Emmanuel Macron promet un dispositif d'urgence, les agriculteurs sceptiques

"Rien de neuf", "pas grand-chose", "toujours pas satisfaits" : les réactions syndicales sont unanimes après la visite d’Emmanuel Macron à La Réunion. Le chef de l’État, venu constater les dégâts après le cyclone Garance, a promis un dispositif d’urgence, sans convaincre les représentants agricoles.

Première étape de la journée présidentielle mardi sur l’île de l’océan Indien : l’usine sucrière de Bois Rouge, à Saint-André, pour une séquence dédiée à l’agriculture et à la souveraineté alimentaire. En la matière, La Réunion est un bon élève de l’outre-mer. L’autosuffisance atteint 70 %, notamment pour les fruits et les légumes, avec des taux proches des 100 % pour les œufs ou la volaille.

Mais l’île a souffert des effets cumulés du cyclone Belal en janvier 2024, suivi d’une sécheresse persistante une bonne partie de l’année. Le cyclone Garance, qui a fait cinq morts, a signé le coup de grâce en février : selon les premiers bilans, Garance a causé près de 250 millions d’euros de dégâts à La Réunion, dont 150 millions pour le secteur agricole. C’est peu dire que les représentants agricoles attendaient beaucoup du passage du chef de l’État. En particulier la filière canne-sucre-rhum, cœur de la puissance agricole réunionnaise, avec près de 3.400 exploitations et plus de 50 % de la surface agricole utile qui lui est dédiée, selon les chiffres de l’État.

"Nous avons eu Belal, la sécheresse, Garance. Notre agriculture est à terre. On ne veut pas passer notre temps à taper sur l’État, mais on a besoin d’un signal fort !" insiste face au chef de l’État le président de la chambre d’agriculture réunionnaise, Olivier Fontaine (FDSEA). Au côté de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, Emmanuel Macron répond en annonçant la mise en place "d’ici à juin" d’un "dispositif d’urgence" pour venir en aide aux agriculteurs, sous l’autorité du préfet de l’île, Patrice Latron.

Le chef de l’État a également confirmé son intention de rehausser l’aide ponctuelle pour les planteurs de canne, à hauteur "d’environ 1.000 euros par hectare" dans les zones les plus affectées, en particulier le nord et l’est de l’île. Une aide qui se superpose aux dispositifs déjà évoqués début avril par le ministre des Outre-mer Manuel Valls, qui avait annoncé un soutien allant de 385 à 765 euros par hectare pour les exploitants impactés par Garance.

– Le compte n’y est pas –

Ces aides d’urgence doivent soutenir la relance de la production agricole. Pour accompagner et "structurer" les filières, Emmanuel Macron avance une autre enveloppe : 244 millions d’euros d’aide pour La Réunion, dont 145 pour la filière canne-sucre, selon le chef de l’État. "Il y a un effort qui est fait", insiste-t-il. Mais pour les syndicats agricoles, le compte n’y est pas. "Il n’y a rien de neuf, loin s’en faut !" regrette Guillaume Sellier, le dirigeant des Jeunes agriculteurs (JA) réunionnais.

L’enveloppe de 244 millions d’euros "provient des aides qui nous sont dues sur une année", ajoute-t-il : "Certes, le versement va être anticipé, mais il n’y a pas grand-chose en termes d’annonces nouvelles et concrètes". Olivier Fontaine se dit, pour sa part, "toujours pas satisfait" après le passage du chef de l’État : "Le monde agricole est toujours mitigé et un peu en colère".

Même constat du côté des industriels. Florent Thibault, directeur agricole du sucrier Tereos, le propriétaire de l’usine de Bois Rouge, regrette que "l’État n’est pas en mode urgence". "Nous ne travaillons pas assez bien avec le ministère de l’Agriculture. La question est de savoir comment rebâtir durablement la filière canne pour qu’on puisse se relever structurellement", estime-t-il, craignant que les agriculteurs n’aient "pas de trésorerie" dès 2026 sans un soutien rapide de l’État.

La filière canne demande une aide spécifique de 80 millions d’euros, répartie à parts quasi-égales entre planteurs et industriels, pour compenser Garance et une saison 2024 catastrophique. Le président de la République a par ailleurs promis la tenue d’une table ronde avec tous les acteurs des filières agricoles pour discuter des problématiques de ce secteur. "Nous resterons force de propositions. Le président nous a compris, nous espérons qu’il sera suivi par le gouvernement", espère Olivier Fontaine.


0 COMMENTAIRE(S)

Aucun commentaire pour le moment


ACHETER
un exemplaire
version papier ou PDF
Dernières infos en ligne

17.02.2026 | Maurice

ER Group intègre le SEM Sustainability Index avec un score de 78,91 %



Lire
commentaires Réagir
16.02.2026 | Réunion

La Chambre régionale des comptes pointe des dysfonctionnements au sein du CNARM



Lire
commentaires Réagir
16.02.2026 | Réunion

L'ANDRH La Réunion renouvelle sa gouvernance lors de son assemblée générale 2026



Lire
commentaires Réagir
15.02.2026 | Madagascar

Chamsouddine Ahmed, Président de Cap Business océan Indien



Lire
commentaires Réagir
15.02.2026 | Réunion

Géothermie dans les hauts de La Réunion : la CASUD définitivement écartée au profit d'Engie



Lire
commentaires Réagir
15.02.2026 | Guadeloupe

Crédit à la consommation : la cour rétablit les intérêts de Cofidis mais réduit la pénalité



Lire
commentaires Réagir
15.02.2026 | Martinique

Le Village de la Pointe débouté face au fisc martiniquais



Lire
commentaires Réagir
15.02.2026 | France

Une startup éducative atteint la rentabilité tout en franchissant le cap des 1 000 collaborateurs



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Réunion

Temps de travail des internes : le CHU sommé d'instaurer un comptage horaire sous astreinte



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Madagascar

Lilia Randriamifi dimanana, Présidente du Jeune Patronat de Madagascar



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Martinique

Projet " TRL9 Bambou Protec " : l'État refuse de signer, le juge des référés balaie la procédure d'urgence



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Réunion

Rondavelle de l'Hermitage : la contestation s'éteint, les exploitants déboutés et condamnés aux frais



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Martinique

Marché public à Case-Pilote le solde du chantier tranché en faveur de Caraib Moter



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Guyane

Préavis non respecté à Cayenne l'hôpital condamné



Lire
commentaires Réagir
13.02.2026 | Maurice

La Banque mondiale échange avec le ministère des Services financiers sur le Growth & Jobs Report



Lire
commentaires Réagir