
Le vieillissement de la population réunionnaise représente un défi sanitaire, social et économique majeur pour les prochaines décennies. Selon une étude de l’Insee publiée ce 26 octobre 2026, le nombre de personnes âgées en perte d’autonomie devrait plus que doubler sur l’île d’ici 2050, passant de 18 200 à 42 700 personnes. Une progression de 135 % qui pose désormais la question des moyens humains, médicaux et financiers nécessaires pour accompagner cette transformation démographique.
En 2021, 11 % des Réunionnais âgés de 60 ans ou plus rencontraient des difficultés pour accomplir seuls certains gestes essentiels de la vie quotidienne. Parmi ces 18 200 personnes, 5 600 présentaient une perte d’autonomie sévère, soit près d’un tiers des situations recensées.
La dépendance progresse considérablement avec l'âge. Elle concerne 6 % des personnes âgées de 60 à 74 ans, 17 % des 75 à 84 ans et atteint 45 % après 85 ans. Les femmes sont également davantage touchées que les hommes.
L'Insee souligne que "la perte d’autonomie est plus précoce à La Réunion" et que les personnes âgées y passent davantage d'années dans cette situation que dans le reste de la France.
À 60 ans, une Réunionnaise peut espérer vivre encore 21 ans et 9 mois sans perte d’autonomie, contre 19 ans et 2 mois pour un homme. Ces durées sont inférieures d'un an et trois mois à celles observées au niveau national.
Une progression beaucoup plus rapide que dans l'Hexagone
La situation pourrait considérablement évoluer avec l'arrivée des générations nombreuses à des âges avancés. En 2050, La Réunion compterait près de 294 000 habitants âgés de 60 ans ou plus, contre 167 000 en 2021. Le nombre de personnes de 85 ans ou plus passerait, quant à lui, de 12 000 à 53 000.
Dans ce contexte, les projections de l'Insee annoncent une augmentation de 135 % du nombre de seniors en perte d'autonomie, contre 36 % à l'échelle nationale. Les situations les plus sévères progresseraient encore davantage, avec 14 600 personnes concernées en 2050, soit une hausse de 159 %.
Plusieurs facteurs expliquent cette vulnérabilité particulière. Les maladies chroniques, notamment le diabète et l'hypertension, sont plus fréquentes sur l'île. Les inégalités sociales et les conditions de vie jouent également un rôle important. En 2021, 37 % des ménages réunionnais dont le référent fiscal était âgé de 75 ans ou plus vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 11 % au niveau national.
Un besoin croissant de structures d'accueil
La question de l'hébergement constitue un autre enjeu majeur. À La Réunion, 89 % des seniors en perte d'autonomie vivent actuellement à domicile, une proportion nettement supérieure à la moyenne nationale de 70 %.
Cette particularité repose notamment sur les solidarités familiales, mais également sur une offre d'hébergement médicalisé relativement limitée. En 2022, le territoire disposait de 48 places en établissement pour 1 000 personnes âgées de 75 ans ou plus, contre 132 au niveau national. Les Ehpad réunionnais affichaient par ailleurs un taux d'occupation de 97 % en 2021.
Selon les projections, "3 100 places supplémentaires en établissement pourraient être nécessaires d’ici 2050" pour répondre aux besoins croissants. Cette estimation pourrait varier de 1 500 à 6 200 places selon les politiques d'accompagnement et les modalités de prise en charge retenues.
L'étude envisage néanmoins un scénario plus favorable dans lequel l'amélioration de l'état de santé des générations futures permettrait de limiter à 34 000 le nombre de seniors en perte d'autonomie en 2050.
Pour l'Agence régionale de santé et le Département, partenaires de l'étude, cette évolution démographique impose d'anticiper dès maintenant les besoins en professionnels, en établissements et en accompagnement à domicile.
La prévention des maladies chroniques, le renforcement de l'offre de soins et le soutien aux aidants familiaux apparaissent ainsi comme des leviers essentiels. Car derrière ces projections statistiques se dessine une question fondamentale pour La Réunion, celle de sa capacité à garantir aux générations vieillissantes des conditions de vie dignes et un accompagnement adapté, tout en préservant les solidarités familiales qui caractérisent encore largement la société réunionnaise.
Mémento


0 COMMENTAIRE(S)