La sénatrice de Saint-Pierre-et-Miquelon Annick Girardin a adressé un courrier à Emmanuel Macron pour dénoncer un projet de transfert au Canada du contrôle d’une partie de l’espace aérien français au-dessus de l’archipel, qu’elle qualifie d’« abandon manifeste » de souveraineté. Dans cette lettre, l’ancienne ministre des Outre-mer indique avoir appris « de manière fortuite » mi-décembre qu’une zone dite « d’approche », située en dessous de 6 000 pieds (1 800 mètres), pourrait être confiée au Canada « pour des motifs présentés comme essentiellement administratifs et techniques ».
Une telle décision « serait vécue localement comme un abandon manifeste » et enverrait « un signal incompréhensible » de « renoncement de la France à l’exercice plein de ses droits souverains dans la zone », regrette la sénatrice, qui a occupé plusieurs portefeuilles ministériels entre 2014 et 2022. « Comment prétendre défendre notre influence diplomatique, notre crédibilité stratégique (…) si nous ne sommes pas en mesure de protéger nos propres territoires ? », écrit-elle, soulignant que « jamais la souveraineté française dans le bassin nord-américain n’a été remise en cause » auparavant.
Son alerte intervient dans un contexte international tendu, marqué notamment par les ambitions répétées de Donald Trump sur le Groenland, territoire autonome danois situé à quelques centaines de kilomètres de Saint-Pierre-et-Miquelon. Face au « retour assumé des impérialismes », Annick Girardin propose la conclusion d’un accord international de coopération entre la France, le Danemark et le Groenland, incluant l’archipel français, « PTOM (pays et territoire d’outre-mer) européen subarctique » positionné « à l’entrée de la route de l’Arctique ».
Les PTOM sont des territoires liés constitutionnellement à un État membre de l’Union européenne sans faire partie de son territoire. C’est notamment le cas de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie ou de Saint-Pierre-et-Miquelon pour la France, du Groenland pour le Danemark et de certaines îles des Antilles néerlandaises. « On ne sous-traite pas sa souveraineté », a affirmé Annick Girardin, estimant que transférer le contrôle d’une partie de l’espace aérien français de Saint-Pierre-et-Miquelon au Canada « serait vécu comme un abandon » et enverrait « un signal de renoncement » de nature à entamer la crédibilité de la France à l’étranger.
Archipel d’environ 6 000 habitants situé au large de Terre-Neuve, Saint-Pierre-et-Miquelon dispose d’un espace aérien sous souveraineté française enclavé dans l’espace aérien canadien. Celui-ci est géré par le service de l’aviation civile local, en coordination avec le centre de contrôle canadien de Gander pour les vols à destination ou en provenance du Canada voisin.

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