

En déplacement à Mayotte ce vendredi 21 août, Édouard Philippe a choisi le 101e département français pour porter l’un des messages les plus fermes de sa campagne présidentielle sur l’immigration. Le candidat Horizons à l’élection de 2027 lie directement la maîtrise des flux migratoires à la capacité de l’État à reconstruire et développer les infrastructures mahoraises. Sa visite doit se poursuivre samedi avant son déplacement à La Réunion.
Pour l’ancien Premier ministre, Mayotte reste insuffisamment connue depuis l’Hexagone alors que le territoire cumule des difficultés économiques, sociales, climatiques et sécuritaires majeures. « Mayotte, c'est la France, confrontée à des difficultés économiques, climatiques, sociales, sécuritaires considérables », a-t-il déclaré lors de son déplacement.
Édouard Philippe veut concentrer l'action de l'État autour de deux priorités. « La première, c'est la reprise en main, la reprise du contrôle de l'immigration. La seconde, c'est la reconstruction et le développement des infrastructures indispensables à la vie de nos concitoyens français. »
Écoles, santé, eau potable et développement économique figurent parmi les secteurs qu'il estime devoir renforcer rapidement. Mais le candidat établit une relation directe entre leur saturation et l'immigration irrégulière. « Pour reconstruire, pour développer ces infrastructures qui sont indispensables, que chaque citoyen français attend dans notre pays, nous devons, parce que les infrastructures sont aujourd'hui saturées par une immigration illégale et hors de contrôle, reprendre le contrôle de cette immigration. »
Le candidat Horizons propose des mesures exceptionnelles pour Mayotte. Il veut notamment suspendre l'enregistrement des nouvelles demandes d'asile pendant la durée du prochain quinquennat et instaurer un moratoire concernant différentes voies d'immigration, notamment familiale. Ces propositions avaient déjà été détaillées avant et au début de son déplacement.
« Cela veut dire l'interruption pendant la durée du prochain quinquennat de l'ensemble des demandes d'asile qui pourraient être formulées sur le territoire. L'interruption pendant la durée du quinquennat des demandes liées au regroupement familial », a-t-il affirmé.
Une ligne qu'il assume comme une réponse spécifique à la situation mahoraise. « Nous sommes dans une situation exceptionnelle et qui appelle des réponses exceptionnelles », estime Édouard Philippe.
L'ancien Premier ministre souhaite parallèlement renforcer les moyens consacrés à la surveillance maritime. Tout en saluant l'action des policiers, gendarmes et agents de l'État déjà mobilisés, il considère les moyens actuels encore insuffisants.
« Il faut donc une présence à la mer, notamment, bien supérieure », affirme-t-il. Édouard Philippe souhaite profiter d'une future actualisation de la loi de programmation militaire pour renforcer « à Mayotte, comme dans tous les Outre-mer français », la présence maritime de l'État, de la Défense et de la Marine nationale.
Autre proposition avancée par le candidat, la création d'un centre de retour dans un pays tiers d'Afrique de l'Est afin de faciliter l'éloignement d'étrangers en situation irrégulière. Cette proposition figurait déjà parmi les mesures présentées par Édouard Philippe pour Mayotte.
« Je propose que le premier de ces centres soit construit en Afrique de l'Est, dans un des États de l'Afrique de l'Est », a-t-il déclaré. Il reconnaît toutefois qu'aucune négociation n'a encore été engagée avec les gouvernements concernés. « Je ne suis aujourd'hui pas chef de l'État, je n'ai pas encore commencé les discussions avec les représentants légitimes de la Tanzanie et des autres pays de la région. »
Pour Édouard Philippe, la réduction de la pression migratoire permettrait ensuite de concentrer davantage de moyens financiers et humains sur les équipements publics.
« Alors nous pourrons consacrer des moyens indispensables à la reconstruction efficace des hôpitaux, la construction d'un deuxième hôpital, la reconstruction d'écoles dont les besoins sont considérables, la production et la distribution d'eau potable. »
Sur ce dernier sujet, le candidat emploie des mots particulièrement sévères. « La situation de ce point de vue à Mayotte est indigne de ce que chacun de nos concitoyens français est en droit d'attendre. »
Interrogé sur sa politique diplomatique régionale, Édouard Philippe a également durci le ton envers l'Union des Comores, qui revendique toujours Mayotte.
« Je considère qu'ici, à Mayotte, nous devons, dans les mêmes conditions, tenir un discours extrêmement ferme vis-à-vis des Comores, État souverain, mais État qui conteste la souveraineté nationale de la France à Mayotte. »
Le candidat écarte toute logique de confrontation militaire mais juge la contestation comorienne incompatible avec la souveraineté française. « Nous n'avons aucune espèce de volonté belliqueuse à l'égard des Comores, mais je ne crois pas qu'il soit acceptable, et je dis même qu'il est totalement inacceptable qu'un État étranger revendique sa souveraineté sur une partie du territoire national. »
Cette visite intervient également dans un contexte politique national. À huit mois de l'élection présidentielle de 2027, le candidat Horizons fait de Mayotte un terrain majeur de sa rentrée politique et assume d'aborder frontalement la question migratoire.
Interrogé sur un éventuel positionnement destiné à concurrencer Marine Le Pen et le Rassemblement national sur ce terrain, Édouard Philippe récuse cette lecture.
« Je mets au défi quiconque, quiconque de venir à Mayotte et de ne pas parler de l'immigration. Ici, c'est un problème évident. C'est un problème dont chacun parle. C'est un problème qui crée et qui déstabilise ce territoire. »
Il affirme ne pas vouloir remettre en cause les principes républicains mais adapter le droit aux particularités du département. « Je ne reviens sur aucun des grands principes de la République. Je ne dis pas qu'il faut faire ça contre la loi. Je dis que nous devons adapter notre dispositif juridique à une situation exceptionnelle qui justifie des mesures exceptionnelles. »
Le déplacement intervient enfin quelques jours après le soutien apporté par Gérald Darmanin à Édouard Philippe pour la présidentielle. Le candidat assure que ses positions sur l'immigration ne résultent pas de ce ralliement, tout en reconnaissant son importance politique. « Le soutien politique de Gérald Darmanin est quelque chose qui compte à mes yeux et qui m'a beaucoup réjoui, parce qu'il est à la fois un soutien exigeant et un soutien puissant. »
En choisissant Mayotte pour porter cette ligne, Édouard Philippe entend surtout présenter la question mahoraise comme un enjeu national. « Lorsque vous voulez présider la République, vous parlez à tous les Français, même quand ils sont loin et même quand ils ont le sentiment parfois d'être oubliés. »
Mémento


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