

La Martinique traverse une sécheresse inhabituelle pour la saison, avec des conséquences déjà lourdes pour l’agriculture et l’élevage. Selon une information de l’AFP publiée le 22 août, les Antilles françaises n’ont reçu qu’environ la moitié des précipitations normalement attendues en juin et en juillet.
Alors que la saison cyclonique apporte habituellement des pluies abondantes, l’île connaît depuis plusieurs semaines une forte tension hydrologique. Cette situation, liée au phénomène El Niño, touche également la Guadeloupe.
« Sur la période juin-juillet, on n’a eu environ que la moitié des pluies attendues » en Martinique et en Guadeloupe, explique à l’AFP Emmanuel Cloppet, directeur interrégional de Météo-France aux Antilles et en Guyane française.
La Guadeloupe a connu son deuxième mois de juin le plus sec depuis 1991, puis un mois de juillet à la fois « exceptionnellement sec » et le plus chaud observé depuis 1995.
En Martinique, la préfecture évoque pour sa part une « sécheresse exceptionnelle pour la saison » et une « situation hydrologique sous grande tension ». L’île a été replacée en alerte sécheresse le 17 juillet, après une première alerte en mai.
Les agriculteurs figurent parmi les professionnels les plus directement touchés. Les cultivateurs subissent des baisses de rendement et des pertes de récoltes, tandis que les éleveurs doivent faire face à la raréfaction du fourrage et à l’augmentation du coût de l’alimentation animale.
« D’une façon globale, on est dans une situation assez catastrophique », estime auprès de l’AFP José Maurice, président de la chambre d’agriculture de la Martinique.
L’élevage bovin est particulièrement affecté. Selon André Prosper, président de la Coopérative des éleveurs bovins de la Martinique, la filière enregistre « plus de 25 % de mortalité en plus » par rapport à 2025. Sur les quelque 6 000 bovins présents dans les exploitations affiliées à la coopérative, « plus de mille » seraient aujourd’hui en grande difficulté.
Le manque de pluie empêche l’herbe de pousser correctement dans les pâturages, privant les animaux d’une partie de leur alimentation habituelle.
La filière canne subit elle aussi les conséquences de la sécheresse. Après la fin de la récolte en juin, de nombreux producteurs n’ont pas pu replanter leurs parcelles dans des conditions normales.
« J’ai perdu ce que j’ai planté », déplore auprès de l’AFP Justin Céraline, président de l’Union des producteurs de canne, qui explique que certaines tiges destinées à la replantation se sont desséchées.
Les cultivateurs n’ont pas davantage pu procéder normalement à l’épandage des engrais en raison du manque d’humidité.
La filière accuse ainsi un retard important pour la prochaine campagne. Une situation d’autant plus préoccupante que l’agriculture martiniquaise avait déjà été frappée par une sécheresse en 2025. Celle-ci avait entraîné, selon Justin Céraline, une perte d’environ 40 000 tonnes de canne, soit près de 20 % du volume annuel.
Les services de l’État travaillent désormais à une possible reconnaissance de calamité agricole.
« On travaille à une reconnaissance de calamité agricole », indique à l’AFP Bertrand Hateau, directeur adjoint du service alimentation à la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt.
Une rencontre est prévue le 25 août entre le préfet de la Martinique, Étienne Desplanques, et les représentants des différentes filières agricoles afin de dresser un nouveau bilan de la situation.
En attendant d’éventuelles indemnisations, des opérations de solidarité sont organisées entre professionnels. Les producteurs de bananes ont notamment livré plus de 20 m³ de fruits non commercialisables aux éleveurs afin de nourrir une partie du bétail.
Au-delà de l’urgence, cette sécheresse pose la question de l’adaptation de l’agriculture antillaise à des épisodes qui pourraient devenir plus fréquents.
José Maurice évoque notamment la nécessité de constituer davantage de réserves alimentaires pour les troupeaux. « Après cette crise, après tout ce qui est urgent, il faudra réfléchir à stocker de l’herbe chaque année », estime-t-il.
Météo-France anticipe en effet une intensification des sécheresses aux Antilles avec le dérèglement climatique.
« Ce que l’on observe en 2026, ça préfigure ce que l’on attend dans les décennies à venir, avec une baisse des précipitations annuelles et une arrivée plus tardive de la saison des pluies », prévient Emmanuel Cloppet.
Pour l’agriculture martiniquaise, l’épisode actuel ne constitue donc pas seulement une crise conjoncturelle. Il pourrait annoncer des conditions climatiques durablement plus difficiles, qui obligeront les filières à repenser l’accès à l’eau, l’alimentation animale et l’organisation des cultures.
Mémento


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