Le 10 mars 1892 au petit matin, Le Limpopo, ses 270 tonneaux de sucre et sa dizaine de membres d’équipage, quitte l’usine sucrière
de Bois-Rouge et prend la direction de Saint-Denis où il est attendu pour opérer un nouveau chargement de denrées coloniales. En milieu de matinée, par temps clair et malgré la présence d’un pilote à bord, le navire tire droit sur la rade de Saint-Denis. Or, “Il ne faut jamais mettre le cap Bernard et l’église de Saint-Denis sur le même alignement” rappellent les connaisseurs. Pour l’avoir oublié ou plus vraisemblablement pour avoir mal su se faire obéir de son équipage, le commandant est contraint d’échouer son navire après que ce dernier ait heurté le rocher du “Cousin”, un petit récif situé à hauteur de l’usine de la Convenance.
La moitié de la cargaison est sauvée
Se sentant pris, le capitaine parvient à dégager son navire. Alors qu’il met le cap vers le large, il s’aperçoit que le navire est en train de couler. Pour sauver l’équipage et la cargaison, le capitaine donne alors l’ordre de mettre en avant toute vers la côte pour échouer le navire dans des eaux propices au sauvetage. Le bâtiment sombre définitivement à une centaine de mètres de la Ravine des Chèvres où il gît depuis par 16 mètres de fond.L’équipage du vapeur rejoindra la terre ferme, sain et sauf. Plus surprenant, près de la moitié de la cargaison de sucre pourra également être récupérée. “À l’époque, le sucre était emballé dans des ballots de tissu et fibres naturelles, ou en tonneaux hermétiquement fermés. Un emballage si perfectionné que lorsque la marchandise tombait à l’eau, il était possible d’en récupérer une partie” explique Christian Desseigne. La cargaison récupérée ainsi que divers débris du cargo d’acier furent vendus aux enchères le mois suivant au profit des propriétaires, après enlèvement des frais de sauvetages et autres taxes.
Par mer calme, il est aujourd’hui encore possible d’apercevoir certains gros éléments du Limpopo depuis la surface. Reste que dans cette zone, la mer souvent houleuse, l’eau turbide avec une visibilité qui n’excède pas un à deux mètres. Pour ne rien arranger, la zone est fréquentée par de nombreux squales. Comme à chaque découverte, La Confrérie des Gens de la Mer a déclaré l’épave aux affaires maritimes en tant que bien culturel maritime le 23 septembre 1996.
Un navire hybride
Construit par Tyne Iron Shipbuilding en 1880, le Limpopo est le symbole de l’évolution des navires à voiles vers le cargo dit “moderne”. Embarquant les deux moyens de propulsion, voiles et moteur à vapeur, le steamer en fer long d’une quarantaine de mètres, opérait sur la célèbre ligne “Natal Direct Line”. Au départ de la ville de Durban (anciennement nommée Port Natal), la vingtaine de navires de la ligne effectuaient ce que l’on appelle “le grand cabotage”, entre l’Afrique de l’Est et jusqu’aux Indes en passant par La Réunion et l’Ile Maurice.
Un mystère élucidé
En janvier 2017, les membres de la Confrérie des Gens de la Mer qui accompagnent les équipes de tournage de France O, découvrent sur la plage de galets de Sainte- Marie, une pièce de laiton récemment rendue par la mer, dont ils ignorent la fonction. Suite à la (re)diffusion par la chaîne publique, du film consacré au naufrage du vapeur anglais, en aout dernier, un téléspectateur contacte la Confrérie des Gens de la Mer pour préciser l’origine du vestige : Il s’agit d’un manomètre de pression.

0 COMMENTAIRE(S)