
Le projet d’indication géographique "Whisky de France" entame une nouvelle étape en 2026, après plusieurs années de préparation. Son périmètre envisagé pourrait écarter les productions ultramarines. Seul producteur de whisky réunionnais, Georges-Guillaume Louapre-Pottier (également propriétaire du titre Mémento) a adressé, au nom de la Distillerie Louapre-Pottier, un courrier au préfet de La Réunion. Dans cette lettre, dont Mémento a eu copie, il demande l’inclusion des DOM dans la future reconnaissance.
La question remonte au moins à 2023. La version du cahier des charges datée du 17 mai de cette année, explicitement présentée comme un "PROJET", prévoit que "l’aire géographique est constituée par le territoire de la France métropolitaine, y compris la Corse". Les principales étapes de fabrication et de vieillissement doivent être réalisées dans cette zone. Cette version préparatoire ne doit toutefois pas être confondue avec un cahier des charges entré en vigueur. Le calendrier annoncé en octobre 2026 prévoyait un dépôt du dossier le 15 octobre, suivi d’un examen en comité national en novembre. Une validation est espérée en février 2027. Ces échéances annoncées ne valent pas reconnaissance officielle. L’exclusion dénoncée concerne donc le périmètre envisagé pour une future IG, dont les dispositions définitives restent à confirmer. L’IG, ou indication géographique, protège la dénomination d’un produit dont une qualité, la réputation ou certaines caractéristiques sont liées à son origine géographique. Pour en bénéficier, les producteurs doivent respecter un cahier des charges qui délimite notamment le territoire concerné et encadre les méthodes de fabrication. Des contrôles permettent de vérifier le respect de ces exigences. La dénomination fournit ainsi aux consommateurs un repère sur la provenance et les caractéristiques du produit.
Si le périmètre métropolitain était définitivement retenu et l’IG reconnue, le whisky fabriqué à La Réunion ne pourrait pas en bénéficier. La distillerie serait privée d’un argument commercial susceptible de faciliter son identification auprès des cavistes, des distributeurs et des consommateurs. Elle pourrait se retrouver désavantagée face aux entreprises autorisées à revendiquer la dénomination protégée, malgré une fabrication sur un territoire français. L’exclusion de cette IG ne constituerait pas, à elle seule, une interdiction de fabriquer ou de vendre du whisky. Les conséquences précises sur l’utilisation commerciale des mentions "Whisky de France" et "whisky français" devraient néanmoins être examinées à partir des règles finalement adoptées.
Implantée à Saint-Denis, la Distillerie Louapre-Pottier commercialise depuis novembre 2020 le whisky England’s Forest, élaboré à La Réunion à partir de maïs. Pour son dirigeant, cette perspective réveille un sentiment de mise à l’écart de l’innovation ultramarine. Georges-Guillaume Louapre-Pottier estime que les entreprises qui développent de nouvelles activités dans ces territoires peinent à accéder aux reconnaissances nationales. Il évoque "ce sentiment de ne pas se sentir pleinement français", alors qu’un dispositif pourrait justement aider à identifier l’origine française d’un produit fabriqué en outre-mer.
Le producteur oppose cette reconnaissance incertaine à l’application des obligations réglementaires. À ses yeux, les entreprises ultramarines supportent les contraintes nationales sans bénéficier systématiquement des mêmes possibilités de valorisation. Il y voit une déconsidération pour les territoires concernés. "Pourquoi les services administratifs pensent-ils automatiquement à la Corse et pas à La Réunion, par exemple ? C’est une question qui pourrait trouver une réponse dans l’éloignement. Mais l’éloignement n’empêche pas les normes contraignantes, alors pourquoi empêche-t-il les avantages ?"
Le dirigeant exprime sa lassitude devant la nécessité de rappeler l’appartenance de son entreprise à la filière française. "C’est décevant de devoir se battre pour démontrer à je ne sais qui que nos entreprises ultramarines sont de véritables entreprises françaises !" Dans son courrier au préfet, la distillerie précise sa position. "Nous sommes favorables à la protection du whisky français, mais émettons un avis défavorable à une délimitation qui écarterait les producteurs ultramarins." Elle demande l’inclusion des DOM dans le futur périmètre, sous réserve du respect des exigences du cahier des charges, et souhaite que les particularités de fabrication et de vieillissement en climat tropical soient étudiées avec les professionnels concernés.
L’entreprise sollicite l’intervention du représentant de l’État auprès de l’INAO et des ministères compétents. Elle réclame également la communication du cahier des charges actualisé afin de vérifier si le périmètre métropolitain proposé en 2023 est maintenu dans la version aujourd’hui portée par la filière.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
Mémento


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