC Mad) a marqué une nouvelle étape dans la coopération médicale entre Madagascar et La Réunion. Invitée en qualité de présidente du Collège des généralistes enseignants de l’océan Indien (CGEOI), le Dr Élodie Huot a pris part à ces quatre journées d’échanges, accompagnée du trésorier de l’organisation, le Dr François Pierson.
Initialement prévu en octobre 2025, ce congrès avait dû être reporté en raison du contexte politique malgache. Sa tenue cette année a donc revêtu une portée particulière, d’autant qu’elle a permis de retrouver sur place le président de l’AMC Mad, le Dr Jocelyn Rakotozanani, ainsi que plusieurs médecins déjà venus à La Réunion lors du Congrès francophone de médecine générale de l’océan Indien, organisé en avril 2024.
Ce rendez-vous a surtout consacré l’aboutissement d’un travail de fond mené depuis plusieurs années. Juste avant l’ouverture du congrès, une convention pluripartite a été signée entre l’Université d’Antananarivo, la faculté de médecine d’Antananarivo, l’UFR Santé de La Réunion, le Collège national des généralistes enseignants et le CGEOI. Cet accord ouvre désormais la voie à l’accueil d’étudiants en stage au sein de cabinets de médecine communautaire à Madagascar, auprès de praticiens agréés pour la maîtrise de stage universitaire.
Pour les acteurs réunionnais engagés dans cette coopération, cette avancée confirme la volonté de structurer à l’échelle régionale une formation en médecine générale plus ancrée dans les réalités de terrain de l’océan Indien. Madagascar devient ainsi un espace de stage et d’apprentissage à part entière, dans une logique de partage d’expérience entre praticiens confrontés à des problématiques souvent proches.
Les échanges au cours du congrès ont porté sur de nombreux sujets concrets comme la prise en charge des pathologies chroniques, le suivi de la contraception, souvent assuré par les sages-femmes, ou encore les réponses nouvelles apportées aux déserts médicaux. Parmi les outils évoqués, la box de Datasanté pour le suivi du dossier médical du patient et les télécabines développées par une entreprise indienne ont suscité l’intérêt des congressistes.
Autre sujet de préoccupation, celui de la circulation de médicaments vendus sur des marchés non contrôlés, avec des risques sanitaires importants, notamment de néphrotoxicité. Les médecins ont également souligné les retards de prise en charge liés au recours préalable à des tradi-praticiens, qui conduisent parfois les patients à consulter à un stade déjà avancé de leur maladie.
Une session dédiée à l’alerte sanitaire autour de la variole du singe a également nourri les débats. La situation malgache, marquée par un nombre de cas plus élevé qu’à Mayotte ou à La Réunion, appelle à une vigilance renforcée dans la zone, en raison de l’intensité des circulations humaines entre les territoires.
Le Dr Élodie Huot a par ailleurs présenté les pratiques réunionnaises en matière de contraception injectable, notamment face au risque d’effet secondaire de type méningiome. En l’absence d’IRM disponible à un an de traitement, comme recommandé par la Haute Autorité de santé, la surveillance clinique demeure, à La Réunion, le principal levier pour interrompre le traitement en cas de signes évocateurs.
À travers cette participation, La Réunion confirme son rôle actif dans la construction d’un réseau régional de médecine générale, fondé sur la coopération, la formation et l’échange de pratiques. Pour le CGEOI, ce partenariat avec Madagascar est appelé à se renforcer encore dans l’océan Indien car les systèmes de santé ont tout à gagner à apprendre les uns des autres.
Mémento.

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