

En Guadeloupe, plusieurs associations de défense de l’environnement veulent franchir une nouvelle étape. Après des années de recours, d’alertes et de procédures, elles entendent désormais obtenir l’application effective des décisions rendues par la justice. Selon une dépêche de l’AFP publiée le 22 août, cinq organisations ont présenté plusieurs dossiers concernant notamment la chasse, l’aménagement du littoral, les épandages aériens et la pollution lumineuse.
Les associations Amazona, AEVA, ASFA et To-Ti-Jon, ainsi que le collectif Lannuit Pa Gwanjou, souhaitent rendre davantage visibles leurs actions et les procédures engagées. Leur ambition est « d’aller au-delà des alertes » et de montrer au public que les recours juridiques peuvent produire des résultats.
« Pour qu’il se rende compte qu’on peut faire quelque chose », explique à l’AFP Claudie Pavis, présidente de l’Association pour l’Étude et la protection de la Vie sauvage dans les petites Antilles.
La réglementation de la chasse constitue l’un des principaux sujets de mobilisation. Des recours sont actuellement engagés afin de suspendre la chasse de sept espèces d’oiseaux en Guadeloupe et en Martinique.
Anthony Levesque, fondateur de l’association Amazona et lui-même chasseur depuis près de trente ans, souligne également qu’une décision du Conseil d’État est attendue concernant un arrêté ministériel de 2024 fixant la liste des espèces protégées en Guadeloupe. Selon lui, plusieurs oiseaux en sont absents, notamment la grive à pieds jaunes, le pigeon à couronne blanche et cinq espèces de limicoles.
Les associations mettent en avant les résultats déjà obtenus devant les tribunaux. Béatrice Ibéné, présidente de l’Association pour la Sauvegarde et la réhabilitation de la Faune des Antilles, affirme auprès de l’AFP qu’une quarantaine de recours auraient été remportés depuis 2014 en faveur de la protection des oiseaux.
Mais elle estime que ces victoires judiciaires ne sont pas toujours suivies d’effets suffisants. « Les décisions de justice ne sont pas assez respectées », déplore-t-elle.
Les associations dénoncent également un braconnage qu’elles jugent important en Guadeloupe, parfois favorisé selon elles par une méconnaissance de la réglementation. Elles pointent parallèlement « la faiblesse ahurissante des moyens de contrôles ».
La protection des espaces naturels constitue un autre terrain de mobilisation. Claudie Pavis évoque notamment auprès de l’AFP un projet d’aménagement sur la plage des Dauphins, au Moule, comprenant une soixantaine de logements de luxe en bordure du littoral.
Les associations contestent les conséquences environnementales qu’aurait, selon elles, ce projet sur les espaces forestiers. Elles soulignent également le coût financier et le temps que représentent les procédures judiciaires nécessaires pour contester certains aménagements.
Autre sujet sensible, les épandages aériens dans les bananeraies. Interdite en 2012, cette pratique est désormais de nouveau autorisée sous certaines conditions lorsqu’elle est réalisée à l’aide de drones et pour certains produits.
Les associations environnementales considèrent que les expérimentations menées jusqu’à présent restent insuffisantes pour évaluer correctement les conséquences de cette pratique.
« Ce sont des drones de plus d’un mètre de long et plusieurs dizaines de kilos, il n’y a eu que trois expérimentations en Martinique, incomplètes selon nous », explique Béatrice Ibéné à l’AFP.
La responsable associative rappelle également l’existence de réserves formulées par l’Anses dans un avis publié en 2025.
La pollution lumineuse constitue enfin l’un des dossiers suivis de près par les défenseurs de l’environnement. Les éclairages installés à proximité des plages peuvent perturber les tortues marines au moment de la ponte mais aussi désorienter les nouveau-nés lorsqu’ils rejoignent la mer.
Selon Miriam Chaulet, présidente de l’association To-Ti-Jon, plus d’une centaine de jeunes tortues auraient été retrouvées mortes ou désorientées en juillet et août à proximité de lampadaires.
Pour faciliter les signalements, le collectif Lannuit Pa Gwanjou a développé un site permettant d’identifier les éclairages considérés comme illégaux ou abusifs.
Une initiative destinée, selon Jean-Marie Flower, membre du collectif, à « retrouver la beauté de nos nuits antillaises ».
À travers ces différents dossiers, les associations environnementales guadeloupéennes veulent désormais dépasser la seule dénonciation. Après les alertes, les recours et plusieurs décisions favorables, elles souhaitent obtenir des moyens de contrôle plus importants et surtout une application effective des règles et des jugements rendus.
Mémento


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