Le Département de La Réunion a réagi aux informations parues dans la presse concernant un projet de recomposition de l’actionnariat du groupe Tereos, acteur central de la filière canne-sucre-rhum-énergie. La collectivité exprime sa vive préoccupation face aux conséquences potentielles pour une filière structurante de l’économie réunionnaise.
Cette filière représente un enjeu majeur pour le territoire, faisant vivre 2 500 agriculteurs, générant 18 000 emplois directs et indirects et mobilisant près de 20 000 hectares de surface agricole. Elle constitue également un pilier historique de l’agriculture locale et un levier d’aménagement du territoire.
Le Département souligne avoir pris connaissance de ces informations par voie de presse, sans concertation préalable avec les collectivités et acteurs publics pourtant fortement impliqués dans le soutien à la filière. Celle-ci bénéficie chaque année de 150 millions d’euros d’aides publiques, principalement d’origine européenne et nationale, soit environ la moitié des soutiens publics consacrés à l’agriculture réunionnaise.
Dans ce contexte, la collectivité estime nécessaire de disposer rapidement d’éléments précis sur la nature des transactions envisagées, les perspectives de reprise ainsi que leurs impacts sur l’ensemble des acteurs, en particulier les planteurs.
Elle appelle également à davantage de transparence concernant l’utilisation des financements publics, notamment au regard des informations évoquant le versement de dividendes importants aux actionnaires de Tereos Océan Indien, alors que la filière traverse une période de crise marquée par une baisse significative des volumes de production de canne, qui s’établissent à 1,13 million de tonnes en 2025. Le Département rappelle que « l’argent public doit servir avant tout à l’intérêt des Réunionnais et à la résilience de notre agriculture ».
Afin d’éclaircir la situation, le Département demande l’organisation rapide d’une réunion avec le préfet et les dirigeants de Tereos, dans l’objectif d’établir un état des lieux et d’identifier les orientations nécessaires pour sécuriser l’avenir de la filière.
Cette situation intervient dans un contexte économique déjà fragilisé par plusieurs crises successives, notamment la pandémie de Covid-19, les conflits internationaux en Ukraine et au Moyen-Orient, les tensions sur les prix de l’énergie et une instabilité économique globale, qui affectent particulièrement les territoires ultramarins.
Dans ce cadre, la collectivité insiste sur la nécessité de repenser et de consolider les modèles agricoles, en lien avec les enjeux de souveraineté alimentaire et de pouvoir d’achat. Elle rappelle le travail engagé dans le cadre de l’évaluation du plan stratégique AGRIPéi 2030, conduit en concertation avec les acteurs de la profession agricole.
Le Département appelle enfin à un renforcement du rôle des pouvoirs publics et des collectivités territoriales dans la gouvernance des filières stratégiques et des acteurs majeurs tels que Tereos ou l’Urcoopa, et affirme rester mobilisé pour défendre les intérêts des agriculteurs réunionnais.
memento.re

0 COMMENTAIRE(S)